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Arrivée à l\'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L\'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d\'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.<br /><br />Le taxi glisse sur l\'autoroute comme sur un toboggan, et j\'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J\'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d\'EPT, aucun français n\'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l\'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu\'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l\'envoi d\'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.<br /><br />On se change et on s\'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l\'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l\'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c\'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d\'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c\'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j\'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l\'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d\'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n\'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d\'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l\'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n\'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.<br /><br />Il n\'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d\'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l\'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, <a href=\"http://www.youtube.com/watch?v=CV1j-I-njXg\"><strong>et l\'on va bien s\'amuser, comme chaque année</strong></a>.<br /><br />Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j\'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n\'est pas encore prête, rien n\'est installé, ce n\'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s\'affairent pour être prêts à temps. J\'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J\'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur <a href=\"http://www.winamax.fr/\"><strong>Winamax.fr</strong></a> toute la semaine pour notre couverture en direct.</div><div><img width=\'1\' height=\'1\' src=\'https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6751213-7118438593528916652?l=benjodimeo.blogspot.com\' alt=\'\' /></div>', '', 'Glamorama', '<div align=\"justify\">Des oligarques russes en polo Ralph Lauren remontant la digue ventre en avant et bagouzes aux doigts, des blondes siliconées au teint parfaitement hâlé parlant au téléphone sur les terrasses des cafés, des beaux gosses musclés sur le ponton de la plage publique racontant leur garde à vue du matin tout en jetant les minots à la flotte (« Ils ont du me relâcher, j\'ai pas de casier »), des baraques à frites vendant des paninis quatre euros cinquante pièce, des petits culs de toute l\'Europe allongés sur le sable, enlevant le haut pour mieux profiter du soleil, des anglaises acariâtres commandant un thé au jasmin avec un fort accent du Yorkshire, des touristes allemands ne parlant pas le français prenant en photo la plage avec un téléobjectif, des vieux trébuchant dans le sable en direction de la douche, des vieux en blazer bleu marine assis sur les bancs face à la mer, des vieux à la peau carbonisée et fripée dormant sur leur transat\', des vieux demandant l\'addition au serveur déambulant entre les tables du restaurant bondé avec un air furibard, le plateau rempli de consommations chancelant tandis qu\'il tente d\'éviter la vieille se dirigeant vers les toilettes avec son teckel dans les bras, des merdes de chien à tous les trottoirs, des bijoux autour du cou des vieilles bien habillées montant dans un taxi, le soleil qui se couche à l\'horizon, les palmiers lentement caressés par la brise, le bitume qui se refroidit, son odeur mêlée à celle des pots d\'échappement, toute une collection de vestes Giorgio Armani et lunettes de soleil Ray-Ban Wayfarer assises en terrasse et tripotant leur Blackberry en buvant des Coca Light des Perrier et des Red Bull, une mère rassurant son fils au téléphone (« T\'es sorti, t\'as payé ta dette à la société, maintenant la chance va tourner, tu verras »), des top models ukrainiennes, slovaques, tchèques dans des robes Chanel, Dior, Gucci noires, blanches, vert pomme se dirigeant vers le Martinez d\'un pas décidé, des jeunes à scooter grillant le feu rouge sans casque, trois suédois me demandant la route du Palm Beach, une mendiante très digne marchant au travers des terrasses le gobelet à la main devant les clients indifférents reprenant une bouchée de leur pizza au gorgonzola, les camelots exposant leur camelote, des roses, des gris-gris clignotants, des figurines jouant de la musique, au loin les lumières des yatchs des oligarques russes scintillant sur l\'eau endormie, des Porsche Camara, des Austin Mini, des BMW, des grosses Mercedes étalées sur toute la longueur de la Croisette, des joueurs de poker à la chemise ouverte racontant des coups de poker, deux prostituées en haut léopard observant d\'un œil attentif le tournoi de poker réservé aux journalistes, et quelqu\'un leur fait remarquer que ce n\'est peut-être pas la bonne table pour se trouver un julot, des chauffeurs de taxi faisant le pied de grue sur le trottoir, une prostituée d\'âge mur en bottes de cuir et manteau de vinyle attendant patiemment au pied d\'un lampadaire à l\'entrée d\'une rue déserte, un jeune en short et chemise et chaussettes dormant paisiblement sur un banc, aucune trace de ses chaussures, un type fumant une clope devant la porte de l\'hôtel avec un air maussade, murmurant quelque chose que je ne comprends pas à mon passage, et je franchis la porte sans me retourner.<br /><br />Oui, je suis à Cannes, mais rassurez-vous, tout n\'est pas si noir, en fait il fait très beau, et je reprends le travail pour de bon dans quelques heures, avec l\'un de mes tournois préférés du circuit européen, le Main Event du Partouche Poker Tour organisé par le groupe Partouche au casino Palm Beach, tout au bout de la Croisette.<br /><br />Je suis arrivé en ville mercredi en milieu d\'après-midi, le vol Lille-Nice ne fut qu\'une formalité, c\'était aussi facile que de prendre le métro. Arrivée à l\'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L\'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d\'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.<br /><br />Le taxi glisse sur l\'autoroute comme sur un toboggan, et j\'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J\'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d\'EPT, aucun français n\'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l\'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu\'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l\'envoi d\'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.<br /><br />On se change et on s\'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l\'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l\'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c\'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d\'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c\'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j\'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l\'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d\'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n\'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d\'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l\'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n\'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.<br /><br />Il n\'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d\'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l\'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, <a href=\"http://www.youtube.com/watch?v=CV1j-I-njXg\"><strong>et l\'on va bien s\'amuser, comme chaque année</strong></a>.<br /><br />Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j\'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n\'est pas encore prête, rien n\'est installé, ce n\'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s\'affairent pour être prêts à temps. J\'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J\'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur <a href=\"http://www.winamax.fr/\"><strong>Winamax.fr</strong></a> toute la semaine pour notre couverture en direct.</div><div><img width=\'1\' height=\'1\' src=\'https://blogger.googleusercontent.com/tracker/6751213-7118438593528916652?l=benjodimeo.blogspot.com\' alt=\'\' /></div>', 'publish', 'post', 'closed', 'closed', '', 'glamorama', '', '', '2010-09-02 10:52:00', '2010-09-02 09:52:00', '0', '0', '')
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Des oligarques russes en polo Ralph Lauren remontant la digue ventre en avant et bagouzes aux doigts, des blondes siliconées au teint parfaitement hâlé parlant au téléphone sur les terrasses des cafés, des beaux gosses musclés sur le ponton de la plage publique racontant leur garde à vue du matin tout en jetant les minots à la flotte (« Ils ont du me relâcher, j'ai pas de casier »), des baraques à frites vendant des paninis quatre euros cinquante pièce, des petits culs de toute l'Europe allongés sur le sable, enlevant le haut pour mieux profiter du soleil, des anglaises acariâtres commandant un thé au jasmin avec un fort accent du Yorkshire, des touristes allemands ne parlant pas le français prenant en photo la plage avec un téléobjectif, des vieux trébuchant dans le sable en direction de la douche, des vieux en blazer bleu marine assis sur les bancs face à la mer, des vieux à la peau carbonisée et fripée dormant sur leur transat', des vieux demandant l'addition au serveur déambulant entre les tables du restaurant bondé avec un air furibard, le plateau rempli de consommations chancelant tandis qu'il tente d'éviter la vieille se dirigeant vers les toilettes avec son teckel dans les bras, des merdes de chien à tous les trottoirs, des bijoux autour du cou des vieilles bien habillées montant dans un taxi, le soleil qui se couche à l'horizon, les palmiers lentement caressés par la brise, le bitume qui se refroidit, son odeur mêlée à celle des pots d'échappement, toute une collection de vestes Giorgio Armani et lunettes de soleil Ray-Ban Wayfarer assises en terrasse et tripotant leur Blackberry en buvant des Coca Light des Perrier et des Red Bull, une mère rassurant son fils au téléphone (« T'es sorti, t'as payé ta dette à la société, maintenant la chance va tourner, tu verras »), des top models ukrainiennes, slovaques, tchèques dans des robes Chanel, Dior, Gucci noires, blanches, vert pomme se dirigeant vers le Martinez d'un pas décidé, des jeunes à scooter grillant le feu rouge sans casque, trois suédois me demandant la route du Palm Beach, une mendiante très digne marchant au travers des terrasses le gobelet à la main devant les clients indifférents reprenant une bouchée de leur pizza au gorgonzola, les camelots exposant leur camelote, des roses, des gris-gris clignotants, des figurines jouant de la musique, au loin les lumières des yatchs des oligarques russes scintillant sur l'eau endormie, des Porsche Camara, des Austin Mini, des BMW, des grosses Mercedes étalées sur toute la longueur de la Croisette, des joueurs de poker à la chemise ouverte racontant des coups de poker, deux prostituées en haut léopard observant d'un œil attentif le tournoi de poker réservé aux journalistes, et quelqu'un leur fait remarquer que ce n'est peut-être pas la bonne table pour se trouver un julot, des chauffeurs de taxi faisant le pied de grue sur le trottoir, une prostituée d'âge mur en bottes de cuir et manteau de vinyle attendant patiemment au pied d'un lampadaire à l'entrée d'une rue déserte, un jeune en short et chemise et chaussettes dormant paisiblement sur un banc, aucune trace de ses chaussures, un type fumant une clope devant la porte de l'hôtel avec un air maussade, murmurant quelque chose que je ne comprends pas à mon passage, et je franchis la porte sans me retourner.
Oui, je suis à Cannes, mais rassurez-vous, tout n'est pas si noir, en fait il fait très beau, et je reprends le travail pour de bon dans quelques heures, avec l'un de mes tournois préférés du circuit européen, le Main Event du Partouche Poker Tour organisé par le groupe Partouche au casino Palm Beach, tout au bout de la Croisette.
Je suis arrivé en ville mercredi en milieu d'après-midi, le vol Lille-Nice ne fut qu'une formalité, c'était aussi facile que de prendre le métro. Arrivée à l'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.
Le taxi glisse sur l'autoroute comme sur un toboggan, et j'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d'EPT, aucun français n'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l'envoi d'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.
On se change et on s'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.
Il n'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, et l'on va bien s'amuser, comme chaque année.
Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n'est pas encore prête, rien n'est installé, ce n'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s'affairent pour être prêts à temps. J'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur Winamax.fr toute la semaine pour notre couverture en direct.
Des oligarques russes en polo Ralph Lauren remontant la digue ventre en avant et bagouzes aux doigts, des blondes siliconées au teint parfaitement hâlé parlant au téléphone sur les terrasses des cafés, des beaux gosses musclés sur le ponton de la plage publique racontant leur garde à vue du matin tout en jetant les minots à la flotte (« Ils ont du me relâcher, j'ai pas de casier »), des baraques à frites vendant des paninis quatre euros cinquante pièce, des petits culs de toute l'Europe allongés sur le sable, enlevant le haut pour mieux profiter du soleil, des anglaises acariâtres commandant un thé au jasmin avec un fort accent du Yorkshire, des touristes allemands ne parlant pas le français prenant en photo la plage avec un téléobjectif, des vieux trébuchant dans le sable en direction de la douche, des vieux en blazer bleu marine assis sur les bancs face à la mer, des vieux à la peau carbonisée et fripée dormant sur leur transat', des vieux demandant l'addition au serveur déambulant entre les tables du restaurant bondé avec un air furibard, le plateau rempli de consommations chancelant tandis qu'il tente d'éviter la vieille se dirigeant vers les toilettes avec son teckel dans les bras, des merdes de chien à tous les trottoirs, des bijoux autour du cou des vieilles bien habillées montant dans un taxi, le soleil qui se couche à l'horizon, les palmiers lentement caressés par la brise, le bitume qui se refroidit, son odeur mêlée à celle des pots d'échappement, toute une collection de vestes Giorgio Armani et lunettes de soleil Ray-Ban Wayfarer assises en terrasse et tripotant leur Blackberry en buvant des Coca Light des Perrier et des Red Bull, une mère rassurant son fils au téléphone (« T'es sorti, t'as payé ta dette à la société, maintenant la chance va tourner, tu verras »), des top models ukrainiennes, slovaques, tchèques dans des robes Chanel, Dior, Gucci noires, blanches, vert pomme se dirigeant vers le Martinez d'un pas décidé, des jeunes à scooter grillant le feu rouge sans casque, trois suédois me demandant la route du Palm Beach, une mendiante très digne marchant au travers des terrasses le gobelet à la main devant les clients indifférents reprenant une bouchée de leur pizza au gorgonzola, les camelots exposant leur camelote, des roses, des gris-gris clignotants, des figurines jouant de la musique, au loin les lumières des yatchs des oligarques russes scintillant sur l'eau endormie, des Porsche Camara, des Austin Mini, des BMW, des grosses Mercedes étalées sur toute la longueur de la Croisette, des joueurs de poker à la chemise ouverte racontant des coups de poker, deux prostituées en haut léopard observant d'un œil attentif le tournoi de poker réservé aux journalistes, et quelqu'un leur fait remarquer que ce n'est peut-être pas la bonne table pour se trouver un julot, des chauffeurs de taxi faisant le pied de grue sur le trottoir, une prostituée d'âge mur en bottes de cuir et manteau de vinyle attendant patiemment au pied d'un lampadaire à l'entrée d'une rue déserte, un jeune en short et chemise et chaussettes dormant paisiblement sur un banc, aucune trace de ses chaussures, un type fumant une clope devant la porte de l'hôtel avec un air maussade, murmurant quelque chose que je ne comprends pas à mon passage, et je franchis la porte sans me retourner.
Oui, je suis à Cannes, mais rassurez-vous, tout n'est pas si noir, en fait il fait très beau, et je reprends le travail pour de bon dans quelques heures, avec l'un de mes tournois préférés du circuit européen, le Main Event du Partouche Poker Tour organisé par le groupe Partouche au casino Palm Beach, tout au bout de la Croisette.
Je suis arrivé en ville mercredi en milieu d'après-midi, le vol Lille-Nice ne fut qu'une formalité, c'était aussi facile que de prendre le métro. Arrivée à l'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.
Le taxi glisse sur l'autoroute comme sur un toboggan, et j'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d'EPT, aucun français n'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l'envoi d'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.
On se change et on s'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.
Il n'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, et l'on va bien s'amuser, comme chaque année.
Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n'est pas encore prête, rien n'est installé, ce n'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s'affairent pour être prêts à temps. J'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur Winamax.fr toute la semaine pour notre couverture en direct.
Des oligarques russes en polo Ralph Lauren remontant la digue ventre en avant et bagouzes aux doigts, des blondes siliconées au teint parfaitement hâlé parlant au téléphone sur les terrasses des cafés, des beaux gosses musclés sur le ponton de la plage publique racontant leur garde à vue du matin tout en jetant les minots à la flotte (« Ils ont du me relâcher, j'ai pas de casier »), des baraques à frites vendant des paninis quatre euros cinquante pièce, des petits culs de toute l'Europe allongés sur le sable, enlevant le haut pour mieux profiter du soleil, des anglaises acariâtres commandant un thé au jasmin avec un fort accent du Yorkshire, des touristes allemands ne parlant pas le français prenant en photo la plage avec un téléobjectif, des vieux trébuchant dans le sable en direction de la douche, des vieux en blazer bleu marine assis sur les bancs face à la mer, des vieux à la peau carbonisée et fripée dormant sur leur transat', des vieux demandant l'addition au serveur déambulant entre les tables du restaurant bondé avec un air furibard, le plateau rempli de consommations chancelant tandis qu'il tente d'éviter la vieille se dirigeant vers les toilettes avec son teckel dans les bras, des merdes de chien à tous les trottoirs, des bijoux autour du cou des vieilles bien habillées montant dans un taxi, le soleil qui se couche à l'horizon, les palmiers lentement caressés par la brise, le bitume qui se refroidit, son odeur mêlée à celle des pots d'échappement, toute une collection de vestes Giorgio Armani et lunettes de soleil Ray-Ban Wayfarer assises en terrasse et tripotant leur Blackberry en buvant des Coca Light des Perrier et des Red Bull, une mère rassurant son fils au téléphone (« T'es sorti, t'as payé ta dette à la société, maintenant la chance va tourner, tu verras »), des top models ukrainiennes, slovaques, tchèques dans des robes Chanel, Dior, Gucci noires, blanches, vert pomme se dirigeant vers le Martinez d'un pas décidé, des jeunes à scooter grillant le feu rouge sans casque, trois suédois me demandant la route du Palm Beach, une mendiante très digne marchant au travers des terrasses le gobelet à la main devant les clients indifférents reprenant une bouchée de leur pizza au gorgonzola, les camelots exposant leur camelote, des roses, des gris-gris clignotants, des figurines jouant de la musique, au loin les lumières des yatchs des oligarques russes scintillant sur l'eau endormie, des Porsche Camara, des Austin Mini, des BMW, des grosses Mercedes étalées sur toute la longueur de la Croisette, des joueurs de poker à la chemise ouverte racontant des coups de poker, deux prostituées en haut léopard observant d'un œil attentif le tournoi de poker réservé aux journalistes, et quelqu'un leur fait remarquer que ce n'est peut-être pas la bonne table pour se trouver un julot, des chauffeurs de taxi faisant le pied de grue sur le trottoir, une prostituée d'âge mur en bottes de cuir et manteau de vinyle attendant patiemment au pied d'un lampadaire à l'entrée d'une rue déserte, un jeune en short et chemise et chaussettes dormant paisiblement sur un banc, aucune trace de ses chaussures, un type fumant une clope devant la porte de l'hôtel avec un air maussade, murmurant quelque chose que je ne comprends pas à mon passage, et je franchis la porte sans me retourner.
Oui, je suis à Cannes, mais rassurez-vous, tout n'est pas si noir, en fait il fait très beau, et je reprends le travail pour de bon dans quelques heures, avec l'un de mes tournois préférés du circuit européen, le Main Event du Partouche Poker Tour organisé par le groupe Partouche au casino Palm Beach, tout au bout de la Croisette.
Je suis arrivé en ville mercredi en milieu d'après-midi, le vol Lille-Nice ne fut qu'une formalité, c'était aussi facile que de prendre le métro. Arrivée à l'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.
Le taxi glisse sur l'autoroute comme sur un toboggan, et j'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d'EPT, aucun français n'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l'envoi d'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.
On se change et on s'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.
Il n'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, et l'on va bien s'amuser, comme chaque année.
Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n'est pas encore prête, rien n'est installé, ce n'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s'affairent pour être prêts à temps. J'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur Winamax.fr toute la semaine pour notre couverture en direct.
Des oligarques russes en polo Ralph Lauren remontant la digue ventre en avant et bagouzes aux doigts, des blondes siliconées au teint parfaitement hâlé parlant au téléphone sur les terrasses des cafés, des beaux gosses musclés sur le ponton de la plage publique racontant leur garde à vue du matin tout en jetant les minots à la flotte (« Ils ont du me relâcher, j'ai pas de casier »), des baraques à frites vendant des paninis quatre euros cinquante pièce, des petits culs de toute l'Europe allongés sur le sable, enlevant le haut pour mieux profiter du soleil, des anglaises acariâtres commandant un thé au jasmin avec un fort accent du Yorkshire, des touristes allemands ne parlant pas le français prenant en photo la plage avec un téléobjectif, des vieux trébuchant dans le sable en direction de la douche, des vieux en blazer bleu marine assis sur les bancs face à la mer, des vieux à la peau carbonisée et fripée dormant sur leur transat', des vieux demandant l'addition au serveur déambulant entre les tables du restaurant bondé avec un air furibard, le plateau rempli de consommations chancelant tandis qu'il tente d'éviter la vieille se dirigeant vers les toilettes avec son teckel dans les bras, des merdes de chien à tous les trottoirs, des bijoux autour du cou des vieilles bien habillées montant dans un taxi, le soleil qui se couche à l'horizon, les palmiers lentement caressés par la brise, le bitume qui se refroidit, son odeur mêlée à celle des pots d'échappement, toute une collection de vestes Giorgio Armani et lunettes de soleil Ray-Ban Wayfarer assises en terrasse et tripotant leur Blackberry en buvant des Coca Light des Perrier et des Red Bull, une mère rassurant son fils au téléphone (« T'es sorti, t'as payé ta dette à la société, maintenant la chance va tourner, tu verras »), des top models ukrainiennes, slovaques, tchèques dans des robes Chanel, Dior, Gucci noires, blanches, vert pomme se dirigeant vers le Martinez d'un pas décidé, des jeunes à scooter grillant le feu rouge sans casque, trois suédois me demandant la route du Palm Beach, une mendiante très digne marchant au travers des terrasses le gobelet à la main devant les clients indifférents reprenant une bouchée de leur pizza au gorgonzola, les camelots exposant leur camelote, des roses, des gris-gris clignotants, des figurines jouant de la musique, au loin les lumières des yatchs des oligarques russes scintillant sur l'eau endormie, des Porsche Camara, des Austin Mini, des BMW, des grosses Mercedes étalées sur toute la longueur de la Croisette, des joueurs de poker à la chemise ouverte racontant des coups de poker, deux prostituées en haut léopard observant d'un œil attentif le tournoi de poker réservé aux journalistes, et quelqu'un leur fait remarquer que ce n'est peut-être pas la bonne table pour se trouver un julot, des chauffeurs de taxi faisant le pied de grue sur le trottoir, une prostituée d'âge mur en bottes de cuir et manteau de vinyle attendant patiemment au pied d'un lampadaire à l'entrée d'une rue déserte, un jeune en short et chemise et chaussettes dormant paisiblement sur un banc, aucune trace de ses chaussures, un type fumant une clope devant la porte de l'hôtel avec un air maussade, murmurant quelque chose que je ne comprends pas à mon passage, et je franchis la porte sans me retourner.
Oui, je suis à Cannes, mais rassurez-vous, tout n'est pas si noir, en fait il fait très beau, et je reprends le travail pour de bon dans quelques heures, avec l'un de mes tournois préférés du circuit européen, le Main Event du Partouche Poker Tour organisé par le groupe Partouche au casino Palm Beach, tout au bout de la Croisette.
Je suis arrivé en ville mercredi en milieu d'après-midi, le vol Lille-Nice ne fut qu'une formalité, c'était aussi facile que de prendre le métro. Arrivée à l'aéroport désert trente minutes avant le décollage, enregistrement des bagages en une minute, contrôle de sécurité en deux minutes, embarquement, décollage. L'hôtesse distribue des boissons fraîches, au micro le pilote nous informe des points de vue à observer depuis le hublot (Paris, Valence, St-Tropez, Monaco), puis effectue un virage serré pour se caler sur la piste d'atterrissage, nous nous posons à treize heures, tout le monde est content, même les bébés se sont retenus de hurler.
Le taxi glisse sur l'autoroute comme sur un toboggan, et j'arrive au Palace Hotel, notre QG reservé pour la semaine. J'y retrouve Aymerick, modérateur de Wam-Poker récemment embauché par Winamax qui va nous aider pour la semaine (Harper est encore à Vilamoura où, pour la première fois en quatre ans d'EPT, aucun français n'a atteint les places payées). On prend possession de notre suite au sixième étage, et très vite Junior arrive, l'équipe est complète, il nous raconte son été en Argentine et à Bali, et se rend compte qu'il a oublié son sac à micro, il appelle à Lyon pour arranger l'envoi d'un Chronopost, et part à la Fnac acheter un câble manquant, on se retrouve plus tard sur la plage publique, elle est bondée de vacanciers lisant tous le même magazine gratuit distribué sur la digue.
On se change et on s'installe en terrasse du Vésuvio, un italien faisant l'unanimité chez les joueurs de poker. On commande des pizzas et Ludovic Lacay nous rejoint, suivi plus tard par Antony Lellouche. Je ne les ai pas vus depuis Vegas, et l'on rattrape le temps perdu. Arnaud Mattern passe par hasard, enfin pas vraiment, c'est son restaurant préféré. Au casino, le satellite bat son plein, et un tournoi réservé à la presse est prévu à 22 heures. Il commencera finalement après 23 heures, nous sommes trente à nous être acquitté des 55 euros du prix d'inscription, auquel il faut ajouter 15 euros de prélèvement (!), c'est le prix à payer pour retrouver les collègues pas vu depuis Vegas dans la joie et la bonne humeur. Je croise mes « Band of Brothers » des WSOP, les énergumènes attachants avec qui j'ai partagé quotidiennement le banc de presse de l'Amazon Room : Roroflush de Partouche, Kinshu du ClubPoker, Steven de Made in Poker (que je continue d'appeler simplement « Le mec de MIP »). Jooles (Card Player) et Harper n'arriveront que le lendemain. Il y a aussi Hugues Fournaise, le photographe, Ben d'Unibet, plein de gens que je ne connais pas, et quand je leur demande pour qui ils travaillent, ils sont intimidés et ont du mal à me répondre. A notre table, un seul journaliste non-spécialisé, un mec qui écrit pour « La Montagne », un quotidien régional, et l'on va donc rapidement le surnommer « PQR ». Je chambre à tout va, tout le monde en prend pour son grade, les anonymes comme les potes, les insultes fusent (« Essaie encore de me relancer, toi, avec ton site qui n'a même pas la licence ARJEL »), et je me fais finalement éliminer par Antoine Laffond de Poker Leaders, 7 et 9 de trèfle poussé UTG, il me paie de grosse blinde avec ses Rois.
Il n'y a pas plus de quinze tournois par an où le vainqueur repartira avec une somme égale ou supérieure à un million d'euros, et le PPT en fait partie depuis son lancement en 2008. 8,500 euros l'entrée, trois millions de cagnotte garantie par le casino, un million promis au vainqueur, et plus de 400 joueurs attendus, tout ce que la France compte de bons et de mauvais joueurs, dont la quasi totalité du Team Winamax, quelques célébrités américaines pour lesquelles on déroulera le tapis rouge, et une tripotée de fines lames européennes, alléchées par la perspective de jouer un tournoi composé à 90% de joueurs français qualifiés lors de satellites live à la structure rapide. Il y aura à boire et à manger, et l'on va bien s'amuser, comme chaque année.
Bon, il est presque midi, le tournoi commence dans une heure, j'ai récupéré mon accréditation auprès de Fanny, la charmante responsable des relations presse. La salle médias n'est pas encore prête, rien n'est installé, ce n'est pas très sérieux mais je me suis planqué dans un coin de la salle de tournoi pour terminer ce texte, tandis que techniciens et superviseurs s'affairent pour être prêts à temps. J'entends dire que les inscriptions au Day 1A ont été cloturées après 320 inscrits, autant dire que le record de 2009 (522 joueurs) sera explosé sans difficultés. J'avais encore plein de trucs à raconter, mais il faut que je file. Rendez-vous sur Winamax.fr toute la semaine pour notre couverture en direct.
Il est lundi matin, vous venez d'arriver au bureau et, comme moi, vous êtes déja en train de compter les minutes une heure à peine après votre arrivée. La journée sera longue... Pourquoi ne pas prendre une pause en consultant quelques liens qui ont attiré mon attention ces derniers jours ?
An Open Letter to the Commerce Casino - Why I signed(Michael Craig sur le Full Tilt Poker Blog) Le marché français des jeux en ligne est maintenant régulé depuis deux mois, avec les conséquences dramatiques que l'on sait pour les joueurs héxagonaux, désormais cloisonnés à l'intérieur de leurs frontières, et victimes d'un taux de prélevement (rake) battant tous les records. Pendant ce temps, les choses bougent à toute vitesse de l'autre côté de l'Atlantique, et nos amis américains se demandent à quelle sauce ils vont être à leur tour mangés. Des élements de réponse commençent à émerger ça et là, et il semblerait que l'on s'achemine vers une solution similaire. Les lobbys pro-poker en ligne et plusieurs politiques poussent pour une régulation au niveau national (ce qui, vu la taille du pays, ne serait pas une si mauvaise solution), mais certains groupes d'influence (les casinos en dur, notamment) ne l'entendent pas de cette oreille, proposant une régulation état par état, ce qui serait évidemment une catastrophe similaire à celle observée chez nous en France et en Italie. Imaginez la gueule d'un marché américain découpé en 50 sections indépendantes ! Tout cela est très compliqué, et nous n'en sommes qu'au tout début du processus (rappelez vous que les premiers pas vers une législation en France ont été faits en 2006). Cet article de l'excellent Michael Craig est centré sur le bordel qui règne actuellement en Californie, avec le Commerce Casino de Los Angeles s'opposant ouvertement à une législation au niveau national. Un signal inquiétant de la part de la plus grande salle de poker "live" du monde. Comme vous pourrez le constater, les américains commençent à flipper sur la tournure que vont prendre les choses... un an après nous. Pour plus d'informations sur la situation du marché américain, je ne peux que vous conseiller de lire régulièrement Pokerati, qui sont les mieux renseignés sur le sujet.
Durrrr Challenge 2 > Durrrr Challenge 1(Wicked Chops Poker) Le Durrrr Challenge - rien de moins que le truc le plus intéressant qui soit arrivé au poker en ligne ces deux dernières années, avec la météorite Isildur1 - est de retour, et comme nous le dit Wicked Chops, la deuxième manche s'annonce infiniment plus rapide que la première. Alors que le match de Tom Dwan contre Patrick Antonius n'est toujours pas terminé un an et demi après son lancement (Antonius est tellement derrière qu'il n'a presque plus aucune chance de remonter), plus de 5,000 mains ont déja été jouées face à Daniel "jungleman12" Cates en deux sessions à peine, soit 10% de l'objectif. Rappel : 50,000 mains devront être jouées au total, en tête à tête, aux enchères 200$/400$ et quatre tables à la fois, minimum. Si Durrrr termine en tête, il remportera 500,000$ en plus des gains ramassés à la table. Dans le cas contraire, il remettra trois fois plus à son adversaire. Oui, cela correspond à 1,5 millions de dollars. Si vous n'avez pas désinstallé la version .com de Full Tilt Poker sur votre ordinateur, il est toujours possible d'observer les tables... A noter que ce deuxième challenge semble être joué en No Limit Hold'em, alors que Durrr et Antonius avaient joué exclusivement en Pot Limit Omaha.
The War of the C-words(Poker News) Les deux dernières semaines ont été assez pauvres au niveau de l'actualité poker... Pas étonnant, donc, que les médias se soient jetés comme des vautours sur la dernière esclandre de Daniel Negreanu. J'étais à l'aéroport d'Heathrow en route vers Tallinn quand j'ai ramassé un exemplaire de l'excellente publication britannique PokerPlayer au kiosque à journaux, et j'avoue avoir été assez surpris en y découvrant Daniel Negreanu qualifier Annie Duke de "cunt" dans l'interview qui lui était consacrée. "Cunt", c'est juste l'insulte la plus violente que l'on peut lancer à une femme en langue anglaise, en particulier aux Etats-Unis, que l'on pourrait traduire en français par "pouffiasse" ("salope" serait encore trop timoré). Bon, on sait bien que Daniel et Annie ne peuvent pas se piffrer, et que le canadien ne rechigne jamais à donner son opinion de manière claire et précise. S'en sont suivies deux semaines de buzz sur Twitter, Facebook, et tout ce que la planète poker compte de forums et sites d'information. Indignation dans le camp d'Annie Duke, embarassement du côté de Negreanu et PokerStars ("mais je pensais pas que le journaliste allait citer cette phrase !"), et la communauté qui se régale, pop corn en main. Ma confrère Nicole Gordon donne son avis sur Poker News.
Une véritable histoire belge(Slowrolled.com) Mes confrères suisses de Slowrolled se sont récemment rendus au Casino de Namur, Belgique pour y couvrir une étape de l'excellente série des "ChiliPoker Deepstack Open". Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'accueil fut des plus chaleureux pour le reporter depêché sur place, avec un séjour ponctué par des menaces, injures, violences et provocations de la part du casino, et se terminant par une expulsion des lieux. Qui a dit que ce métier était de tout repos ? Je n'ai pas de raison de douter de la véracité de ce récit, ayant déja entendu dans le passé plusieurs histoires à dormir debout concernant ce casino. Une chose est sure, Winamax ne mettra jamais les pieds à Namur pour y réaliser un reportage poker.
Cocaine cowgirl : Paris Hilton arrested in Las Vegas for cocaine possession and overall stupidity(Tao of Poker) Ah, l'héritière préférée de l'Amérique qui s'éclate dans la Ville du Vice et se fait pincer en possession d'un petit sachet de poudre blanche importée de Bolivie... Cela sonne comme un cliché fatigué, mais non, ça s'est passé vendredi soir sur le Strip de Las Vegas. Croyez-en un habitué de Vegas : là-bas, le seul crime, c'est d'être assez con pour se faire prendre. Jusqu'où tombera Paris Hilton dans la stupidité ? Les limites sont celles de l'imagination.
Las Vegas Cabbie Chronicles Mon dernier blog préféré en date : les récits d'un chauffeur de taxi de Las Vegas, ses déboires avec les clients, les autorités locales, le personnel des casinos, etc, etc. Des tas d'anecdotes hilarantes et des conseils précieux (il faut fouiller un peu). On y apprendra notamment que les français ne donnent jamais de pourboire (quelle surprise !)
Reportage : EPT Vilamoura(Winamax.fr) N'ayant pas vraiment de bons souvenirs de Vilamoura, j'ai laissé Harper partir en solo pour couvrir la deuxième édition de l'European Poker Tour à la sauce portugaise. Affluence modeste mais satisfaisante, avec presque 400 joueurs au rendez-vous. Au terme des deux premières journées du tournoi, grosso modo la moitié ont survécu, avec Michel Abécassis (finaliste en 2009), Antony Lellouche et Arnaud Mattern en place parmi les chip-leaders. C'est à suivre jusque jeudi sur Winamax.fr, toute la journée à partir de 13 heures.
Et on termine avec le blog du Team Winamax, toujours un bon moyen de passer le temps en prenant des nouvelles de la meilleure équipe de France du monde à nous qu'on a. D'ailleurs, j'ai un article à bosser, je suis complètement à la ramasse, j'y retourne.
Il est lundi matin, vous venez d'arriver au bureau et, comme moi, vous êtes déja en train de compter les minutes une heure à peine après votre arrivée. La journée sera longue... Pourquoi ne pas prendre une pause en consultant quelques liens qui ont attiré mon attention ces derniers jours ?
An Open Letter to the Commerce Casino - Why I signed(Michael Craig sur le Full Tilt Poker Blog) Le marché français des jeux en ligne est maintenant régulé depuis deux mois, avec les conséquences dramatiques que l'on sait pour les joueurs héxagonaux, désormais cloisonnés à l'intérieur de leurs frontières, et victimes d'un taux de prélevement (rake) battant tous les records. Pendant ce temps, les choses bougent à toute vitesse de l'autre côté de l'Atlantique, et nos amis américains se demandent à quelle sauce ils vont être à leur tour mangés. Des élements de réponse commençent à émerger ça et là, et il semblerait que l'on s'achemine vers une solution similaire. Les lobbys pro-poker en ligne et plusieurs politiques poussent pour une régulation au niveau national (ce qui, vu la taille du pays, ne serait pas une si mauvaise solution), mais certains groupes d'influence (les casinos en dur, notamment) ne l'entendent pas de cette oreille, proposant une régulation état par état, ce qui serait évidemment une catastrophe similaire à celle observée chez nous en France et en Italie. Imaginez la gueule d'un marché américain découpé en 50 sections indépendantes ! Tout cela est très compliqué, et nous n'en sommes qu'au tout début du processus (rappelez vous que les premiers pas vers une législation en France ont été faits en 2006). Cet article de l'excellent Michael Craig est centré sur le bordel qui règne actuellement en Californie, avec le Commerce Casino de Los Angeles s'opposant ouvertement à une législation au niveau national. Un signal inquiétant de la part de la plus grande salle de poker "live" du monde. Comme vous pourrez le constater, les américains commençent à flipper sur la tournure que vont prendre les choses... un an après nous. Pour plus d'informations sur la situation du marché américain, je ne peux que vous conseiller de lire régulièrement Pokerati, qui sont les mieux renseignés sur le sujet.
Durrrr Challenge 2 > Durrrr Challenge 1(Wicked Chops Poker) Le Durrrr Challenge - rien de moins que le truc le plus intéressant qui soit arrivé au poker en ligne ces deux dernières années, avec la météorite Isildur1 - est de retour, et comme nous le dit Wicked Chops, la deuxième manche s'annonce infiniment plus rapide que la première. Alors que le match de Tom Dwan contre Patrick Antonius n'est toujours pas terminé un an et demi après son lancement (Antonius est tellement derrière qu'il n'a presque plus aucune chance de remonter), plus de 5,000 mains ont déja été jouées face à Daniel "jungleman12" Cates en deux sessions à peine, soit 10% de l'objectif. Rappel : 50,000 mains devront être jouées au total, en tête à tête, aux enchères 200$/400$ et quatre tables à la fois, minimum. Si Durrrr termine en tête, il remportera 500,000$ en plus des gains ramassés à la table. Dans le cas contraire, il remettra trois fois plus à son adversaire. Oui, cela correspond à 1,5 millions de dollars. Si vous n'avez pas désinstallé la version .com de Full Tilt Poker sur votre ordinateur, il est toujours possible d'observer les tables... A noter que ce deuxième challenge semble être joué en No Limit Hold'em, alors que Durrr et Antonius avaient joué exclusivement en Pot Limit Omaha.
The War of the C-words(Poker News) Les deux dernières semaines ont été assez pauvres au niveau de l'actualité poker... Pas étonnant, donc, que les médias se soient jetés comme des vautours sur la dernière esclandre de Daniel Negreanu. J'étais à l'aéroport d'Heathrow en route vers Tallinn quand j'ai ramassé un exemplaire de l'excellente publication britannique PokerPlayer au kiosque à journaux, et j'avoue avoir été assez surpris en y découvrant Daniel Negreanu qualifier Annie Duke de "cunt" dans l'interview qui lui était consacrée. "Cunt", c'est juste l'insulte la plus violente que l'on peut lancer à une femme en langue anglaise, en particulier aux Etats-Unis, que l'on pourrait traduire en français par "pouffiasse" ("salope" serait encore trop timoré). Bon, on sait bien que Daniel et Annie ne peuvent pas se piffrer, et que le canadien ne rechigne jamais à donner son opinion de manière claire et précise. S'en sont suivies deux semaines de buzz sur Twitter, Facebook, et tout ce que la planète poker compte de forums et sites d'information. Indignation dans le camp d'Annie Duke, embarassement du côté de Negreanu et PokerStars ("mais je pensais pas que le journaliste allait citer cette phrase !"), et la communauté qui se régale, pop corn en main. Ma confrère Nicole Gordon donne son avis sur Poker News.
Une véritable histoire belge(Slowrolled.com) Mes confrères suisses de Slowrolled se sont récemment rendus au Casino de Namur, Belgique pour y couvrir une étape de l'excellente série des "ChiliPoker Deepstack Open". Le moins que l'on puisse dire, c'est que l'accueil fut des plus chaleureux pour le reporter depêché sur place, avec un séjour ponctué par des menaces, injures, violences et provocations de la part du casino, et se terminant par une expulsion des lieux. Qui a dit que ce métier était de tout repos ? Je n'ai pas de raison de douter de la véracité de ce récit, ayant déja entendu dans le passé plusieurs histoires à dormir debout concernant ce casino. Une chose est sure, Winamax ne mettra jamais les pieds à Namur pour y réaliser un reportage poker.
Cocaine cowgirl : Paris Hilton arrested in Las Vegas for cocaine possession and overall stupidity(Tao of Poker) Ah, l'héritière préférée de l'Amérique qui s'éclate dans la Ville du Vice et se fait pincer en possession d'un petit sachet de poudre blanche importée de Bolivie... Cela sonne comme un cliché fatigué, mais non, ça s'est passé vendredi soir sur le Strip de Las Vegas. Croyez-en un habitué de Vegas : là-bas, le seul crime, c'est d'être assez con pour se faire prendre. Jusqu'où tombera Paris Hilton dans la stupidité ? Les limites sont celles de l'imagination.
Las Vegas Cabbie Chronicles Mon dernier blog préféré en date : les récits d'un chauffeur de taxi de Las Vegas, ses déboires avec les clients, les autorités locales, le personnel des casinos, etc, etc. Des tas d'anecdotes hilarantes et des conseils précieux (il faut fouiller un peu). On y apprendra notamment que les français ne donnent jamais de pourboire (quelle surprise !)
Reportage : EPT Vilamoura(Winamax.fr) N'ayant pas vraiment de bons souvenirs de Vilamoura, j'ai laissé Harper partir en solo pour couvrir la deuxième édition de l'European Poker Tour à la sauce portugaise. Affluence modeste mais satisfaisante, avec presque 400 joueurs au rendez-vous. Au terme des deux premières journées du tournoi, grosso modo la moitié ont survécu, avec Michel Abécassis (finaliste en 2009), Antony Lellouche et Arnaud Mattern en place parmi les chip-leaders. C'est à suivre jusque jeudi sur Winamax.fr, toute la journée à partir de 13 heures.
Et on termine avec le blog du Team Winamax, toujours un bon moyen de passer le temps en prenant des nouvelles de la meilleure équipe de France du monde à nous qu'on a. D'ailleurs, j'ai un article à bosser, je suis complètement à la ramasse, j'y retourne.
My first European Poker Tour event ended disappointingly after seven hours of play. My opponents were no one you would recognize, but they were very tough nonetheless, almost all of them. I made tons of small mistakes which added up. I got lots of good hands, but didn't get paid off, lost at the showdown, or got them in such tricky spots that I was unable to win with them. I never made a flush or a straight. I played very tight. I never had an easy spot to play, one of those Aces vs Kings matchups, or flush vs flush, no hand that played itself. I had to fight for every chip, and lost most of those battles. I was below the starting stack for the entire day, save for maybe ten minutes. And when I finally got in the perfect spot, the one that could put me back on the right track, I busted out, victim of a 3-outer on the river.
The numerous media people and friends who were rooting for me in Tallinn asked me after wards if I enjoyed the experience, despite the poor result. I told them it was akin to get a spanking from your mistress in a no tel motel on a rainy Thursday night. Your ass hurts, but you still get a kick out of it. I enjoyed the mental stimulation that came with all the difficult decisions I had to make, and stayed positive the entire time, despite never being really in a good position. For the first time, I wasn't even upset after busting out. Maybe there was a sense of relief at being out, I don't know.
What made things great was the tons of support I received before, during and after the tournament. Thanks to all of you who dropped a word on Twitter, Facebook, sent an email, an SMS, patted me on the back... Save for this scandinavian reporter who showed up at my table and gave me a laugh, saying “You, playing a tournament ? So funny !”, within earshot of the entire table. Thanks for the table image, buddy.
I take my seat at table 11, which is slowly filling up with players. Stereotypes helps to make your first assessment of the competition. The guys I'm facing to start my first EPT are all unknown (good thing), and all young (bad thing). The partial seat draw info posted outside the tournament area tells me I'm playing with one Swede, one Estonian (only a handful entered the event), one Polish, and one Belgian. There's also a Frenchman, Gregory, sporting Winamax colors, as I do, too. An amateur player who qualified on the site. Since I'm not good enough at poker to qualify online for a big poker tournament, my only way of playing was to sell a big share of my action to various friends. Thanks all for giving me your trust and your money. It meant a lot to me.
Thomas Kremser says « Shuffle up and deal » on the microphone, it's my 38th EPT, but the first as a player. I'm nervous and excited. I have no idea what's gonna happen. I hope to run good, and that I won't make stupid mistakes. My heart is racing as I play my first hand, calling a UTG+1 raise on the button with pocket Sevens. Flop is 862 off and I call a 500 c-bet. Turn is a 10, I call another bet, 1,100. River is a meaningless 2, and my opponent completes his 3-barreling by betting 2,200. At this point I don't think I beat anything anymore. Given my fast flop and turn calls, the guy must think I'm gonna call the river also. So he can only betting with a better hand than mine, right ? I fold.
Then I raise in mid-pos with Q9 of clubs, get called in three places, and the flop is 853 of hearts. No reason to c-bet here in a multiway pot, I check/fold. UTG, I raise 275 with 76 of spades, and the Winamax frenchie reraises to 900 on the button. I call and check/fold again on a Q83 offsuit flop, no spades. Looks like I'm setting up a weak image. Not what I had in mind. One orbit later, UTG raises 300. I'm UTG+1 with pocket Tens and I flat call. The nit in me is not about to overplay a middle pair right at the beginning of my first €4,250 tournament. The big blind calls as well, and the flop is 955 offsuit. This is good, right ? The BB checks. Preflop raiser bets 600. I call only to see the BB check/raising to 2,200. PFR folds, and I can't see any other option than folding as well. His line doesn't make much sense, it looks like a bluff with air to make PFR fold his As-K and me fold the mid-pair I represent, but finding out is gonna cost me a lot. I fold. Later, I call a raise on the cutoff with 98 of hearts and see a 3-way J86 flop with two diamonds. Again, I opt for the weakest line by folding to a c-bet, despite having flopped a little something. I should have called, lots of scare cards would have slowed down the action on the turn. I'm starting to think this report is gonna get me some abuse by the people who put me in. But I'm trying to write an honest recap, so... So be it.
Blinds : 75/150. My stack : 25,450
Not the best start ! I haven't won a single hand yet. I'm about to when I defend my big blind with AT of spades against a hi-jack raise. The flop is JTT with two clubs. Nice. I check, and my opponent checks as well. I bet 350 on the 7 turn – it's way not enough, I know, the pot was about 1,000 large at that point. Anyway, he calls. River is another 7, I have a full-house and bet 750. Should have been 1,500 if my bet-sizing had been correct on the turn. He calls, and mucks upon seeing my hand.
Then I fold KQ off from the SB after a raise from early and a reraise from the cutoff. I limp K7 of diamonds on the cut-off and fold after a small blind raise. Then I fold a lot and we go on break.
Blinds : 100/200. My stack : 26,575
I come back from the break a little late and miss a couple of hands. I find pocket Fours UTG and raise to 525. I'm called by the solid Swedish player seated directly on my left. Flop is AQ7 with two spades. I decline the c-bet, and he checks as well. I try a 650 steal on the 9 of spades turn, but he calls. We check the 6 river, and he shows me KQ of clubs for the win.
Seat one, a decent player, raises to 500 from early position. I call on the hijack with A4 of diamonds. The big blind calls. Flop is A62 off with one diamond. Seat 1 c-bets 900, I call and we're heads-up. Turn is another 6 that brings a second spade. He checks, I check as well. River is a King. He checks and I bet 1,500. He snap calls and shows AQ offsuit : I lucked out a split pot, and saved chips since I would have bet lots of rivers here.
The Winamax player (Gregory) raises to 525 from early position. I call in mid-pos with pocket Tens again. See, I get dealt lots of pocket pairs but never manage to win a pot. It will be the case again here. Seat 1 calls from the big blind, and the flop is K86 offsuit. Gregory c-bets 900 and I call. We're heads-up. Turn is an Ace, a second spade. He checks, I check. River is an 8 of spades. He bets 1,500. Why would I be ahead here ? I fold. Dammit.
I get dealt Queens. Surely there's a way I'm gonna finally win with a pair, right ? The worst player at the table raises to 600 from early position... Wait a minute, let me clarify about the choice of words. The whole table was amazingly solid. It was a whole new universe for me, my previous “big” comps had buy-in ranging from €500 to €1,500. In Tallinn my opponents weren't all world class, but they all knew what they were doing to some extent. This guy here was just the least good of all, he was calling 3-bets ouf of position too often. Anyway, he raises to 600 from EP, and I 3-bet to 1,900. Alas, he folds this time. As you can see, I know how to make money with my monsters. Fuck this.
The cut-off raises to 500. I call on the button with A2 of clubs. The BB calls. Flop is A53 with one club. Not bad. I call a 1,000 c-bet and we're heads-up. Turn is a K of spades. Check/check. River is a 2. He checks, I bet 2,100 with my two pairs, he folds.
One guy tries a raise to 525, he hasn't noticed the blinds have went up. Therefore, he's instructed by the dealer to make a min raise. I call on the cut-off with QJ of clubs. Flop is Q53 with one club. He checks, I bet 375 (again, not enough), he calls. Turn is a 7, we check. River is an 8, he checks, I bet 1,000, he snap-folds.
The next hand is one of the most important I played during my short-lived tournament, I think... Experts, let me know what you would have done. UTG, the Swedish player raises UTG. UTG+1 calls. Seat 1 reraises to 2,400. Since the tournament started, he's proven himself to be quite an active player, but not too active either. Let's say he's mixing it up well, playing like good tournament players should in my opinion. I'm on the big blind with pocket Jacks. Another hideous spot, isn't it ? I have about 27K, the Swede got me covered by a few thousand, and Seat 1 got 22K to start the hand. All things considered, we all have the same stack, or so I assume. What do you do ? I opt to flat call, and so does the Swede. UTG+1 fold, and we're three-handed on the 984 flop with two spades. There's 7,500 or so in the middle. I check, and my two opponents do as well. Interesting. Turn is a 7 of hearts. I check again. The Swede bets 4,500. Seat 1 calls quickly. I dwell for thirty seconds and fold sheepishly. River is a 6 of spades, completing a flush draw. Both players check. Swede turns over three of a kind with pocket Nines, and Seat 1 mucks. OK, so I was a loser as soon as the flop came, and made the right fold on the turn. But could I have won the hand by 4-betting preflop ? Was it a good option ? I'll never know what Seat 1 had here... But he can't possibly have AA, KK or QQ, right, since he checked on the flop ? Maybe Jacks, like me ? Shit, I hated this hand. Another pair loses, and my stack is desperately staying below average.
I raise to 750 on the cut-off with A9 of diamonds, the Swede calls on the button, flop is AQ8 off with one diamond, I c-bet 1,025 and he folds. Then Ace-King from early position (again, I get lots of good starting hands), which I raise to 775. Button calls, he's the best player at the table in my opinion, very aggressive. Flop is QT8 with two hearts, and I have none. Shitty spot again. I check, he bets, and I fold like the fish I am. NEXT hand, I get Aces, and raise to 775, still from early position. The same player calls me from the cut-off. Flop is K87 offsuit, and instead of check/raising, I c-bet and win the pot. Combined, those hands are bad, I played them face up. I should have CR the second one to get a bit more respect on future hands.
Blinds : 150/300, ante 25. My stack : 25,650
I can't seem to get above my starting stack, which is now worth less than 100BBs, plus there are the antes to worry about now. Back from the second break, I see an incredible hand where a guy (the one whom against I laid down TT against when he CR'd a 955 flop) ships his 40K stack on a King high flop with just an 8-high flush draw. The good player in Seat 10 sighs and call with a set of Deuces, and the river completes the other guy's draw. Amazing.
Next I raise UTG to 725 with AQ of clubs. Seat 1, now short-stack (kinda, 10K) calls from the hi-jack. The BB calls as well. Flop J33 offsuit, no clubs. I c-bet 1,400, and get called by Seat 1 only. Turn is another 3. We check. River is a Q, I lucked out the full-house and most likely have the winner... I check, still. He bets 2,600, and nitty that I am, I don't raise. I flat call and he shows Ace-Jack. Another hand atrociously played. I'm lucky he had a good hand. I should have bet on the river, obviously, since he would have called with lots of pocket pairs, pocket pairs that he would have checked back. Jeez. No happy with all those small mistakes I'm making, but I got a stack above 30,000 for the first time in the tournament.
Someone raises to 775 from mid-pos. I'm next to him on the hi-jack with AK off. I don't raise. But not out of nittyness for once (I swear...). Simply, Seat 10 and 1 are in the blinds. They are now short, and good enough to attempt a squeeze with less than premium hands. I'm targeting them. But instead, Swede on CO calls, button calls, and Seat 1 calls on BB. Flop is 8 high with two spades, I have none. Fuck. Seat 1 overbets by going all-in for 5,000. PFR snaps like he's heads-up, he only has pocket Nines (lol at his snap-call), the rest of the players fold including me, Seat 1 turns over 85 of hearts for one pair. Turn is an Ace, shit I could have won this showdown for once, and Seat 1 is out.
I raise AT of clubs from MP, 725 total. I'm called by Seat 10, who has like 9K in front of him. Flop is KJ3, all spades. I c-bet 1,025. He raises to 3,000. I fold. He shows one King. I feel ashamed. He's having fun showing me how good his read on me is. I feel powerless. What am I doing in this tournament ?
Blinds : 200/400, ante 50. My stack : 28,725
Right when a new level begins, my table breaks and I get moved to a new table. Joining me is Seat 10 and Seat 8 from the previous table. Seat 10 stays in Seat 10, while Seat 8 is now in Seat 3. Two on my right is Manuel Bevand, the only Winamax Team Pro player who showed up to play the first EPT of the season. He sporting a 50,000 stack. On my immediate left and right are seated players with at least 90,000 each. This table is way more aggressive than the last one, with more 3-betting. Only redeeming quality : two on my left is a clueless Finnish guy who I'm gonna witness 3-betting, then calling a 4-bet with QJ off, out of position, with a 30,000 stack.
To make things worse, I'm card dead now. So much that I don't play for thirty minutes straight. Nothing to do with K2, Q5 and 84 twenty times in a row. Then I find 98 of spades UTG, first remotely decent hand since I sat down at this new table. I raise to 1,000. Obviously, the clueless Finn min-reraises me, and I'm forced to call when action comes back to me, then to check/fold on a 433 offsuit flop. Fuckety fucking fuck.
Then I wait another half-hour (not kidding) and raise to 1,000 with 54 of clubs. I'm in mid-pos. I get a call from the Finnish fish and the button. Flop is T96 and I check/fold for the 183th time today. A few minutes later I'm UTG+1 with KJ of diamonds, and manage to steal the blinds. Yay. Level 6 is over.
I head to the dinner break and have a sit-down with ElkY and Arnaud Mattern. They give me some pointers, well Arnaud is at least, ElkY just spends one hour making fun of my plays, and I can't blame him.
Blinds : 300/600, ante 50. My stack : 23,525
I have 40 big blinds. Still plenty of room to butcher hands, check this : first hand, a tight player with a short-stack (like 16K) raises from late position. I call on the big blind with pocket Nines. Flop is J53 with two spades. You already know what I'm gonna do... I check/fold. Another one, right after : I get KQ off on the small blind, everybody folds to me... I limp in. The big stacked BB raises, and again, I fold. I simply had no idea what else to do. Someone raises from early position, and I don't wanna call in position with QJ of spades. I would have flopped nothing anyway...
In short, I spend another hour folding and getting slowly blinded off. Then I get pocket Queens... Big stack on my right raises to 1,700 from early position. I 3-bet small, 4,000 total. Action is back to him, and he tanks. Clueless dealer thinks he called, and start dealing the flop, enough for everyone to see a King of clubs. What ??!! A floor is called over. He makes the proper ruling (this is the EPT, I was not too worried) : if we have to see a flop, the deck will be shuffled again, King included. Anyway, the guy folds, and very next hand, I get dealt Queens again. This time Manuel Bevand raises to 1,500. I 3-bet to 4,500, and he folds as well. To sum it up : I'm card dead, and when I finally get a hand, I get no action since everybody has figured out how tight I am.
Blinds : 400/800, ante 75. My stack : 22,625
I steal the blinds on the button with 86 of clubs. Seat 10 busts, and is replaced by a guy with 140,000, and I steal the blinds again, from the hi-jack with KQ offsuit. I try to steal once more with A2 offsuit, but fold to a shove from a short stack, but not short enough to warrant a call.
Then, a few orbits later, a few minutes before the last level of the day is set to begin, I play my last hand of the Tallinn EPT. The hand right before it, Manuel Bevand doubled up to 70,000 when he cracked Aces with KJ offsuit... (He 3-bet from the BB, the HJ raiser trapped by just calling, and all the money went it on a KJ3 flop). I'm UTG with pocket Kings. I raise to 1,900. Everybody folds to Manuel who 3-bets 6,300 from the small blind. I think about it for fifteen seconds and push my 20,500 stack in the middle.
He instantly calls, then asks how many chips I got. For those who don't know, this sequence (“I call, how much ?”) is jokingly known as a “ElkY” in French poker lingo. Manuel turns over Ace-King offsuit.
There is 42,000 in the middle. Biggest pot I played today, obviously, that could set me up nicely to finish Day 1 above a starting stack, not the best result ever, but given all that happened today, I would be content with it.
The flop comes nothing, brick, blank. The turn is a rag. The river is an Ace of spades. I literally jump out of my chair in a reflex of disgust. I shake Manuel's hand, and part ways with my first European Poker Tour event.
So yeah, the whole thing was enjoyable, but quite painful. I was definitely outmatched in this field, I'll admit it. But the lack of good spots and easy hands made my task a lot harder. To go deep in such a tournament, you definitely need lots of hands like that. You need to flop sets once in a while, you need your draws to get there, and you need not to get outdrawn...
Do I want more of this ? Yes... But the next live tournament I'll play will have a lesser buy-in and an easier field, and I'll put my own money. Playing with other people's money prove quite stressful, especially since the competition the toughest I faced. All in all, I don't regret my decision to play. It was interesting. I learned a lot and can't wait to try again... Till I finally make a big score.
My first European Poker Tour event ended disappointingly after seven hours of play. My opponents were no one you would recognize, but they were very tough nonetheless, almost all of them. I made tons of small mistakes which added up. I got lots of good hands, but didn't get paid off, lost at the showdown, or got them in such tricky spots that I was unable to win with them. I never made a flush or a straight. I played very tight. I never had an easy spot to play, one of those Aces vs Kings matchups, or flush vs flush, no hand that played itself. I had to fight for every chip, and lost most of those battles. I was below the starting stack for the entire day, save for maybe ten minutes. And when I finally got in the perfect spot, the one that could put me back on the right track, I busted out, victim of a 3-outer on the river.
The numerous media people and friends who were rooting for me in Tallinn asked me after wards if I enjoyed the experience, despite the poor result. I told them it was akin to get a spanking from your mistress in a no tel motel on a rainy Thursday night. Your ass hurts, but you still get a kick out of it. I enjoyed the mental stimulation that came with all the difficult decisions I had to make, and stayed positive the entire time, despite never being really in a good position. For the first time, I wasn't even upset after busting out. Maybe there was a sense of relief at being out, I don't know.
What made things great was the tons of support I received before, during and after the tournament. Thanks to all of you who dropped a word on Twitter, Facebook, sent an email, an SMS, patted me on the back... Save for this scandinavian reporter who showed up at my table and gave me a laugh, saying “You, playing a tournament ? So funny !”, within earshot of the entire table. Thanks for the table image, buddy.
I take my seat at table 11, which is slowly filling up with players. Stereotypes helps to make your first assessment of the competition. The guys I'm facing to start my first EPT are all unknown (good thing), and all young (bad thing). The partial seat draw info posted outside the tournament area tells me I'm playing with one Swede, one Estonian (only a handful entered the event), one Polish, and one Belgian. There's also a Frenchman, Gregory, sporting Winamax colors, as I do, too. An amateur player who qualified on the site. Since I'm not good enough at poker to qualify online for a big poker tournament, my only way of playing was to sell a big share of my action to various friends. Thanks all for giving me your trust and your money. It meant a lot to me.
Thomas Kremser says « Shuffle up and deal » on the microphone, it's my 38th EPT, but the first as a player. I'm nervous and excited. I have no idea what's gonna happen. I hope to run good, and that I won't make stupid mistakes. My heart is racing as I play my first hand, calling a UTG+1 raise on the button with pocket Sevens. Flop is 862 off and I call a 500 c-bet. Turn is a 10, I call another bet, 1,100. River is a meaningless 2, and my opponent completes his 3-barreling by betting 2,200. At this point I don't think I beat anything anymore. Given my fast flop and turn calls, the guy must think I'm gonna call the river also. So he can only betting with a better hand than mine, right ? I fold.
Then I raise in mid-pos with Q9 of clubs, get called in three places, and the flop is 853 of hearts. No reason to c-bet here in a multiway pot, I check/fold. UTG, I raise 275 with 76 of spades, and the Winamax frenchie reraises to 900 on the button. I call and check/fold again on a Q83 offsuit flop, no spades. Looks like I'm setting up a weak image. Not what I had in mind. One orbit later, UTG raises 300. I'm UTG+1 with pocket Tens and I flat call. The nit in me is not about to overplay a middle pair right at the beginning of my first €4,250 tournament. The big blind calls as well, and the flop is 955 offsuit. This is good, right ? The BB checks. Preflop raiser bets 600. I call only to see the BB check/raising to 2,200. PFR folds, and I can't see any other option than folding as well. His line doesn't make much sense, it looks like a bluff with air to make PFR fold his As-K and me fold the mid-pair I represent, but finding out is gonna cost me a lot. I fold. Later, I call a raise on the cutoff with 98 of hearts and see a 3-way J86 flop with two diamonds. Again, I opt for the weakest line by folding to a c-bet, despite having flopped a little something. I should have called, lots of scare cards would have slowed down the action on the turn. I'm starting to think this report is gonna get me some abuse by the people who put me in. But I'm trying to write an honest recap, so... So be it.
Blinds : 75/150. My stack : 25,450
Not the best start ! I haven't won a single hand yet. I'm about to when I defend my big blind with AT of spades against a hi-jack raise. The flop is JTT with two clubs. Nice. I check, and my opponent checks as well. I bet 350 on the 7 turn – it's way not enough, I know, the pot was about 1,000 large at that point. Anyway, he calls. River is another 7, I have a full-house and bet 750. Should have been 1,500 if my bet-sizing had been correct on the turn. He calls, and mucks upon seeing my hand.
Then I fold KQ off from the SB after a raise from early and a reraise from the cutoff. I limp K7 of diamonds on the cut-off and fold after a small blind raise. Then I fold a lot and we go on break.
Blinds : 100/200. My stack : 26,575
I come back from the break a little late and miss a couple of hands. I find pocket Fours UTG and raise to 525. I'm called by the solid Swedish player seated directly on my left. Flop is AQ7 with two spades. I decline the c-bet, and he checks as well. I try a 650 steal on the 9 of spades turn, but he calls. We check the 6 river, and he shows me KQ of clubs for the win.
Seat one, a decent player, raises to 500 from early position. I call on the hijack with A4 of diamonds. The big blind calls. Flop is A62 off with one diamond. Seat 1 c-bets 900, I call and we're heads-up. Turn is another 6 that brings a second spade. He checks, I check as well. River is a King. He checks and I bet 1,500. He snap calls and shows AQ offsuit : I lucked out a split pot, and saved chips since I would have bet lots of rivers here.
The Winamax player (Gregory) raises to 525 from early position. I call in mid-pos with pocket Tens again. See, I get dealt lots of pocket pairs but never manage to win a pot. It will be the case again here. Seat 1 calls from the big blind, and the flop is K86 offsuit. Gregory c-bets 900 and I call. We're heads-up. Turn is an Ace, a second spade. He checks, I check. River is an 8 of spades. He bets 1,500. Why would I be ahead here ? I fold. Dammit.
I get dealt Queens. Surely there's a way I'm gonna finally win with a pair, right ? The worst player at the table raises to 600 from early position... Wait a minute, let me clarify about the choice of words. The whole table was amazingly solid. It was a whole new universe for me, my previous “big” comps had buy-in ranging from €500 to €1,500. In Tallinn my opponents weren't all world class, but they all knew what they were doing to some extent. This guy here was just the least good of all, he was calling 3-bets ouf of position too often. Anyway, he raises to 600 from EP, and I 3-bet to 1,900. Alas, he folds this time. As you can see, I know how to make money with my monsters. Fuck this.
The cut-off raises to 500. I call on the button with A2 of clubs. The BB calls. Flop is A53 with one club. Not bad. I call a 1,000 c-bet and we're heads-up. Turn is a K of spades. Check/check. River is a 2. He checks, I bet 2,100 with my two pairs, he folds.
One guy tries a raise to 525, he hasn't noticed the blinds have went up. Therefore, he's instructed by the dealer to make a min raise. I call on the cut-off with QJ of clubs. Flop is Q53 with one club. He checks, I bet 375 (again, not enough), he calls. Turn is a 7, we check. River is an 8, he checks, I bet 1,000, he snap-folds.
The next hand is one of the most important I played during my short-lived tournament, I think... Experts, let me know what you would have done. UTG, the Swedish player raises UTG. UTG+1 calls. Seat 1 reraises to 2,400. Since the tournament started, he's proven himself to be quite an active player, but not too active either. Let's say he's mixing it up well, playing like good tournament players should in my opinion. I'm on the big blind with pocket Jacks. Another hideous spot, isn't it ? I have about 27K, the Swede got me covered by a few thousand, and Seat 1 got 22K to start the hand. All things considered, we all have the same stack, or so I assume. What do you do ? I opt to flat call, and so does the Swede. UTG+1 fold, and we're three-handed on the 984 flop with two spades. There's 7,500 or so in the middle. I check, and my two opponents do as well. Interesting. Turn is a 7 of hearts. I check again. The Swede bets 4,500. Seat 1 calls quickly. I dwell for thirty seconds and fold sheepishly. River is a 6 of spades, completing a flush draw. Both players check. Swede turns over three of a kind with pocket Nines, and Seat 1 mucks. OK, so I was a loser as soon as the flop came, and made the right fold on the turn. But could I have won the hand by 4-betting preflop ? Was it a good option ? I'll never know what Seat 1 had here... But he can't possibly have AA, KK or QQ, right, since he checked on the flop ? Maybe Jacks, like me ? Shit, I hated this hand. Another pair loses, and my stack is desperately staying below average.
I raise to 750 on the cut-off with A9 of diamonds, the Swede calls on the button, flop is AQ8 off with one diamond, I c-bet 1,025 and he folds. Then Ace-King from early position (again, I get lots of good starting hands), which I raise to 775. Button calls, he's the best player at the table in my opinion, very aggressive. Flop is QT8 with two hearts, and I have none. Shitty spot again. I check, he bets, and I fold like the fish I am. NEXT hand, I get Aces, and raise to 775, still from early position. The same player calls me from the cut-off. Flop is K87 offsuit, and instead of check/raising, I c-bet and win the pot. Combined, those hands are bad, I played them face up. I should have CR the second one to get a bit more respect on future hands.
Blinds : 150/300, ante 25. My stack : 25,650
I can't seem to get above my starting stack, which is now worth less than 100BBs, plus there are the antes to worry about now. Back from the second break, I see an incredible hand where a guy (the one whom against I laid down TT against when he CR'd a 955 flop) ships his 40K stack on a King high flop with just an 8-high flush draw. The good player in Seat 10 sighs and call with a set of Deuces, and the river completes the other guy's draw. Amazing.
Next I raise UTG to 725 with AQ of clubs. Seat 1, now short-stack (kinda, 10K) calls from the hi-jack. The BB calls as well. Flop J33 offsuit, no clubs. I c-bet 1,400, and get called by Seat 1 only. Turn is another 3. We check. River is a Q, I lucked out the full-house and most likely have the winner... I check, still. He bets 2,600, and nitty that I am, I don't raise. I flat call and he shows Ace-Jack. Another hand atrociously played. I'm lucky he had a good hand. I should have bet on the river, obviously, since he would have called with lots of pocket pairs, pocket pairs that he would have checked back. Jeez. No happy with all those small mistakes I'm making, but I got a stack above 30,000 for the first time in the tournament.
Someone raises to 775 from mid-pos. I'm next to him on the hi-jack with AK off. I don't raise. But not out of nittyness for once (I swear...). Simply, Seat 10 and 1 are in the blinds. They are now short, and good enough to attempt a squeeze with less than premium hands. I'm targeting them. But instead, Swede on CO calls, button calls, and Seat 1 calls on BB. Flop is 8 high with two spades, I have none. Fuck. Seat 1 overbets by going all-in for 5,000. PFR snaps like he's heads-up, he only has pocket Nines (lol at his snap-call), the rest of the players fold including me, Seat 1 turns over 85 of hearts for one pair. Turn is an Ace, shit I could have won this showdown for once, and Seat 1 is out.
I raise AT of clubs from MP, 725 total. I'm called by Seat 10, who has like 9K in front of him. Flop is KJ3, all spades. I c-bet 1,025. He raises to 3,000. I fold. He shows one King. I feel ashamed. He's having fun showing me how good his read on me is. I feel powerless. What am I doing in this tournament ?
Blinds : 200/400, ante 50. My stack : 28,725
Right when a new level begins, my table breaks and I get moved to a new table. Joining me is Seat 10 and Seat 8 from the previous table. Seat 10 stays in Seat 10, while Seat 8 is now in Seat 3. Two on my right is Manuel Bevand, the only Winamax Team Pro player who showed up to play the first EPT of the season. He sporting a 50,000 stack. On my immediate left and right are seated players with at least 90,000 each. This table is way more aggressive than the last one, with more 3-betting. Only redeeming quality : two on my left is a clueless Finnish guy who I'm gonna witness 3-betting, then calling a 4-bet with QJ off, out of position, with a 30,000 stack.
To make things worse, I'm card dead now. So much that I don't play for thirty minutes straight. Nothing to do with K2, Q5 and 84 twenty times in a row. Then I find 98 of spades UTG, first remotely decent hand since I sat down at this new table. I raise to 1,000. Obviously, the clueless Finn min-reraises me, and I'm forced to call when action comes back to me, then to check/fold on a 433 offsuit flop. Fuckety fucking fuck.
Then I wait another half-hour (not kidding) and raise to 1,000 with 54 of clubs. I'm in mid-pos. I get a call from the Finnish fish and the button. Flop is T96 and I check/fold for the 183th time today. A few minutes later I'm UTG+1 with KJ of diamonds, and manage to steal the blinds. Yay. Level 6 is over.
I head to the dinner break and have a sit-down with ElkY and Arnaud Mattern. They give me some pointers, well Arnaud is at least, ElkY just spends one hour making fun of my plays, and I can't blame him.
Blinds : 300/600, ante 50. My stack : 23,525
I have 40 big blinds. Still plenty of room to butcher hands, check this : first hand, a tight player with a short-stack (like 16K) raises from late position. I call on the big blind with pocket Nines. Flop is J53 with two spades. You already know what I'm gonna do... I check/fold. Another one, right after : I get KQ off on the small blind, everybody folds to me... I limp in. The big stacked BB raises, and again, I fold. I simply had no idea what else to do. Someone raises from early position, and I don't wanna call in position with QJ of spades. I would have flopped nothing anyway...
In short, I spend another hour folding and getting slowly blinded off. Then I get pocket Queens... Big stack on my right raises to 1,700 from early position. I 3-bet small, 4,000 total. Action is back to him, and he tanks. Clueless dealer thinks he called, and start dealing the flop, enough for everyone to see a King of clubs. What ??!! A floor is called over. He makes the proper ruling (this is the EPT, I was not too worried) : if we have to see a flop, the deck will be shuffled again, King included. Anyway, the guy folds, and very next hand, I get dealt Queens again. This time Manuel Bevand raises to 1,500. I 3-bet to 4,500, and he folds as well. To sum it up : I'm card dead, and when I finally get a hand, I get no action since everybody has figured out how tight I am.
Blinds : 400/800, ante 75. My stack : 22,625
I steal the blinds on the button with 86 of clubs. Seat 10 busts, and is replaced by a guy with 140,000, and I steal the blinds again, from the hi-jack with KQ offsuit. I try to steal once more with A2 offsuit, but fold to a shove from a short stack, but not short enough to warrant a call.
Then, a few orbits later, a few minutes before the last level of the day is set to begin, I play my last hand of the Tallinn EPT. The hand right before it, Manuel Bevand doubled up to 70,000 when he cracked Aces with KJ offsuit... (He 3-bet from the BB, the HJ raiser trapped by just calling, and all the money went it on a KJ3 flop). I'm UTG with pocket Kings. I raise to 1,900. Everybody folds to Manuel who 3-bets 6,300 from the small blind. I think about it for fifteen seconds and push my 20,500 stack in the middle.
He instantly calls, then asks how many chips I got. For those who don't know, this sequence (“I call, how much ?”) is jokingly known as a “ElkY” in French poker lingo. Manuel turns over Ace-King offsuit.
There is 42,000 in the middle. Biggest pot I played today, obviously, that could set me up nicely to finish Day 1 above a starting stack, not the best result ever, but given all that happened today, I would be content with it.
The flop comes nothing, brick, blank. The turn is a rag. The river is an Ace of spades. I literally jump out of my chair in a reflex of disgust. I shake Manuel's hand, and part ways with my first European Poker Tour event.
So yeah, the whole thing was enjoyable, but quite painful. I was definitely outmatched in this field, I'll admit it. But the lack of good spots and easy hands made my task a lot harder. To go deep in such a tournament, you definitely need lots of hands like that. You need to flop sets once in a while, you need your draws to get there, and you need not to get outdrawn...
Do I want more of this ? Yes... But the next live tournament I'll play will have a lesser buy-in and an easier field, and I'll put my own money. Playing with other people's money prove quite stressful, especially since the competition the toughest I faced. All in all, I don't regret my decision to play. It was interesting. I learned a lot and can't wait to try again... Till I finally make a big score.
Jeudi à midi, je prendrai place dans la salle de conférence du Swisshotel de Tallinn pour disputer mon premier tournoi European Poker Tour. Cinglé, ridicule, inconsidéré, hors de propos... J'anticipe une volée de bois vert quant à cette décision. Mais après tout... pourquoi pas ?
Tout cela s'est joué sur un coup de tête, je l'avoue. Je ne suis pas en train de préparer une reconversion en tant que joueur pro, Dieu merci. J'ai déjà abordé la question dans le passé... Le poker est et restera pour moi une distraction où j'ai bien du mal à gagner de l'argent. Pourquoi, alors, se décider du jour au lendemain une épreuve coutant plus de quatre mille euros l'entrée ? Pourquoi ne pas se contenter d'un de ces tournois deep-stack comme celui que je dispute chaque année à Dublin, pour le dixième de ce prix, et un dixième du niveau ? En fait, c'est très con. Je vous explique. C'est de la faute d'Harper. (Hé, pas mal, comme idée, ça, de blâmer le voisin, je vais m'en tirer à l'aise avec une excuse pareille).
Mon collègue de Winamax est un joueur doué et passionné (probablement infiniment plus que moi) qui a rongé son frein durant tous les WSOP, n'ayant pas pu tenter une seule fois sa chance de décrocher un bracelet. Il s'était bien inscrit à l'un des tournois short-handed à 1,500$, mais une table finale prolongée jusque l'aube l'avait forcé à annuler son inscription le lendemain, et aucune autre occasion ne s'était présentée.
On était sur la route, c'était à Moab, je crois, en train de discuter de notre retour imminent en Europe. « Coverage ou pas, je vais à Tallinn », lui ai-je dit. « Il n'y aura probablement pas de joueurs du Team Winamax, mais je n'aime pas rater les nouvelles étapes EPT, à fortiori celles se déroulant dans un endroit attrayante. »
« Pas de reportage ? Tu va être en vacances, alors ? »
« Plus ou moins. »
« Ben joue le ! »
« Vraiment ? »
J'ai consulté le site de l'EPT. 4,250 euros l'entrée pour cette étape inaugurale de la saison 7. Si j'arrive à convaincre quelques joueurs d'investir une majeure partie de cette somme moyennant l'abandon du pourcentage correspondant de mes gains éventuels, l'affaire ne devrait pas (trop) me ruiner.
L'idée avait germé. Durant les jours qui ont suivi, j'ai consulté un ami joueur dont l'avis est toujours respecté et censé. Son conseil ? Foncer... Si l'aspect financier de la chose ne me met pas en danger. « Je suis toujours partisan de tenter de nouvelles expériences », m'a t-il dit. Soit, en 37 visites à l'EPT, je n'avais jamais pris les cartes une seule fois. « Et avec toutes ces années de reportages, ces dizaines de tables finales commentées, tu sais suffisamment de choses à propos du poker pour ne pas être complètement perdu. »
Je me suis ensuite tourné vers Stéphane Matheu, Team Manager de Winamax, qui m'a confirmé que la présence de l'équipe serait minimale à Tallin. « Un joueur, grand max. » Cela confirmait que le champ était libre pour moi. Je veux dire, quitte à jouer un EPT, cela ne sera jamais celui de Deauville, Prague ou San Remo, durant lesquels il y a trois tonnes de travail. C'était mon occasion, probablement la seule de la saison.
Et puis après, une fois que je me suis décidé, j'ai fait la tournée des popotes, un peu embarrassée tout de même. Mais le soutien fut au rendez-vous, avec un coup de main de Guignol en guise de rabatteur. J'ai fait ce que tout joueur pas fortuné et/ou pas sur de lui fait quand un tournoi le démange : j'ai vendu des parts... A taux classique : 1% investi égal 1% de mes gains éventuels. Certains m'ont confié que j'avais sans doute abandonné une part trop importante de mon entrée, mais ainsi soit-il. Je ne deviendrai pas millionnaire cette semaine. Le but sera avant tout de vivre une belle expérience, si possible, et de kiffer. Prendre un risque. Essayer, au moins une fois. Et tant pis pour les conséquences.
J'ai l'impression d'être au bord d'un précipice. Je suis excité, et nerveux. Après un mois déconnecté du poker, c'est comme si j'avais déjà tout oublié. J'ai passé une partie de la journée entre les tables du Day 1A, histoire de me remettre dans le bain. J'ai constaté que le field était rempli d'excellents joueurs dont la présence à ma table demain me terroriserait, mais aussi d'un océan d'inconnus, des joueurs de l'Est, des randoms d'âge moyen dont les français en course aujourd'hui m'ont assuré qu'ils n'étaient absolument pas méchants.
Tandis qu'Arnaud Mattern se construisait un imposant tapis de 103,000 (plus de trois fois le stack de départ), j'ai dîné avec les quelques joueurs français arrivés en ville pour le Day 1B – Manuel Bevand, seul joueur du Team en lice, Antoine Amourette, Paul-Pirès Trigo, Ludovic Riehl, et Damien Rony, qui avait malheureusement sauté lors de la première fournée – et ouvert grand mes oreilles. Tous m'ont rassuré : il ne faut pas se monter la tête en début de tournoi. « Keep it simple » semble être le mot d'ordre. Relax.
OK, j'ai un été à l'encontre de mes propres conseils sur le choix de la journée de départ. Je suis un fervent partisan du Day 1A, pour la bonne raison que la plupart des pros expérimentés et habitués à voyager toute l'année préfèrent la journée suivante, qui leur permet d'économiser une journée de voyage. Au final, je jouerai le Day 1B, en grande partie parce que j'avais besoin d'être reposé au maximum, tout juste rentré en Europe que je suis. Je pense que j'ai combattu le décalage horaire avec succès, avant même qu'il ne se pointe.
Mon tournoi va commencer jeudi à midi, heure locale, soit onze heures en France. Je posterai la hauteur de mon tapis sur Twitter une fois par heure (on va jouer neuf niveaux d'une heure, enfin j'espère que je vais tous les jouer), et j'écrirai un compte-rendu en fin de journée, comme lors de mes précédents tournoi. Pour l'heure, je vais me coucher. Souhaitez-moi bonne chance.
Jeudi à midi, je prendrai place dans la salle de conférence du Swisshotel de Tallinn pour disputer mon premier tournoi European Poker Tour. Cinglé, ridicule, inconsidéré, hors de propos... J'anticipe une volée de bois vert quant à cette décision. Mais après tout... pourquoi pas ?
Tout cela s'est joué sur un coup de tête, je l'avoue. Je ne suis pas en train de préparer une reconversion en tant que joueur pro, Dieu merci. J'ai déjà abordé la question dans le passé... Le poker est et restera pour moi une distraction où j'ai bien du mal à gagner de l'argent. Pourquoi, alors, se décider du jour au lendemain une épreuve coutant plus de quatre mille euros l'entrée ? Pourquoi ne pas se contenter d'un de ces tournois deep-stack comme celui que je dispute chaque année à Dublin, pour le dixième de ce prix, et un dixième du niveau ? En fait, c'est très con. Je vous explique. C'est de la faute d'Harper. (Hé, pas mal, comme idée, ça, de blâmer le voisin, je vais m'en tirer à l'aise avec une excuse pareille).
Mon collègue de Winamax est un joueur doué et passionné (probablement infiniment plus que moi) qui a rongé son frein durant tous les WSOP, n'ayant pas pu tenter une seule fois sa chance de décrocher un bracelet. Il s'était bien inscrit à l'un des tournois short-handed à 1,500$, mais une table finale prolongée jusque l'aube l'avait forcé à annuler son inscription le lendemain, et aucune autre occasion ne s'était présentée.
On était sur la route, c'était à Moab, je crois, en train de discuter de notre retour imminent en Europe. « Coverage ou pas, je vais à Tallinn », lui ai-je dit. « Il n'y aura probablement pas de joueurs du Team Winamax, mais je n'aime pas rater les nouvelles étapes EPT, à fortiori celles se déroulant dans un endroit attrayante. »
« Pas de reportage ? Tu va être en vacances, alors ? »
« Plus ou moins. »
« Ben joue le ! »
« Vraiment ? »
J'ai consulté le site de l'EPT. 4,250 euros l'entrée pour cette étape inaugurale de la saison 7. Si j'arrive à convaincre quelques joueurs d'investir une majeure partie de cette somme moyennant l'abandon du pourcentage correspondant de mes gains éventuels, l'affaire ne devrait pas (trop) me ruiner.
L'idée avait germé. Durant les jours qui ont suivi, j'ai consulté un ami joueur dont l'avis est toujours respecté et censé. Son conseil ? Foncer... Si l'aspect financier de la chose ne me met pas en danger. « Je suis toujours partisan de tenter de nouvelles expériences », m'a t-il dit. Soit, en 37 visites à l'EPT, je n'avais jamais pris les cartes une seule fois. « Et avec toutes ces années de reportages, ces dizaines de tables finales commentées, tu sais suffisamment de choses à propos du poker pour ne pas être complètement perdu. »
Je me suis ensuite tourné vers Stéphane Matheu, Team Manager de Winamax, qui m'a confirmé que la présence de l'équipe serait minimale à Tallin. « Un joueur, grand max. » Cela confirmait que le champ était libre pour moi. Je veux dire, quitte à jouer un EPT, cela ne sera jamais celui de Deauville, Prague ou San Remo, durant lesquels il y a trois tonnes de travail. C'était mon occasion, probablement la seule de la saison.
Et puis après, une fois que je me suis décidé, j'ai fait la tournée des popotes, un peu embarrassée tout de même. Mais le soutien fut au rendez-vous, avec un coup de main de Guignol en guise de rabatteur. J'ai fait ce que tout joueur pas fortuné et/ou pas sur de lui fait quand un tournoi le démange : j'ai vendu des parts... A taux classique : 1% investi égal 1% de mes gains éventuels. Certains m'ont confié que j'avais sans doute abandonné une part trop importante de mon entrée, mais ainsi soit-il. Je ne deviendrai pas millionnaire cette semaine. Le but sera avant tout de vivre une belle expérience, si possible, et de kiffer. Prendre un risque. Essayer, au moins une fois. Et tant pis pour les conséquences.
J'ai l'impression d'être au bord d'un précipice. Je suis excité, et nerveux. Après un mois déconnecté du poker, c'est comme si j'avais déjà tout oublié. J'ai passé une partie de la journée entre les tables du Day 1A, histoire de me remettre dans le bain. J'ai constaté que le field était rempli d'excellents joueurs dont la présence à ma table demain me terroriserait, mais aussi d'un océan d'inconnus, des joueurs de l'Est, des randoms d'âge moyen dont les français en course aujourd'hui m'ont assuré qu'ils n'étaient absolument pas méchants.
Tandis qu'Arnaud Mattern se construisait un imposant tapis de 103,000 (plus de trois fois le stack de départ), j'ai dîné avec les quelques joueurs français arrivés en ville pour le Day 1B – Manuel Bevand, seul joueur du Team en lice, Antoine Amourette, Paul-Pirès Trigo, Ludovic Riehl, et Damien Rony, qui avait malheureusement sauté lors de la première fournée – et ouvert grand mes oreilles. Tous m'ont rassuré : il ne faut pas se monter la tête en début de tournoi. « Keep it simple » semble être le mot d'ordre. Relax.
OK, j'ai un été à l'encontre de mes propres conseils sur le choix de la journée de départ. Je suis un fervent partisan du Day 1A, pour la bonne raison que la plupart des pros expérimentés et habitués à voyager toute l'année préfèrent la journée suivante, qui leur permet d'économiser une journée de voyage. Au final, je jouerai le Day 1B, en grande partie parce que j'avais besoin d'être reposé au maximum, tout juste rentré en Europe que je suis. Je pense que j'ai combattu le décalage horaire avec succès, avant même qu'il ne se pointe.
Mon tournoi va commencer jeudi à midi, heure locale, soit onze heures en France. Je posterai la hauteur de mon tapis sur Twitter une fois par heure (on va jouer neuf niveaux d'une heure, enfin j'espère que je vais tous les jouer), et j'écrirai un compte-rendu en fin de journée, comme lors de mes précédents tournoi. Pour l'heure, je vais me coucher. Souhaitez-moi bonne chance.
J'ai déposé Pauly à l'aéroport d'Oakland peu après quatre heures du matin. Un peu plus tôt, Phish avait terminé de manière magistrale trois soirées consécutives au théâtre grec de l'université de Berkeley. La fête d'après-concert avait été logiquement assez calme... Tout le monde étant sur les rotules après 72 heures de bamboche quasi non-stop, et une longue journée de voyage devant eux. Certains rentraient à la maison, tandis que les fans invétérés allaient suivre le groupe vers leur prochaine destination. C'était le cas de Pauly, bien entendu. Je lui ai dit au revoir, après trois mois passés ensemble presque quotidiennement. J'ai allumé une clope et repris la route en sens inverse. J'ai suivi une voiture de flics à rythme ralenti. La bagnole était louée au nom de Pauly, et non le mien : une arrestation de routine aurait pu mal se terminer.
De retour dans la chambre d'hôtel proprement dévastée, j'ai retrouvé Carrie et le Joker, les derniers survivants de notre équipe. Daniel est arrivé un peu plus tard, rentrant d'une grosse after-party organisée dans un hangar. Je me suis allongé et, les yeux mi-ouverts, je les ai écouté raconter des conneries. Des nouvelles nous parvenaient en provenance de l'une des nombreuses expéditions de cinglés ayant sauté dans leur voiture dès la fin du concert pour rejoindre le prochain show programmé à Telluride, dans les montagnes du Colorado. Rien de plus que 1,700 bornes à parcourir en moins de quarante heures à travers quatre états. C'est vous dire la dévotion des fans de Phish, prêts à tout pour voir leur groupe préféré une dixième, trentième, centième fois, peu importe l'effort et le prix. Beaucoup n'ont pas les moyens de s'offrir le couteux et plus rapide transfert par avion. Wildo et sa troupe n'avaient pas encore quitté la Californie après cinq heures de route, et l'on s'est demandé si ils allaient jamais y arriver.
Le Joker a pris une douche, pour repasser immédiatement les mêmes fringues qu'il avait porté la veille... Un survêtement et une veste Adidas bleu criard à bandes rouges, assorti d'un t-shirt marqué « Bling ». C'était apparemment ce que le Joker avait de mieux à se mettre, car il a justifié le choix de garde-robe en annonçant : « Il faut que je sois présentable pour mon arrivée à Telluride, mec... J'ai loué un énorme appart' avec piscine et jacuzzi. Tous mes potes m'attendent. » N'empêche, je me demande si le Joker ne s'est pas transformé en « Wookie » durant tous les concerts qu'il a vus cet été. Inquiétant, vu que le Joker est un membre fondateur de la « Wook Patrol », brigade corrigeant (avec bon esprit) les torts de ces hippies crasseux et fauchés qui pullulent au sein de la communauté.
Daniel nous a quittés aux alentours de six heures du matin, rejoignant l'aéroport de San Francisco pour embarquer son avion vers le Canada. Le Joker commençait à être impatient. J'étais censé retourner à l'aéroport d'Oakland en sa compagnie, il attrapait le vol suivant en direction du Colorado. Il ne décollait qu'à neuf heures et demie, mais il avait probablement remarqué que j'avais sévèrement besoin de repos. Il me proposa de le conduire directement sans plus attendre. Je me suis levé. Carrie nous a pris en photo avec son sabre laser en plastique, un ustensile Jedi de qualité qu'il a trimballé tout au long de l'été en « carry-on luggage », provoquant des regards intrigués des agents de sécurité de divers aéroports américains. « Il y avait cet officier », dit-il, « il l'a ausculté pendant cinq bonnes minutes, il n'en revenait pas que çà pouvait exister. Il m'a demandé combien ça coutait et où il pouvait s'en procurer un. »
On a dit au revoir à Carrie, qui parfait rejoindre son motel avant d'aller faire un coucou à sa famille dans la baie de San Francisco. On est arrivé à l'aéroport vers sept heures. J'ai donné l'accolade au Joker, et l'ai regardé franchir les portes du terminal. Son sac à dos géant de randonneur dépassait de vingt centimètres au dessus de sa tête, le sabre laser émergeant d'une des poches telle une bizarre antenne Alien. Derrière lui traînait la glacière désormais vidée de tout breuvage alcoolisé.
Le jour était levé et j'étais désormais livré à moi-même. C'est bizarre, et vaguement déprimant d'être le dernier restant à la fête, d'autant que c'était moi qui faisais face au voyage le plus long. Sur le chemin du retour, j'ai repensé au voyage dans son entier : les WSOP durant sept semaines, le road-trip qui a suivi dans les montagnes, les longues journées paresseuses à Los Angeles, et l'explosive conclusion à Berkeley. J'ai essayé de reconstituer l'histoire dans l'ordre, d'y mettre un peu de sens, mais c'était peine perdue : mes circuits étaient aussi grillés que le reste du corps.
Je suis revenu dans la chambre désormais vide, et me suis immédiatement effondré sur le lit. J'ai dormi deux heures qui en ont paru deux cents. Mon corps me suppliait de lui donner un peu de repos, et je me suis réveillé vers dix heures un peu plus frais. Avant d'entrer dans la salle de bains, je me suis pris en photo : sacoches sous les yeux, barbe dégueulasse, peau marquée par l'alcool, le tabac, la nourriture grasse et le manque de sommeil. Je me suis lavé, mis une extra dose de parfum, et éradiqué la barbe. Je me suis coiffé, et pris une autre photo pour un effet « avant/après ». C'était déjà un peu mieux. Les vacances étaient terminées : il était temps de repasser en mode « boulot », et penser à ce qui m'attendait en Europe : trouver un appartement à Paris, et débarquer au milieu du nouveau marché du poker en France, autrement plus compétitif depuis l'ouverture... Entre autres choses.
Je me suis penché sur le problème des bagages. Puisque stocker la moitié de mes sacs à Londres durant ma semaine à Tallinn m'économisait de l'effort et de l'argent, il me fallait être sur que je disposais de tout le nécessaire dans le sac que je gardais. J'ai échangé le linge sale et le linge propre. J'avais assez de t-shirts, mais j'étais un peu court concernant les sous-vêtements. Un rapide calcul m'informa que j'allais devoir jouer le Wookie durant la deuxième partie de la semaine, où me ruiner en lessive à l'hôtel. Peut-être que j'allais me contenter de porter le même caleçon toute la semaine, comme ces joueurs superstitieux qui vont jusqu'à la table finale et gagnent un demi-million d'euros tout en sentant comme un clodo. Aussi, je n'avais que deux jeans. J'ai enfilé celui qui dégageait l'odeur la moins pestilentielle. Pareil pour le sweat à capuche. Le vert à rayures était hors de question, ayant été porté à travers 1,500 miles en Arizona et Utah, et au cours des trois concerts de Phish.
J'ai tenté de rassembler les diverses ordures que notre équipe avait accumulées durant les quatre jours précédents : mégots, bouteilles, serviettes en papier, restes de fast-food... J'ai bourré les poubelles, et entassé le trop plein sur le bureau. J'ai procédé à une dernière vérification, histoire de ne rien oublier. J'ai fouillé mes poches pour en sortir dix billets de un dollar, la moitié de ce qui me restait en guise d'argent liquide. Je me sentais un peu coupable envers la femme de ménage. Nous n'avions pas exactement détruit la chambre, mais 10$ de pourboire était un peu radin vu le bordel que nous avions laissé, ça et l'odeur de tabac mélangée aux odeurs corporelles des dizaines de hippies ayant tour à tour occupé les lieux.
Bien entendu, la femme de ménage en question, une haïtienne, était sur le palier de la chambre quand je suis sorti. Elle venait de terminer celle d'à côté, et s'apprêtait à entrer dans la notre. Elle avait envie de discuter. Elle était probablement soulagée de pouvoir parler dans sa langue natale. Elle m'a posé des tas de questions, et m'a confié à quel point elle détestait son job. Je me suis senti encore plus mal qu'elle me dise ça juste avant de rentrer dans notre chambre. Je me suis excusé par avance, et, adorable, elle insista pour m'aider à porter mes sacs jusqu'à la voiture, malgré qu'ils pesaient tous les deux 25 kilos. Je lui ai dit « Bon courage », chargé le coffre, et suis parti.
Je me rendais vers l'aéroport d'Oakland pour la troisième et dernière fois de la journée. Sur l'autoroute, j'ai souri en apercevant le Golden Gate Bridge sur ma droite, partiellement visible derrière les nuages. Mes trois mois en Amérique s'étaient terminés par mon huitième, neuvième et dixième concert de Phish en un an (après Indio pour Halloween et Miami au réveillon). Je suppose que l'on peut me considérer comme un fan, étant donné l'argent et l'effort qui ont été nécessaires pour organiser ces trois voyages. Mais je sens encore comme un étranger au sein de cette communauté. Il doit y avoir une barrière culturelle ou linguistique, où je ne sais quoi qui m'empêche de vraiment m'y sentir vraiment chez moi. Peut-être que cela à voir avec la quantité massive de drogues ingérées/fumées/bues/sniffées durant les concerts... Il serait hypocrite d'en nier le rôle, même si je sais que je peux apprécier la musique en état de sobriété, l'écoutant régulièrement au boulot. Mais il y a définitivement un côté obscur à toute cette bonne humeur hippie. Du reste, Phish ne pourra jamais être mon groupe préféré... La meilleure musique m'attaque directement aux tripes. Avec ses longues plages d'improvisation et d'expérimentation (parfois complètement inécoutables, soyons clairs) Phish travaille le cerveau, ce qui est une chose tout à fait différente. Mais je suis fasciné par des dizaines de choses à propos de ce groupe : leur longévité, leur volonté d'aller toujours plus loin dans l'extravagance musicale, le fait qu'ils soient globalement inconnus mais remplissent tout de même 70 énormes salles par an, les légions de fans qui les suivent, le langage et les codes propres à la communauté, la dévotion de ses membres, l'humour, la créativité, l'esprit d'entreprise et débrouillard qui y règne, l'attitude libertaire, la relation presque amoureuse établie depuis 25 ans entre les musiciens et leurs fans... C'est véritablement un univers complètement nouveau que j'ai pu découvrir, moi qui ai pourtant vu plus de cent cinquante groupes en concert et festivals depuis le lycée.
Après une ultime visite à In-N-Out Burger, je suis arrivé à l'agence de location, et n'ai pas eu de problèmes pour rendre la voiture. J'ai pris la navette vers l'aéroport en compagne de quelques fans au look Wookie. Je me suis pointé au mauvais terminal, et payé trois dollars pour louer un chariot et faire le chemin jusqu'à l'autre bâtiment. Par chance, Southwest Airlines ne charge pas de frais supplémentaires pour mettre deux valises en soute. J'ai fumé une clope et passé la sécurité. J'ai trouvé une prise pour brancher mon ordi, et consulté Facebook, Twitter et Gmail pour la première fois en quatre jours.
Mon premier vol s'est passé dans douleur. J'ai lu Rolling Stone Magazine avec Leonardo Di Caprio en couverture, l'article était nul, puis le fanzine dédié à Phish, qui est drôle, et il était temps d'atterrir. J'ai récupéré mes bagages. J'étais de retour à Las Vegas, mais pas pour longtemps. Il était quatre heures. Mon vol vers Londres décollait à neuf heures, avec un enregistrement commençant à six heures. En bref, j'étais coincé avec mes soixante kilos de bagages, sans réelle possibilité d'aller visiter le Strip une dernière fois, ce qui n'était pas vraiment un problème. J'ai loué un second chariot (quatre dollars, cette fois), trouvé une prise et me suis connecté, cherchant immédiatement des liens où télécharger les concerts de Berkeley. Je me suis contenté de prendre le second, la connexion gratuite de McCarran n'étant pas des plus rapides. J'ai immédiatement écouté « Cities », une reprise des Talking Heads que je connaissais pas, histoire de vérifier que mon cerveau avait bien été retourné à la première écoute... Oui, le charme agissait à nouveau. Cette chanson est magique. Le groupe se met à improviser après cinq ou six minutes, et atteint un équilibre parfait entre ses quatre membres, chacun jouant son rôle à la perfection pour créer une atmosphère qui a envoyé le public au dessus des nuages.
J'ai écouté quelques autres morceaux, et je suis allé au Starbucks. J'ai cherché un ascenseur pour descendre au rez-de chaussée. La porte s'est ouverte. Je suis entré et avant que je ne puisse faire un geste, un touriste paumé a déboulé. « A quel étage on est ? Il faut que je monte ». Et il appuie sur le bouton du troisième étage. Connard. Pas le choix, je dois maintenant sortir, mais le mec me bloque avec ses bagages, et je cafouille avec les miens sur le rebord de l'ascenseur, renversant le reste de mon gobelet de chocolat sur ma jambe. Génial.
Je prends un autre ascenseur, sors dans la chaleur moite, et me rends compte que j'ai fait tout cela pour rien, le rez-de chaussée ne permettant pas d'accéder au Terminal 2, celui des vols internationaux. Je remonte à l'étage du check-in, et marche jusqu'au Terminal. Il commence immédiatement à pleuvoir, et une odeur caractéristique de chien mouillé se dégage du bitume. Je me change dans les toilettes. L'enregistrement avait commencé au comptoir de British Airlines. Je paie soixante dollars pour ma deuxième valise, et réserve un siège au fond de l'avion. Le guichetier m'assure que cette section de l'avion sera majoritairement vide. Et puis j'ai fait le chemin en sens inverse vers le Terminal 1. J'ai glandouillé gentiment, visitant la librairie sans rien acheter, et mangeant un hot-dog pas trop mauvais. Je retourne au Terminal 2. Encore trois heures avant le décollage. Je n'ai pas envie de passer la sécurité tout de suite, le terminal international de McCarran étant le plus chiant de l'univers, son seul point positif - la section fumeur - ayant été fermé il y a trois ans. Je branche à nouveau l'ordinateur et écris un mail à Pauly. Une heure avant le décollage, je passe la sécurité, où l'on me soumet au scanner intégral, les bras joints derrière la tête à l'intérieur de la machine, l'image me rappelle une victime prise en otage par un terroriste, l'impression de soumission est totale, c'est probablement voulu, la prochaine étape devrait être la fouille anale généralisée, on y arrivera avant la fin du monde. J'achète des clopes au duty-free, et il est temps d'embarquer.
On décolle, et effectivement, le fond de l'appareil est plutôt vide, mais le siège du mec devant moi est cassé, s'inclinant plus que d'ordinaire pour s'arrêter à dix centimètres de ma tronche, et le mec derrière s'endort en calant confortablement son genou au niveau de mes reins. J'attends patiemment la première tournée de boissons, demande une bouteille de vin, que je descends avec un Xanax. Quand je me réveille, nous ne sommes plus qu'à une heure de Londres. Le Xanax, c'est mieux qu'une machine à voyager dans le temps. Le petit déjeuner est servi, et me voilà de retour en Europe.
Les bagages arrivent à toute vitesse, je trouve le comptoir où les stocker, et prends un taxi vers l'hôtel que j'ai réservé pour la nuit, un Radisson pas cher qui se révèle être plutôt classieux. Il est cinq heures de l'après-midi, et mieux vaut ne pas s'endormir trop vite si je veux combattre le décalage horaire avant qu'il n'apparaisse.
Je ferme les yeux peu après minuit sans avoir accompli quoi que ce soit de productif, et à quatre heures, il est déjà temps de repartir. Un taxi hors de prix me ramène au Terminal 3 d'Heathrow. Je retrouve Dana devant la porte d'embarquement. Elle va couvrir le premier EPT de la saison pour PokerNews : un mois après la conclusion du Main Event des WSOP, c'est déjà la rentrée des classes. Le break fut court.
On atterrit à Helsinki. J'avance ma montre de deux heures : il est passé treize heures. C'est la première fois que je mets les pieds en Finlande. Juste pour le temps d'une connexion, cependant, que je passe à discuter avec Arnaud Mattern, qui vient d'arriver de Paris. On embarque dans un coucou à hélices de soixante places. J'avais réservé un siège au second rang, histoire d'être le premier sorti de l'avion : perdu, l'embarquement se fait par la porte de derrière uniquement. Le vol dure à peine le temps d'un battement de cils : un saute de puce d'une demi-heure au dessus de la Mer Baltique.
Et nous voilà à Tallinn, Estonie. D'habitude, je suis un minimum préparé quand je débarque en terres inconnues, ayant au moins fait l'effort de me procurer un guide. Cette fois, non. Je ne sais même pas quelle langue on parle ici, encore moins la monnaie échangée, et il me faudra un coup d'œil à une carte de l'Europe pour découvrir où je viens d'atterrir.
Les bagages sont déjà là quand on franchit les portes du terminal, et je surpris de la fluidité avec laquelle s'est déroulée mon voyage : les bad-beats et embuches habituelles ont été évitées avec brio. Je suis en plein cul. Je quitte mon cinquième aéroport en quarante-huit heures, et dix minutes plus tard, le taxi nous dépose au Swisshotel. Ils n'ont jamais entendu parler de moi à la réception, normal je n'ai pas réservé. Je donne le nom de Madeleine, l'employée me fait confiance les yeux fermés malgré qu'elle ne soit pas encore arrivée, j'aime déjà cet hôtel, et la chambre au quinzième étage avec vue sur la mer confirme mes suspicions, c'est du grand luxe, l'un des plus beaux établissements jamais envahis par l'European Poker Tour.
Je résiste à la tentation d'aller me coucher, et retrouve Dana au rez-de chaussée. On va manger une pizza (addition pour deux : 12 euros, boissons comprises), et l'on part en ballade à l'aveuglette. On trouve sans peine la vieille ville médiévale, qui ne semble être habitée que par des filles canon, et une multitude d'églises de diverses confessions. Architecturalement, ça me rappelle la Bourgogne où j'ai grandi, où alors Prague. L'ensemble est vieux, mais une sorte de « vieux neuf », vous savez, le genre qui a été repeint pour avoir l'air « agréablement vieux », et non pas « cradingue vieux ». J'aime beaucoup, ceci dit. C'est coquet. Et ais-je précisé que les gonzesses sont toutes sublimes ? J'ai toujours cru que c'était un cliché à moitié surfait, mais non. On s'assoit en terrasse d'un bar. On ne commande pas la « Soupe d'Elf » vantée par le panneau posé à l'entrée, mais une bière, qui nous est servie dans un bol en terre cuite. Là, je trouve qu'ils poussent un peu trop le côté vieux.
Et puis je rentre à l'hôtel, je retrouve Mad, je m'endors en début de soirée, je me réveille pour aller dans un restaurant indien, et je repars me coucher, et jeudi je jouerai un tournoi de l'EPT pour la première fois, tout cela est très bizarre mais je vous expliquerai ça demain.
J'ai déposé Pauly à l'aéroport d'Oakland peu après quatre heures du matin. Un peu plus tôt, Phish avait terminé de manière magistrale trois soirées consécutives au théâtre grec de l'université de Berkeley. La fête d'après-concert avait été logiquement assez calme... Tout le monde étant sur les rotules après 72 heures de bamboche quasi non-stop, et une longue journée de voyage devant eux. Certains rentraient à la maison, tandis que les fans invétérés allaient suivre le groupe vers leur prochaine destination. C'était le cas de Pauly, bien entendu. Je lui ai dit au revoir, après trois mois passés ensemble presque quotidiennement. J'ai allumé une clope et repris la route en sens inverse. J'ai suivi une voiture de flics à rythme ralenti. La bagnole était louée au nom de Pauly, et non le mien : une arrestation de routine aurait pu mal se terminer.
De retour dans la chambre d'hôtel proprement dévastée, j'ai retrouvé Carrie et le Joker, les derniers survivants de notre équipe. Daniel est arrivé un peu plus tard, rentrant d'une grosse after-party organisée dans un hangar. Je me suis allongé et, les yeux mi-ouverts, je les ai écouté raconter des conneries. Des nouvelles nous parvenaient en provenance de l'une des nombreuses expéditions de cinglés ayant sauté dans leur voiture dès la fin du concert pour rejoindre le prochain show programmé à Telluride, dans les montagnes du Colorado. Rien de plus que 1,700 bornes à parcourir en moins de quarante heures à travers quatre états. C'est vous dire la dévotion des fans de Phish, prêts à tout pour voir leur groupe préféré une dixième, trentième, centième fois, peu importe l'effort et le prix. Beaucoup n'ont pas les moyens de s'offrir le couteux et plus rapide transfert par avion. Wildo et sa troupe n'avaient pas encore quitté la Californie après cinq heures de route, et l'on s'est demandé si ils allaient jamais y arriver.
Le Joker a pris une douche, pour repasser immédiatement les mêmes fringues qu'il avait porté la veille... Un survêtement et une veste Adidas bleu criard à bandes rouges, assorti d'un t-shirt marqué « Bling ». C'était apparemment ce que le Joker avait de mieux à se mettre, car il a justifié le choix de garde-robe en annonçant : « Il faut que je sois présentable pour mon arrivée à Telluride, mec... J'ai loué un énorme appart' avec piscine et jacuzzi. Tous mes potes m'attendent. » N'empêche, je me demande si le Joker ne s'est pas transformé en « Wookie » durant tous les concerts qu'il a vus cet été. Inquiétant, vu que le Joker est un membre fondateur de la « Wook Patrol », brigade corrigeant (avec bon esprit) les torts de ces hippies crasseux et fauchés qui pullulent au sein de la communauté.
Daniel nous a quittés aux alentours de six heures du matin, rejoignant l'aéroport de San Francisco pour embarquer son avion vers le Canada. Le Joker commençait à être impatient. J'étais censé retourner à l'aéroport d'Oakland en sa compagnie, il attrapait le vol suivant en direction du Colorado. Il ne décollait qu'à neuf heures et demie, mais il avait probablement remarqué que j'avais sévèrement besoin de repos. Il me proposa de le conduire directement sans plus attendre. Je me suis levé. Carrie nous a pris en photo avec son sabre laser en plastique, un ustensile Jedi de qualité qu'il a trimballé tout au long de l'été en « carry-on luggage », provoquant des regards intrigués des agents de sécurité de divers aéroports américains. « Il y avait cet officier », dit-il, « il l'a ausculté pendant cinq bonnes minutes, il n'en revenait pas que çà pouvait exister. Il m'a demandé combien ça coutait et où il pouvait s'en procurer un. »
On a dit au revoir à Carrie, qui parfait rejoindre son motel avant d'aller faire un coucou à sa famille dans la baie de San Francisco. On est arrivé à l'aéroport vers sept heures. J'ai donné l'accolade au Joker, et l'ai regardé franchir les portes du terminal. Son sac à dos géant de randonneur dépassait de vingt centimètres au dessus de sa tête, le sabre laser émergeant d'une des poches telle une bizarre antenne Alien. Derrière lui traînait la glacière désormais vidée de tout breuvage alcoolisé.
Le jour était levé et j'étais désormais livré à moi-même. C'est bizarre, et vaguement déprimant d'être le dernier restant à la fête, d'autant que c'était moi qui faisais face au voyage le plus long. Sur le chemin du retour, j'ai repensé au voyage dans son entier : les WSOP durant sept semaines, le road-trip qui a suivi dans les montagnes, les longues journées paresseuses à Los Angeles, et l'explosive conclusion à Berkeley. J'ai essayé de reconstituer l'histoire dans l'ordre, d'y mettre un peu de sens, mais c'était peine perdue : mes circuits étaient aussi grillés que le reste du corps.
Je suis revenu dans la chambre désormais vide, et me suis immédiatement effondré sur le lit. J'ai dormi deux heures qui en ont paru deux cents. Mon corps me suppliait de lui donner un peu de repos, et je me suis réveillé vers dix heures un peu plus frais. Avant d'entrer dans la salle de bains, je me suis pris en photo : sacoches sous les yeux, barbe dégueulasse, peau marquée par l'alcool, le tabac, la nourriture grasse et le manque de sommeil. Je me suis lavé, mis une extra dose de parfum, et éradiqué la barbe. Je me suis coiffé, et pris une autre photo pour un effet « avant/après ». C'était déjà un peu mieux. Les vacances étaient terminées : il était temps de repasser en mode « boulot », et penser à ce qui m'attendait en Europe : trouver un appartement à Paris, et débarquer au milieu du nouveau marché du poker en France, autrement plus compétitif depuis l'ouverture... Entre autres choses.
Je me suis penché sur le problème des bagages. Puisque stocker la moitié de mes sacs à Londres durant ma semaine à Tallinn m'économisait de l'effort et de l'argent, il me fallait être sur que je disposais de tout le nécessaire dans le sac que je gardais. J'ai échangé le linge sale et le linge propre. J'avais assez de t-shirts, mais j'étais un peu court concernant les sous-vêtements. Un rapide calcul m'informa que j'allais devoir jouer le Wookie durant la deuxième partie de la semaine, où me ruiner en lessive à l'hôtel. Peut-être que j'allais me contenter de porter le même caleçon toute la semaine, comme ces joueurs superstitieux qui vont jusqu'à la table finale et gagnent un demi-million d'euros tout en sentant comme un clodo. Aussi, je n'avais que deux jeans. J'ai enfilé celui qui dégageait l'odeur la moins pestilentielle. Pareil pour le sweat à capuche. Le vert à rayures était hors de question, ayant été porté à travers 1,500 miles en Arizona et Utah, et au cours des trois concerts de Phish.
J'ai tenté de rassembler les diverses ordures que notre équipe avait accumulées durant les quatre jours précédents : mégots, bouteilles, serviettes en papier, restes de fast-food... J'ai bourré les poubelles, et entassé le trop plein sur le bureau. J'ai procédé à une dernière vérification, histoire de ne rien oublier. J'ai fouillé mes poches pour en sortir dix billets de un dollar, la moitié de ce qui me restait en guise d'argent liquide. Je me sentais un peu coupable envers la femme de ménage. Nous n'avions pas exactement détruit la chambre, mais 10$ de pourboire était un peu radin vu le bordel que nous avions laissé, ça et l'odeur de tabac mélangée aux odeurs corporelles des dizaines de hippies ayant tour à tour occupé les lieux.
Bien entendu, la femme de ménage en question, une haïtienne, était sur le palier de la chambre quand je suis sorti. Elle venait de terminer celle d'à côté, et s'apprêtait à entrer dans la notre. Elle avait envie de discuter. Elle était probablement soulagée de pouvoir parler dans sa langue natale. Elle m'a posé des tas de questions, et m'a confié à quel point elle détestait son job. Je me suis senti encore plus mal qu'elle me dise ça juste avant de rentrer dans notre chambre. Je me suis excusé par avance, et, adorable, elle insista pour m'aider à porter mes sacs jusqu'à la voiture, malgré qu'ils pesaient tous les deux 25 kilos. Je lui ai dit « Bon courage », chargé le coffre, et suis parti.
Je me rendais vers l'aéroport d'Oakland pour la troisième et dernière fois de la journée. Sur l'autoroute, j'ai souri en apercevant le Golden Gate Bridge sur ma droite, partiellement visible derrière les nuages. Mes trois mois en Amérique s'étaient terminés par mon huitième, neuvième et dixième concert de Phish en un an (après Indio pour Halloween et Miami au réveillon). Je suppose que l'on peut me considérer comme un fan, étant donné l'argent et l'effort qui ont été nécessaires pour organiser ces trois voyages. Mais je sens encore comme un étranger au sein de cette communauté. Il doit y avoir une barrière culturelle ou linguistique, où je ne sais quoi qui m'empêche de vraiment m'y sentir vraiment chez moi. Peut-être que cela à voir avec la quantité massive de drogues ingérées/fumées/bues/sniffées durant les concerts... Il serait hypocrite d'en nier le rôle, même si je sais que je peux apprécier la musique en état de sobriété, l'écoutant régulièrement au boulot. Mais il y a définitivement un côté obscur à toute cette bonne humeur hippie. Du reste, Phish ne pourra jamais être mon groupe préféré... La meilleure musique m'attaque directement aux tripes. Avec ses longues plages d'improvisation et d'expérimentation (parfois complètement inécoutables, soyons clairs) Phish travaille le cerveau, ce qui est une chose tout à fait différente. Mais je suis fasciné par des dizaines de choses à propos de ce groupe : leur longévité, leur volonté d'aller toujours plus loin dans l'extravagance musicale, le fait qu'ils soient globalement inconnus mais remplissent tout de même 70 énormes salles par an, les légions de fans qui les suivent, le langage et les codes propres à la communauté, la dévotion de ses membres, l'humour, la créativité, l'esprit d'entreprise et débrouillard qui y règne, l'attitude libertaire, la relation presque amoureuse établie depuis 25 ans entre les musiciens et leurs fans... C'est véritablement un univers complètement nouveau que j'ai pu découvrir, moi qui ai pourtant vu plus de cent cinquante groupes en concert et festivals depuis le lycée.
Après une ultime visite à In-N-Out Burger, je suis arrivé à l'agence de location, et n'ai pas eu de problèmes pour rendre la voiture. J'ai pris la navette vers l'aéroport en compagne de quelques fans au look Wookie. Je me suis pointé au mauvais terminal, et payé trois dollars pour louer un chariot et faire le chemin jusqu'à l'autre bâtiment. Par chance, Southwest Airlines ne charge pas de frais supplémentaires pour mettre deux valises en soute. J'ai fumé une clope et passé la sécurité. J'ai trouvé une prise pour brancher mon ordi, et consulté Facebook, Twitter et Gmail pour la première fois en quatre jours.
Mon premier vol s'est passé dans douleur. J'ai lu Rolling Stone Magazine avec Leonardo Di Caprio en couverture, l'article était nul, puis le fanzine dédié à Phish, qui est drôle, et il était temps d'atterrir. J'ai récupéré mes bagages. J'étais de retour à Las Vegas, mais pas pour longtemps. Il était quatre heures. Mon vol vers Londres décollait à neuf heures, avec un enregistrement commençant à six heures. En bref, j'étais coincé avec mes soixante kilos de bagages, sans réelle possibilité d'aller visiter le Strip une dernière fois, ce qui n'était pas vraiment un problème. J'ai loué un second chariot (quatre dollars, cette fois), trouvé une prise et me suis connecté, cherchant immédiatement des liens où télécharger les concerts de Berkeley. Je me suis contenté de prendre le second, la connexion gratuite de McCarran n'étant pas des plus rapides. J'ai immédiatement écouté « Cities », une reprise des Talking Heads que je connaissais pas, histoire de vérifier que mon cerveau avait bien été retourné à la première écoute... Oui, le charme agissait à nouveau. Cette chanson est magique. Le groupe se met à improviser après cinq ou six minutes, et atteint un équilibre parfait entre ses quatre membres, chacun jouant son rôle à la perfection pour créer une atmosphère qui a envoyé le public au dessus des nuages.
J'ai écouté quelques autres morceaux, et je suis allé au Starbucks. J'ai cherché un ascenseur pour descendre au rez-de chaussée. La porte s'est ouverte. Je suis entré et avant que je ne puisse faire un geste, un touriste paumé a déboulé. « A quel étage on est ? Il faut que je monte ». Et il appuie sur le bouton du troisième étage. Connard. Pas le choix, je dois maintenant sortir, mais le mec me bloque avec ses bagages, et je cafouille avec les miens sur le rebord de l'ascenseur, renversant le reste de mon gobelet de chocolat sur ma jambe. Génial.
Je prends un autre ascenseur, sors dans la chaleur moite, et me rends compte que j'ai fait tout cela pour rien, le rez-de chaussée ne permettant pas d'accéder au Terminal 2, celui des vols internationaux. Je remonte à l'étage du check-in, et marche jusqu'au Terminal. Il commence immédiatement à pleuvoir, et une odeur caractéristique de chien mouillé se dégage du bitume. Je me change dans les toilettes. L'enregistrement avait commencé au comptoir de British Airlines. Je paie soixante dollars pour ma deuxième valise, et réserve un siège au fond de l'avion. Le guichetier m'assure que cette section de l'avion sera majoritairement vide. Et puis j'ai fait le chemin en sens inverse vers le Terminal 1. J'ai glandouillé gentiment, visitant la librairie sans rien acheter, et mangeant un hot-dog pas trop mauvais. Je retourne au Terminal 2. Encore trois heures avant le décollage. Je n'ai pas envie de passer la sécurité tout de suite, le terminal international de McCarran étant le plus chiant de l'univers, son seul point positif - la section fumeur - ayant été fermé il y a trois ans. Je branche à nouveau l'ordinateur et écris un mail à Pauly. Une heure avant le décollage, je passe la sécurité, où l'on me soumet au scanner intégral, les bras joints derrière la tête à l'intérieur de la machine, l'image me rappelle une victime prise en otage par un terroriste, l'impression de soumission est totale, c'est probablement voulu, la prochaine étape devrait être la fouille anale généralisée, on y arrivera avant la fin du monde. J'achète des clopes au duty-free, et il est temps d'embarquer.
On décolle, et effectivement, le fond de l'appareil est plutôt vide, mais le siège du mec devant moi est cassé, s'inclinant plus que d'ordinaire pour s'arrêter à dix centimètres de ma tronche, et le mec derrière s'endort en calant confortablement son genou au niveau de mes reins. J'attends patiemment la première tournée de boissons, demande une bouteille de vin, que je descends avec un Xanax. Quand je me réveille, nous ne sommes plus qu'à une heure de Londres. Le Xanax, c'est mieux qu'une machine à voyager dans le temps. Le petit déjeuner est servi, et me voilà de retour en Europe.
Les bagages arrivent à toute vitesse, je trouve le comptoir où les stocker, et prends un taxi vers l'hôtel que j'ai réservé pour la nuit, un Radisson pas cher qui se révèle être plutôt classieux. Il est cinq heures de l'après-midi, et mieux vaut ne pas s'endormir trop vite si je veux combattre le décalage horaire avant qu'il n'apparaisse.
Je ferme les yeux peu après minuit sans avoir accompli quoi que ce soit de productif, et à quatre heures, il est déjà temps de repartir. Un taxi hors de prix me ramène au Terminal 3 d'Heathrow. Je retrouve Dana devant la porte d'embarquement. Elle va couvrir le premier EPT de la saison pour PokerNews : un mois après la conclusion du Main Event des WSOP, c'est déjà la rentrée des classes. Le break fut court.
On atterrit à Helsinki. J'avance ma montre de deux heures : il est passé treize heures. C'est la première fois que je mets les pieds en Finlande. Juste pour le temps d'une connexion, cependant, que je passe à discuter avec Arnaud Mattern, qui vient d'arriver de Paris. On embarque dans un coucou à hélices de soixante places. J'avais réservé un siège au second rang, histoire d'être le premier sorti de l'avion : perdu, l'embarquement se fait par la porte de derrière uniquement. Le vol dure à peine le temps d'un battement de cils : un saute de puce d'une demi-heure au dessus de la Mer Baltique.
Et nous voilà à Tallinn, Estonie. D'habitude, je suis un minimum préparé quand je débarque en terres inconnues, ayant au moins fait l'effort de me procurer un guide. Cette fois, non. Je ne sais même pas quelle langue on parle ici, encore moins la monnaie échangée, et il me faudra un coup d'œil à une carte de l'Europe pour découvrir où je viens d'atterrir.
Les bagages sont déjà là quand on franchit les portes du terminal, et je surpris de la fluidité avec laquelle s'est déroulée mon voyage : les bad-beats et embuches habituelles ont été évitées avec brio. Je suis en plein cul. Je quitte mon cinquième aéroport en quarante-huit heures, et dix minutes plus tard, le taxi nous dépose au Swisshotel. Ils n'ont jamais entendu parler de moi à la réception, normal je n'ai pas réservé. Je donne le nom de Madeleine, l'employée me fait confiance les yeux fermés malgré qu'elle ne soit pas encore arrivée, j'aime déjà cet hôtel, et la chambre au quinzième étage avec vue sur la mer confirme mes suspicions, c'est du grand luxe, l'un des plus beaux établissements jamais envahis par l'European Poker Tour.
Je résiste à la tentation d'aller me coucher, et retrouve Dana au rez-de chaussée. On va manger une pizza (addition pour deux : 12 euros, boissons comprises), et l'on part en ballade à l'aveuglette. On trouve sans peine la vieille ville médiévale, qui ne semble être habitée que par des filles canon, et une multitude d'églises de diverses confessions. Architecturalement, ça me rappelle la Bourgogne où j'ai grandi, où alors Prague. L'ensemble est vieux, mais une sorte de « vieux neuf », vous savez, le genre qui a été repeint pour avoir l'air « agréablement vieux », et non pas « cradingue vieux ». J'aime beaucoup, ceci dit. C'est coquet. Et ais-je précisé que les gonzesses sont toutes sublimes ? J'ai toujours cru que c'était un cliché à moitié surfait, mais non. On s'assoit en terrasse d'un bar. On ne commande pas la « Soupe d'Elf » vantée par le panneau posé à l'entrée, mais une bière, qui nous est servie dans un bol en terre cuite. Là, je trouve qu'ils poussent un peu trop le côté vieux.
Et puis je rentre à l'hôtel, je retrouve Mad, je m'endors en début de soirée, je me réveille pour aller dans un restaurant indien, et je repars me coucher, et jeudi je jouerai un tournoi de l'EPT pour la première fois, tout cela est très bizarre mais je vous expliquerai ça demain.
Vingt-quatre heures après la conclusion du Main Event des WSOP, je me suis réveillé avec une gueule de bois de circonstance. J'avais passé la soirée de la veille au Gold Coast en compagnie d'une soixantaine de confrères et amis : journalistes, joueurs, croupiers, employés du Rio, et même quelques superviseurs ayant laissé tomber le costume noir de rigueur les cinquante jours précédents. C'est moi qui avait lancé l'idée d'organiser la dernière fête de l'été à Vegas dans ce casino vieillot, un poil crasseux mais tellement chaleureux et accueillant.
En 2009, durant le Main Event, on avait passé tellement de soirées dans le petit bar niché au fond de la salle de bowling au premier étage que l'endroit était devenu comme une seconde maison. Cette année, le Main Event s'est étalé un peu trop tard chaque soir et nous avons guère eu d'occasion d'y retourner. Raison de plus pour rameuter le plus de monde possible avant que tout le monde ne retourne vers la vraie vie. Et ils sont venus par dizaines. Il y avait même des tas de gens que je connaissais que de vue, ayant eu vent de l'affaire par bouche à oreille ou sur Twitter. Les gérants du bowling n'avaient jamais vu autant de monde un dimanche soir. Le bar était intégralement rempli. Eut le rendez-vous été donné dans une boîte de nuit, la moitié de ces gens ne se seraient jamais pointé. C'était l'endroit parfait pour une dernière soirée à Vegas : isolé et calme, mais assez fédérateur pour attirer en nombre cette cohorte disparate qui forme la communauté du poker. La bière a coulé à flots, le serveur ne savait plus où se donner de la tête, si bien que du renfort à du être appelé. Tout ce petit monde s'est mélangé, a rigolé et trinqué une bonne partie de la soirée, faisant l'aller et retour entre le comptoir et les pistes, où de sérieuses sommes d'argent furent misées. Vers trois heures du matin, les survivants ont pris l'escalator jusqu'au rez-de chaussée, investissant les tables de jeu. J'ai gagné une jolie somme au Pai-Gow, pour ma première vraie victoire de l'été à Vegas, tous jeux confondus. Pendant ce temps, la presse anglaise enflammait la table de craps voisine, et les cocktails arrivaient en flux tendu sur les plateaux des serveuses. Je suis rentré à l'aube avec le sentiment qu'il n'y avait pas de meilleure façon de dire au revoir à Las Vegas, aux confrères et aux WSOP.
Quelques heures plus tard, il était temps de s'en aller. Avec Harper, on a bourré tant bien que mal nos sacs de voyage grossis par toutes les saloperies accumulées en deux mois (livres, disques, fringues, souvenirs divers), fermé à clé la villa, puis l'on s'arrêté chez Dan pour stocker une majeure partie de nos bagages : on en aurait pas besoin sur la route. Après, petit déjeuner au Black Bear Diner, restaurant que j'ai ajouté cet été à ma liste des établissements recommandables de Vegas : de la bonne bouffe bouffe du Sud, riche et généreuse, qui laisse l'estomac rassasié à un prix ridicule, le tout avec un service souriant (ça se trouve au croisement de Jones et Tropicana, pour ceux qui voudraient y faire un tour). On a fait le plein d'essence, et pris la direction de l'aéroport. Notre but : échanger nos deux bagnoles « de ville » pour quelque chose un tantinet plus puissant et confortable plus apte à la traversée des grands espaces de l'Ouest Américain. L'employée du guichet de Hertz nous proposa une Toyota Camry, et accepta de la louer au même tarif que nos anciens modèles compact. Après tout, on venait de rendre deux véhicules loués durant sept semaines, un geste commercial était de rigueur, chapeau à Hertz pour avoir accédé à notre requête sans sourciller.
A seize heures, on se mettait en route vers l'est. Vingt kilomètres plus tard, Vegas n'était plus qu'un lointain souvenir, une tâche blanchâtre dans le rétroviseur, tandis que nous passions la frontière de l'Arizona au barrage Hoover. La route était à nous : le grand vide à perte de vue. Des montagnes pour décor, une longue route droite. Pas de couverture téléphonique. Encore moins Internet. Aucune ville de plus de mille habitants sur la carte. L'évasion, quoi.
Durant les cinq jours qui allaient suivre, on allait parcourir plus de 2,400 kilomètres à travers l'Arizona et l'Utah... avec un très bref passage par le Colorado et le Nouveau-Mexique, ayant en effet procédé à un détour de 90 minutes pour atteindre le point où ces quatre états américains se rencontrent. Il paraît qu'il y a un joli monument à l'endroit exact de cet accouplement administratif et topographique, mais nous ne l'avons point vu, ayant été accueillis par une large grillage, un cadenas et un panneau disant « Monument des Quatre Coins : Fermé Pour Réparations ». Un touriste furieux a taggé par dessus « J'ai conduit 600 bornes pour ça ? Bordel de merde ! ». Un spectacle probablement encore plus amusant que le monument lui-même.
On a conduit le jour. On a conduit la nuit. On est passé au travers d'au moins trois tempêtes, complètes avec pluie torrentielle, ciel noir et orage menaçant. On a dormi dans des motels typiques, choisis au hasard et qui se sont révélés être de bons choix. On a mangé gras pour tenter de reprendre les kilos perdus à force de sauter des repas au Rio. On s'est penchés au bord du Grand Canyon, que je me contenterai de décrire comme un putain de gros trou gigantesque et écrasant. Merci l'érosion pour tous ces millions d'années de travail : le résultat est une vraie œuvre d'art. On a croisé un bon million de touristes français, il n'y avait que ça partout, des français, à croire qu'ils s'étaient donné le mot. On a pris un grand bol d'air frais, profitant d'une température extérieure inférieure à 40° pour la première fois de l'été. On a fait de la randonnée mais sans trop se forcer. On s'est rendu compte que 99% des villes indiquées sur la carte ne sont en fait que des aires d'autoroute : le Sud-Ouest des États-Unis est une vaste étendue de vide. On a fait connaissance ceux que l'on appelle ici les « natifs » : les Indiens. On a fait du cheval dans Monument Valley avec l'un d'entre eux, et ça m'a rappelé des tonnes de films que j'ai vus tard le soir sur FR3 il y a vingt ans, des westerns dont j'ai oublié le nom présentés par Eddy Mitchell dans un cinéma vide. Une virée en cinémascope avec personne à vingt bornes à la ronde, un rêve de gosse. C'était la première fois qu'Harper montait sur un canasson : dix minutes plus tard, notre guide nous faisait partir au galop. Tout en me taxant des clopes avec une régularité impressionnante, il nous a appris des choses à propos des Anasazi, des Apaches, des Navajo, les tribus disparues comme celles encore bien vivantes. On a continué de conduire, voyant le paysage changer radicalement du rouge vers le vert en quelques dizaines de kilomètres à peine, le désert puis les plaines, only in America. En Utah, on a bu une bière appelée « Polygamy » dans une ville du nom de « Bluff », mais je n'ai rencontré personne de marié à six femmes différentes, dommage. On a bien fait attention à ne pas se prendre un daim, et j'aurais bien aimé voir comment s'en est sorti le véhicule ayant renversé cette vache que l'on a croisée raide, les quatre fers en l'air sur le bas côté de la Route 191. J'ai chopé des coups de soleil qui ont peu à peu fait ressembler mes bras à une carte des îles du Pacifique. On a surtout croisé des touristes, rien que des touristes. Après trois jours, on est enfin tombés sur une ville méritant ce nom, pas seulement composée de stations-essence : Moab. On a pris des pichets de bière à la brasserie du coin en regardant le résumé du Tour de France à la télé. Quand on est arrivés au parc national des Arches, on était sur les rotules, et à ce stade, c'est à peine si l'on faisait l'effort de sortir de la voiture pour s'approcher de ces merveilles de la nature – là encore, merci l'érosion (ou les aliens, les experts s'interrogent encore). On a poursuivi notre chemin vers l'ouest, et passé au travers de charmantes communautés agricoles n'ayant semble t-il pas bougé depuis 1900 : une grande rue principale appelée « Main Street », une église en bois, une banque toute carrée avec écrit « BANK », comme dans Lucky Luke, et des petites maisons devant lesquelles les familles jouent au frisbee avec le chien. A Bryce Canyon, on a observé le lever d'une soleil sur les hoodos en compagnie d'un autocar de nonnes, mais on s'est abstenu de les rejoindre pour la prière. On a vu des écureuils, des cerfs, des corbeaux, et encore un orage.
Et puis... Je me suis fait arrêter pour excès de vitesse au beau milieu de l'Arizona. Cela faisait une bonne demi-heure que je me tirais la bourre avec une famille immatriculée au Texas, et ces enfoirés ont du bien rigoler quand c'est finalement moi qui suis tombé dans les mailles du filet de la « Highway Patrol ». Le flic m'a expliqué cordialement mais fermement que 150 kilomètres à l'heures sur une route limitée à 120 faisait de moi un criminel passible de prison. La taule, cela aurait pu être amusant, et par « amusant », j'entends bien sur « absolument pas amusant du tout ». Je m'en suis tiré avec un banal PV et la mise en garde inconditionnelle de régler la note avant mon départ des USA, « sinon vous seriez immédiatement placé en détention par les officiers d'immigration de l'aéroport ». Un bluff éhonté, bien sur, la lenteur administrative de la procédure – ces choses-là se règlent par courrier – faisant que mon dossier ne serait pas traité avant plusieurs mois. Mais, sait-on jamais, je pourrais un jour retourner en Arizona. Alors j'ai payé sans broncher les 265 dollars qui m'étaient demandés (les gains au Pai Gow de la veille tombant à point nommé) remplissant le formulaire avec mon numéro de carte de crédit, cochant la case « je plaide coupable et renonce à mon droit de garder le silence, engager un avocat, etc, etc ». Oui, j'aurais pu aussi contester l'infraction, mais à quoi bon ? Coupable j'étais. Criminel aussi, si l'on en croit la Loi et l'Ordre Américains. C'était le premier PV que je me prenais de toute ma vie. Même une amende pour stationnement, je n'y avais jamais eu droit. « C'est moi qui conduit, c'est moi qui paie », ais-je dit à Harper tandis que nous reprenions la route, le limiteur de vitesse fermement bloqué sur 75. « C'était marrant », dit-il. « Se faire arrêter par un flic ricain typique... Le genre de truc qu'il faut faire au moins une fois dans sa vie. » Mouais, mais une seule fois, alors.
48 heures avant le décollage de l'avion d'Harper, nous bouclions une boucle de 1,500 miles en entrant dans le Nevada par la porte est. La nuit commençait à tomber, et nous n'étions qu'à une heure et demie de Las Vegas. Mais avions-nous vraiment envie d'y retourner pour deux soirs supplémentaires ? Non, il y avait bien mieux à faire... Comme s'arrêter pour la nuit à l'un de ces petits casinos de seconde zone disséminés juste après la frontière. Pour sur que cela allait être une expérience décalée. C'est ainsi qu'on a coupé le moteur à Mesquite. Cinq casinos pour 15,000 habitants, un ratio disproportionné expliqué par la présence voisine de l'Utah et de l'Arizona : c'est là que se rendent tous les accros des machines à sous à la recherche d'un fix rapide. Ça ressemble à Vegas, ça à le goût de Vegas, ça à l'odeur de Vegas, mais ce n'est définitivement pas Vegas. Dès notre entrée, le tableau était fixé : une famille de vieux est descendue de sa voiture, le patriarche tirant son container à oxygène derrière lui. Il a confié ses bagages au voiturier, et s'est directement dirigé vers les machines à sous sans même prendre la temps de récupérer les clés de sa chambre. On était bien au royaume des accros, des purs et durs. Pas de show extravagant au programme, pas de fontaines, de pyramides, de canaux vénitiens. Pas de grands chefs venus du monde entier pour épater les papilles gustatives. Pas de discothèque ouverte jusqu'à pas d'heure. Juste des machines à sous, une dizaines de tables, et une cantine ouverte 24 heures sur 24. On a pris une chambre pour la nuit à un tarif ridicule, enfilé notre plus belle chemise, et avons entamé une longue soirée de jeu. Après une semaine sans toucher une carte ni un jeton, l'estomac nous démangeait. Pas de salle de poker dans les murs de « Casablanca », notre établissement d'un soir... Mais cela ne posait aucun problème. On était là pour jouer, et vite : pas question de jeter des 7-3 et des Dame-2 pendant trois heures pour pauvre un profit de douze dollars. Non, il nous fallait terminer ce séjour en beauté, ou au fond du trou. Pas d'alternative possible entre les deux. On s'est installé à la table de roulette. J'ai posé deux billets de cent sur la table, et immédiatement commencé à consteller le tapis de mes mises, avec en ligne de mire le 16, 26, 29 et 31, respectivement la date de naissance de Papa, Maman, le frangin, et moi. Derrière nous, un groupe s'est mis à massacrer du classic-rock sur la scène du bar central, offrant des reproductions bancales de Lynyrd Skynyrd, Pink Floyd et les Eagles. J'ai commandé des cocktails en flux tendu, offrant à la serveuse un jeton rouge tout en lui demandant de revenir aussi vite que possible. Chose qui fut faite, elle n'avait probablement pas vu un jeton de cinq dollars depuis la dernière récession. J'ai gagné, gagné.... et encore gagné. Le 29 et le 31 sont tombés deux fois chacun, et mes piles n'ont cessé de grossir. Je n'en revenais pas : la chance me souriait à nouveau, après deux mois pourris à Las Vegas. On a bouffé aux frais du casino, et l'on s'est rassis, en black-jack cette fois. Là encore, même topo, impossible de perdre, malgré ce camionneur en marcel qui ressemblait à un Eskimo Clark bronzé et n'arrêtait pas de nous corriger à chaque décision. Un expert à n'en point douter, mais son tas de jetons de 25 dollars en restait en même point, tandis qu'Harper et moi n'arrivions pas à perdre une seule mise. Un 17 contre une buche ? Pas de problème, le croupier retournait promptement un 6 et un 7 pour sauter. Un 16 contre un 8 ? Pas de problème, un 5 vient régler l'affaire. Et ainsi de suite... En une soirée, toutes mes pertes de l'été étaient effacées.
J'ai du donner cinquante dollars de pourboire à la serveuse en trois heures. C'est probablement une bonne chose que ce trou pourri de Mesquite n'offre aucun divertissement « adulte » (ni aucun divertissement d'aucune sorte après 22 heures, en fait), car vu notre état d'ébriété, on aurait probablement eu du mal à résister. A place, on est allés se coucher. A l'aube, on reprenait la route. Atteindre Vegas ne fut qu'une formalité. Après une dernière tentative de shopping, une visite à l'hôpital pour prendre des nouvelles de Dan (oui, il est tombé malade entre temps), un passage en cambrioleur chez le même Dan pour récupérer les bagages (il m'avait expliqué comment rentrer par effraction par la porte de derrière), un plein d'essence, et une dernier détour par l'agence de location pour rendre la voiture, on débarquait au Venetian pour terminer Vegas en beauté. Il y avait 500 personnes devant nous dans la file d'attente, ça nous a couté une tonne, et ça ne valait pas le coup, ils nous ont filé une chambre pourrie dans la « Venezia Tower », située à quelques milliers de kilomètres du casino. J'ai laissé Harper vaquer à ses occupations, et me suis rendu au Caesar's Palace où j'ai retrouvé ma confrère Jess de Bluff Magazine. Pas question de rater le show de Jerry Seinfeld, qui ne fait plus que de rares apparitions sur scène. On s'est tordu de rire pendant une heure et demie, on a bu des coups ensuite, puis j'ai rejoint le Venetian où un Harper éméché m'a raconté sa soirée. On s'est posé dans le bar central, histoire d'observer les cohortes de fétardes sortant en titubant du Tao, la boite de nuit du casino. Il y avait aussi pas mal de prostituées, et TJ, un activiste politique de San Diego en ville pour une convention. Il était sérieusement bourré et ses multiples tentatives de brancher les filles du samedi soir ont lamentablement échoué.
On s'est couché bien trop tard, et quand on a finalement émergé de notre coma, il était temps de décamper, avec un check-out imposé à midi. Le vol d'Harper ne décollait qu'à vingt heures. Il nous restait une après-midi entière à jouer. On a confié nos bagages au portier, et enchaîné le Harrah's, l'Imperial Palace et le Flamingo en succession. Vegas avait décidément envie de me sourire, car je n'ai pas réussi à perdre un centime au Black Jack et au Pai Gow.
A l'aéroport, j'ai laissé Harper au terminal international. Son premier séjour à Vegas était terminé. Après un détour par Londres pour choper sa connexion, il allait enfin retrouver la maison. Son visage portait les marques habituelles du combattant ayant passé trop de temps dans les tranchées de la Ville du Vice. « J'ai perdu vingt ans d'espérance de vie en deux mois, mais cela valait la peine », commenta t-il. Pour sur qu'il avait brulé la chandelle par les deux bouts, avec une moyenne de quinze heures par jour dans l'Amazon Room, suivi de nuits entières dans les différents clubs du Strip.
Moi, je me suis rendu au terminal des vols intérieurs... Je n'en avais pas terminé avec les USA. Direction Los Angeles : un saut de puce de 45 minutes à travers le désert. J'ai bénéficié d'une upgrade en première place, Rangée 1, Siège A, une position confortable qui, hélas, ne garantit pas l'absence de bébés hurleurs remplissant leur couche à mi-vol.
Les vacances étaient terminées, et j'avais besoin de vacances pour m'en remettre. Je me suis enterré dans l'appartement de Pauly et Change100, aux confins de Beverly Hills, et je n'ai que très peu mis les pieds dehors durant les dix jours qui allaient suivre. Avec une moyenne de douze heures de sommeil par nuit, je rattrapais le retard accumulé durant les WSOP. Je me suis remis doucement au travail sur le bouquin de Pauly. On a visité ses restaurants favoris, on a regardé les nouvelles saisons de Mad Men et Entourage en prime-time. Quelques amis sont venus nous rendre visite. Et c'est à peu près tout. De toute façon, il n'y a pas grand chose à faire à Los Angeles, contrairement à la croyance générale. C'est une ville chiante comme la pluie pour qui ne goute pas la vie nocturne des pseudo-célébrités décérébrées et les attractions touristiques moisies comme Hollywood Boulevard, Disneyland ou le panneau « Hollywood ».
Et après un dernier road-trip de six heures à travers l'autoroute 5, me voilà aujourd'hui à Berkeley, au nord de la Californie. C'est l'une des plus grosses villes étudiantes des États-Unis. Phish va donner trois concerts de suite à l'amphithéâtre Greek, au beau milieu du campus. Les hippies sont partout en ville, mais je ne sais pas si c'est lié à l'arrivée du groupe ou non. Ce sera mon huitième, neuvième et dixième concert de Phish en un an. Parfait pour conclure trois mois aux États-Unis. Retour en Europe le 9 janvier. Je me rendrai immédiatement à Tallinn, Estonie, pour disputer la première étape European Poker Tour de la saison. Disputer ? Ça à l'air d'une blague, je sais, mais non.
Vingt-quatre heures après la conclusion du Main Event des WSOP, je me suis réveillé avec une gueule de bois de circonstance. J'avais passé la soirée de la veille au Gold Coast en compagnie d'une soixantaine de confrères et amis : journalistes, joueurs, croupiers, employés du Rio, et même quelques superviseurs ayant laissé tomber le costume noir de rigueur les cinquante jours précédents. C'est moi qui avait lancé l'idée d'organiser la dernière fête de l'été à Vegas dans ce casino vieillot, un poil crasseux mais tellement chaleureux et accueillant.
En 2009, durant le Main Event, on avait passé tellement de soirées dans le petit bar niché au fond de la salle de bowling au premier étage que l'endroit était devenu comme une seconde maison. Cette année, le Main Event s'est étalé un peu trop tard chaque soir et nous avons guère eu d'occasion d'y retourner. Raison de plus pour rameuter le plus de monde possible avant que tout le monde ne retourne vers la vraie vie. Et ils sont venus par dizaines. Il y avait même des tas de gens que je connaissais que de vue, ayant eu vent de l'affaire par bouche à oreille ou sur Twitter. Les gérants du bowling n'avaient jamais vu autant de monde un dimanche soir. Le bar était intégralement rempli. Eut le rendez-vous été donné dans une boîte de nuit, la moitié de ces gens ne se seraient jamais pointé. C'était l'endroit parfait pour une dernière soirée à Vegas : isolé et calme, mais assez fédérateur pour attirer en nombre cette cohorte disparate qui forme la communauté du poker. La bière a coulé à flots, le serveur ne savait plus où se donner de la tête, si bien que du renfort à du être appelé. Tout ce petit monde s'est mélangé, a rigolé et trinqué une bonne partie de la soirée, faisant l'aller et retour entre le comptoir et les pistes, où de sérieuses sommes d'argent furent misées. Vers trois heures du matin, les survivants ont pris l'escalator jusqu'au rez-de chaussée, investissant les tables de jeu. J'ai gagné une jolie somme au Pai-Gow, pour ma première vraie victoire de l'été à Vegas, tous jeux confondus. Pendant ce temps, la presse anglaise enflammait la table de craps voisine, et les cocktails arrivaient en flux tendu sur les plateaux des serveuses. Je suis rentré à l'aube avec le sentiment qu'il n'y avait pas de meilleure façon de dire au revoir à Las Vegas, aux confrères et aux WSOP.
Quelques heures plus tard, il était temps de s'en aller. Avec Harper, on a bourré tant bien que mal nos sacs de voyage grossis par toutes les saloperies accumulées en deux mois (livres, disques, fringues, souvenirs divers), fermé à clé la villa, puis l'on s'arrêté chez Dan pour stocker une majeure partie de nos bagages : on en aurait pas besoin sur la route. Après, petit déjeuner au Black Bear Diner, restaurant que j'ai ajouté cet été à ma liste des établissements recommandables de Vegas : de la bonne bouffe bouffe du Sud, riche et généreuse, qui laisse l'estomac rassasié à un prix ridicule, le tout avec un service souriant (ça se trouve au croisement de Jones et Tropicana, pour ceux qui voudraient y faire un tour). On a fait le plein d'essence, et pris la direction de l'aéroport. Notre but : échanger nos deux bagnoles « de ville » pour quelque chose un tantinet plus puissant et confortable plus apte à la traversée des grands espaces de l'Ouest Américain. L'employée du guichet de Hertz nous proposa une Toyota Camry, et accepta de la louer au même tarif que nos anciens modèles compact. Après tout, on venait de rendre deux véhicules loués durant sept semaines, un geste commercial était de rigueur, chapeau à Hertz pour avoir accédé à notre requête sans sourciller.
A seize heures, on se mettait en route vers l'est. Vingt kilomètres plus tard, Vegas n'était plus qu'un lointain souvenir, une tâche blanchâtre dans le rétroviseur, tandis que nous passions la frontière de l'Arizona au barrage Hoover. La route était à nous : le grand vide à perte de vue. Des montagnes pour décor, une longue route droite. Pas de couverture téléphonique. Encore moins Internet. Aucune ville de plus de mille habitants sur la carte. L'évasion, quoi.
Durant les cinq jours qui allaient suivre, on allait parcourir plus de 2,400 kilomètres à travers l'Arizona et l'Utah... avec un très bref passage par le Colorado et le Nouveau-Mexique, ayant en effet procédé à un détour de 90 minutes pour atteindre le point où ces quatre états américains se rencontrent. Il paraît qu'il y a un joli monument à l'endroit exact de cet accouplement administratif et topographique, mais nous ne l'avons point vu, ayant été accueillis par une large grillage, un cadenas et un panneau disant « Monument des Quatre Coins : Fermé Pour Réparations ». Un touriste furieux a taggé par dessus « J'ai conduit 600 bornes pour ça ? Bordel de merde ! ». Un spectacle probablement encore plus amusant que le monument lui-même.
On a conduit le jour. On a conduit la nuit. On est passé au travers d'au moins trois tempêtes, complètes avec pluie torrentielle, ciel noir et orage menaçant. On a dormi dans des motels typiques, choisis au hasard et qui se sont révélés être de bons choix. On a mangé gras pour tenter de reprendre les kilos perdus à force de sauter des repas au Rio. On s'est penchés au bord du Grand Canyon, que je me contenterai de décrire comme un putain de gros trou gigantesque et écrasant. Merci l'érosion pour tous ces millions d'années de travail : le résultat est une vraie œuvre d'art. On a croisé un bon million de touristes français, il n'y avait que ça partout, des français, à croire qu'ils s'étaient donné le mot. On a pris un grand bol d'air frais, profitant d'une température extérieure inférieure à 40° pour la première fois de l'été. On a fait de la randonnée mais sans trop se forcer. On s'est rendu compte que 99% des villes indiquées sur la carte ne sont en fait que des aires d'autoroute : le Sud-Ouest des États-Unis est une vaste étendue de vide. On a fait connaissance ceux que l'on appelle ici les « natifs » : les Indiens. On a fait du cheval dans Monument Valley avec l'un d'entre eux, et ça m'a rappelé des tonnes de films que j'ai vus tard le soir sur FR3 il y a vingt ans, des westerns dont j'ai oublié le nom présentés par Eddy Mitchell dans un cinéma vide. Une virée en cinémascope avec personne à vingt bornes à la ronde, un rêve de gosse. C'était la première fois qu'Harper montait sur un canasson : dix minutes plus tard, notre guide nous faisait partir au galop. Tout en me taxant des clopes avec une régularité impressionnante, il nous a appris des choses à propos des Anasazi, des Apaches, des Navajo, les tribus disparues comme celles encore bien vivantes. On a continué de conduire, voyant le paysage changer radicalement du rouge vers le vert en quelques dizaines de kilomètres à peine, le désert puis les plaines, only in America. En Utah, on a bu une bière appelée « Polygamy » dans une ville du nom de « Bluff », mais je n'ai rencontré personne de marié à six femmes différentes, dommage. On a bien fait attention à ne pas se prendre un daim, et j'aurais bien aimé voir comment s'en est sorti le véhicule ayant renversé cette vache que l'on a croisée raide, les quatre fers en l'air sur le bas côté de la Route 191. J'ai chopé des coups de soleil qui ont peu à peu fait ressembler mes bras à une carte des îles du Pacifique. On a surtout croisé des touristes, rien que des touristes. Après trois jours, on est enfin tombés sur une ville méritant ce nom, pas seulement composée de stations-essence : Moab. On a pris des pichets de bière à la brasserie du coin en regardant le résumé du Tour de France à la télé. Quand on est arrivés au parc national des Arches, on était sur les rotules, et à ce stade, c'est à peine si l'on faisait l'effort de sortir de la voiture pour s'approcher de ces merveilles de la nature – là encore, merci l'érosion (ou les aliens, les experts s'interrogent encore). On a poursuivi notre chemin vers l'ouest, et passé au travers de charmantes communautés agricoles n'ayant semble t-il pas bougé depuis 1900 : une grande rue principale appelée « Main Street », une église en bois, une banque toute carrée avec écrit « BANK », comme dans Lucky Luke, et des petites maisons devant lesquelles les familles jouent au frisbee avec le chien. A Bryce Canyon, on a observé le lever d'une soleil sur les hoodos en compagnie d'un autocar de nonnes, mais on s'est abstenu de les rejoindre pour la prière. On a vu des écureuils, des cerfs, des corbeaux, et encore un orage.
Et puis... Je me suis fait arrêter pour excès de vitesse au beau milieu de l'Arizona. Cela faisait une bonne demi-heure que je me tirais la bourre avec une famille immatriculée au Texas, et ces enfoirés ont du bien rigoler quand c'est finalement moi qui suis tombé dans les mailles du filet de la « Highway Patrol ». Le flic m'a expliqué cordialement mais fermement que 150 kilomètres à l'heures sur une route limitée à 120 faisait de moi un criminel passible de prison. La taule, cela aurait pu être amusant, et par « amusant », j'entends bien sur « absolument pas amusant du tout ». Je m'en suis tiré avec un banal PV et la mise en garde inconditionnelle de régler la note avant mon départ des USA, « sinon vous seriez immédiatement placé en détention par les officiers d'immigration de l'aéroport ». Un bluff éhonté, bien sur, la lenteur administrative de la procédure – ces choses-là se règlent par courrier – faisant que mon dossier ne serait pas traité avant plusieurs mois. Mais, sait-on jamais, je pourrais un jour retourner en Arizona. Alors j'ai payé sans broncher les 265 dollars qui m'étaient demandés (les gains au Pai Gow de la veille tombant à point nommé) remplissant le formulaire avec mon numéro de carte de crédit, cochant la case « je plaide coupable et renonce à mon droit de garder le silence, engager un avocat, etc, etc ». Oui, j'aurais pu aussi contester l'infraction, mais à quoi bon ? Coupable j'étais. Criminel aussi, si l'on en croit la Loi et l'Ordre Américains. C'était le premier PV que je me prenais de toute ma vie. Même une amende pour stationnement, je n'y avais jamais eu droit. « C'est moi qui conduit, c'est moi qui paie », ais-je dit à Harper tandis que nous reprenions la route, le limiteur de vitesse fermement bloqué sur 75. « C'était marrant », dit-il. « Se faire arrêter par un flic ricain typique... Le genre de truc qu'il faut faire au moins une fois dans sa vie. » Mouais, mais une seule fois, alors.
48 heures avant le décollage de l'avion d'Harper, nous bouclions une boucle de 1,500 miles en entrant dans le Nevada par la porte est. La nuit commençait à tomber, et nous n'étions qu'à une heure et demie de Las Vegas. Mais avions-nous vraiment envie d'y retourner pour deux soirs supplémentaires ? Non, il y avait bien mieux à faire... Comme s'arrêter pour la nuit à l'un de ces petits casinos de seconde zone disséminés juste après la frontière. Pour sur que cela allait être une expérience décalée. C'est ainsi qu'on a coupé le moteur à Mesquite. Cinq casinos pour 15,000 habitants, un ratio disproportionné expliqué par la présence voisine de l'Utah et de l'Arizona : c'est là que se rendent tous les accros des machines à sous à la recherche d'un fix rapide. Ça ressemble à Vegas, ça à le goût de Vegas, ça à l'odeur de Vegas, mais ce n'est définitivement pas Vegas. Dès notre entrée, le tableau était fixé : une famille de vieux est descendue de sa voiture, le patriarche tirant son container à oxygène derrière lui. Il a confié ses bagages au voiturier, et s'est directement dirigé vers les machines à sous sans même prendre la temps de récupérer les clés de sa chambre. On était bien au royaume des accros, des purs et durs. Pas de show extravagant au programme, pas de fontaines, de pyramides, de canaux vénitiens. Pas de grands chefs venus du monde entier pour épater les papilles gustatives. Pas de discothèque ouverte jusqu'à pas d'heure. Juste des machines à sous, une dizaines de tables, et une cantine ouverte 24 heures sur 24. On a pris une chambre pour la nuit à un tarif ridicule, enfilé notre plus belle chemise, et avons entamé une longue soirée de jeu. Après une semaine sans toucher une carte ni un jeton, l'estomac nous démangeait. Pas de salle de poker dans les murs de « Casablanca », notre établissement d'un soir... Mais cela ne posait aucun problème. On était là pour jouer, et vite : pas question de jeter des 7-3 et des Dame-2 pendant trois heures pour pauvre un profit de douze dollars. Non, il nous fallait terminer ce séjour en beauté, ou au fond du trou. Pas d'alternative possible entre les deux. On s'est installé à la table de roulette. J'ai posé deux billets de cent sur la table, et immédiatement commencé à consteller le tapis de mes mises, avec en ligne de mire le 16, 26, 29 et 31, respectivement la date de naissance de Papa, Maman, le frangin, et moi. Derrière nous, un groupe s'est mis à massacrer du classic-rock sur la scène du bar central, offrant des reproductions bancales de Lynyrd Skynyrd, Pink Floyd et les Eagles. J'ai commandé des cocktails en flux tendu, offrant à la serveuse un jeton rouge tout en lui demandant de revenir aussi vite que possible. Chose qui fut faite, elle n'avait probablement pas vu un jeton de cinq dollars depuis la dernière récession. J'ai gagné, gagné.... et encore gagné. Le 29 et le 31 sont tombés deux fois chacun, et mes piles n'ont cessé de grossir. Je n'en revenais pas : la chance me souriait à nouveau, après deux mois pourris à Las Vegas. On a bouffé aux frais du casino, et l'on s'est rassis, en black-jack cette fois. Là encore, même topo, impossible de perdre, malgré ce camionneur en marcel qui ressemblait à un Eskimo Clark bronzé et n'arrêtait pas de nous corriger à chaque décision. Un expert à n'en point douter, mais son tas de jetons de 25 dollars en restait en même point, tandis qu'Harper et moi n'arrivions pas à perdre une seule mise. Un 17 contre une buche ? Pas de problème, le croupier retournait promptement un 6 et un 7 pour sauter. Un 16 contre un 8 ? Pas de problème, un 5 vient régler l'affaire. Et ainsi de suite... En une soirée, toutes mes pertes de l'été étaient effacées.
J'ai du donner cinquante dollars de pourboire à la serveuse en trois heures. C'est probablement une bonne chose que ce trou pourri de Mesquite n'offre aucun divertissement « adulte » (ni aucun divertissement d'aucune sorte après 22 heures, en fait), car vu notre état d'ébriété, on aurait probablement eu du mal à résister. A place, on est allés se coucher. A l'aube, on reprenait la route. Atteindre Vegas ne fut qu'une formalité. Après une dernière tentative de shopping, une visite à l'hôpital pour prendre des nouvelles de Dan (oui, il est tombé malade entre temps), un passage en cambrioleur chez le même Dan pour récupérer les bagages (il m'avait expliqué comment rentrer par effraction par la porte de derrière), un plein d'essence, et une dernier détour par l'agence de location pour rendre la voiture, on débarquait au Venetian pour terminer Vegas en beauté. Il y avait 500 personnes devant nous dans la file d'attente, ça nous a couté une tonne, et ça ne valait pas le coup, ils nous ont filé une chambre pourrie dans la « Venezia Tower », située à quelques milliers de kilomètres du casino. J'ai laissé Harper vaquer à ses occupations, et me suis rendu au Caesar's Palace où j'ai retrouvé ma confrère Jess de Bluff Magazine. Pas question de rater le show de Jerry Seinfeld, qui ne fait plus que de rares apparitions sur scène. On s'est tordu de rire pendant une heure et demie, on a bu des coups ensuite, puis j'ai rejoint le Venetian où un Harper éméché m'a raconté sa soirée. On s'est posé dans le bar central, histoire d'observer les cohortes de fétardes sortant en titubant du Tao, la boite de nuit du casino. Il y avait aussi pas mal de prostituées, et TJ, un activiste politique de San Diego en ville pour une convention. Il était sérieusement bourré et ses multiples tentatives de brancher les filles du samedi soir ont lamentablement échoué.
On s'est couché bien trop tard, et quand on a finalement émergé de notre coma, il était temps de décamper, avec un check-out imposé à midi. Le vol d'Harper ne décollait qu'à vingt heures. Il nous restait une après-midi entière à jouer. On a confié nos bagages au portier, et enchaîné le Harrah's, l'Imperial Palace et le Flamingo en succession. Vegas avait décidément envie de me sourire, car je n'ai pas réussi à perdre un centime au Black Jack et au Pai Gow.
A l'aéroport, j'ai laissé Harper au terminal international. Son premier séjour à Vegas était terminé. Après un détour par Londres pour choper sa connexion, il allait enfin retrouver la maison. Son visage portait les marques habituelles du combattant ayant passé trop de temps dans les tranchées de la Ville du Vice. « J'ai perdu vingt ans d'espérance de vie en deux mois, mais cela valait la peine », commenta t-il. Pour sur qu'il avait brulé la chandelle par les deux bouts, avec une moyenne de quinze heures par jour dans l'Amazon Room, suivi de nuits entières dans les différents clubs du Strip.
Moi, je me suis rendu au terminal des vols intérieurs... Je n'en avais pas terminé avec les USA. Direction Los Angeles : un saut de puce de 45 minutes à travers le désert. J'ai bénéficié d'une upgrade en première place, Rangée 1, Siège A, une position confortable qui, hélas, ne garantit pas l'absence de bébés hurleurs remplissant leur couche à mi-vol.
Les vacances étaient terminées, et j'avais besoin de vacances pour m'en remettre. Je me suis enterré dans l'appartement de Pauly et Change100, aux confins de Beverly Hills, et je n'ai que très peu mis les pieds dehors durant les dix jours qui allaient suivre. Avec une moyenne de douze heures de sommeil par nuit, je rattrapais le retard accumulé durant les WSOP. Je me suis remis doucement au travail sur le bouquin de Pauly. On a visité ses restaurants favoris, on a regardé les nouvelles saisons de Mad Men et Entourage en prime-time. Quelques amis sont venus nous rendre visite. Et c'est à peu près tout. De toute façon, il n'y a pas grand chose à faire à Los Angeles, contrairement à la croyance générale. C'est une ville chiante comme la pluie pour qui ne goute pas la vie nocturne des pseudo-célébrités décérébrées et les attractions touristiques moisies comme Hollywood Boulevard, Disneyland ou le panneau « Hollywood ».
Et après un dernier road-trip de six heures à travers l'autoroute 5, me voilà aujourd'hui à Berkeley, au nord de la Californie. C'est l'une des plus grosses villes étudiantes des États-Unis. Phish va donner trois concerts de suite à l'amphithéâtre Greek, au beau milieu du campus. Les hippies sont partout en ville, mais je ne sais pas si c'est lié à l'arrivée du groupe ou non. Ce sera mon huitième, neuvième et dixième concert de Phish en un an. Parfait pour conclure trois mois aux États-Unis. Retour en Europe le 9 janvier. Je me rendrai immédiatement à Tallinn, Estonie, pour disputer la première étape European Poker Tour de la saison. Disputer ? Ça à l'air d'une blague, je sais, mais non.
Oui, j'ai enfin réussi à m'échapper du Rio... Et ce n'est que quatre jours plus tard que j'ai retrouvé une connexion Internet. Mon traditionnel road-trip post-WSOP est déjà bien entamé. Avec Harper, on a conduit plus de mille bornes à travers l'Arizona et l'Utah, depuis le barrage Hoover jusqu'à Monument Valley, en passant par le Grand Canyon. Là, il est deux heures du matin, je vous écris depuis la petite ville de Moab, au nord de l'Utah. Demain, on va visiter le parc national d'Arches, avant de faire la longue route jusque le canyon Bryce et le parc de Zion, puis revenir à Las Vegas pour une toute dernière nuit. C'est comme ça que je me repose après sept semaines à regarder des types jouer aux cartes... En prenant la route à toute vitesse à travers le désert américain, fonçant à travers de longues étendues de vide infini, m'arrêtant juste le temps d'observer quelques unes des merveilles naturelles du monde.
Une fuite en avant, un changement radical de décor, une bouffée d'air frais qui m'a permis de purger d'un claquement de doigts les World Series of Poker, le Rio, l'Amazon Room, la Pavillion Room, les tables de Pai-Gow, le Devil, les Double Double avec supplément d'oignons, l'air conditionné dedans, la chaleur à quarante-cinq degrés dehors, le Spearmint Rhino, l'autouroute 215, le Wal Mart, les boîtes de nuit remplies de débiles de LA, les caméras d'ESPN, les paris de Tom Dwan, les sachets de Beef Jerky, le perpétuel défilé des putes, les chip-counts du soir au matin, les vuvuzuelas, le sports book du Red Rock Casino, la déroute de l'équipe de France, les flacons « Five Hour Energy », le pétrole dans le Golfe du Mexique, le Hooker Bar, les croupiers qui crient « all-in and a call » toutes les quinze secondes, les joueurs pros qui pleurent sur leur malchance, les huit bracelets de Phil Ivey, mon ex, les tables de cash-game à 1$/2$ No Limit, les masseuses qui font du porno, PokerNews, Phil Hellmuth débarquant déguisé en catcheur au Main Event, les agents tournant autour des tables comme des vampires, vlouuuuuuf, tout ça c'est envolé, déjà bien loin.
Après onze séjours à Las Vegas en six ans, je suis désormais immunisé contre sa noirceur intrinsèque. Cette villea cessé de me déprimer. A la place, un sentiment de résignation s'est installé : j'essaie d'en apprécier les rares bons côtés, et ne me laisse plus affecter par les mauvais. Cette année, j'ai eu plein de raisons de péter un câble tous les jours, mais cela avait surtout avoir avec moi, et mes limitations en tant que journaliste devant la tâche à accomplir aux WSOP. Rien qui ne sorte de l'ordinaire : de Monte Carlo à Prague, de Dublin à San Remo, le doute m'habite. Par contre, le démon qui habite Vegas pourra toujours essayer, il n'aura pas raison de moi.
Le dernier jour des WSOP, le Main Event s'est terminé tard, beaucoup trop tard. Il a fallu six heures pour éliminer le dernier joueur, laps de temps durant lequel je fus l'un des derniers médias à quitter l'Amazon Room. Vers huit d'heures du matin, des ouvriers ont débarqué pour terminer le travail de nettoyage entamé depuis déjà quelques jours. Ils se sont directement attaqués au banc de presse sur lequel j'étais encore assis, démontant à toute vitesse la structure métallique avec leurs perceuses électriques sans prêter le moins du monde attention à moi. J'étais en train de me demander si le tas de planches n'allait pas s'écrouler d'un moment à un autre sous mes pieds tout en tapant frénétiquement les dernières lignes de mon dernier article quand deux d'entre eux se sont postés de part et d'autre de ma chaise et ont carrément soulevé la table sur laquelle mon ordinateur était posé sans crier gare ni s'excuser. Je sais pas, je devais être invisible. Il m'a fallu un immense effort de retenue pour ne pas décrocher une patate à ces mal-appris après 18 heures de taf' consécutives qui m'avaient laissé sur le carreau (ça, et aussi le fait qu'ils étaient plutôt baraqués). J'ai appris plus tard qu'après les WSOP, une nouvelle convention débutait immédiatement le jour suivant dans l'Amazon Room, et les hommes du Rio n'avaient plus que quelques heures pour tout mettre en place. Le thème de la convention ? Les accessoires pour... toilettes. Parfait, en somme : après sept semaines la tête dans la cuvette, on pouvait enfin tirer la chasse. Vlouuuuuuuf.
Vous avez surement déjà pris connaissance des neuf joueurs qui reviendront à Vegas en novembre pour disputer la table finale des championnats du monde... Un casting un peu décevant, forcément : point de stars, mis à part Michael Mizrachi, qui s'est maintenu avec un tapis relativement modeste. A la place, des inconnus ou semi-inconnus, mais de bons joueurs tout de même. Personne ne me semble être là par hasard, pas même l'italien fou Filippo Candio, auteur de l'un des deux bad-beats les plus mémorables des phases finales, sur lequel je me suis interdit d'avoir la dent trop dure, d'abord parce qu'il est notre dernier européen en course, et parce qu'il serait un peu gonflé de le juger sur un seul coup. Attendons la retransmission du Main Event sur ESPN, qui s'étalera sur les prochains mois. Le chip-leader est québécois, il s'appelle Jonathan Duhamel, il a une tonne de jetons, et pourrait bien devenir le premier champion du monde francophone. Il y a aussi quatre pros américains (dont l'excellent John Racener), un amateur (Soi Nguyen) et Matthew Jarvis, un mystérieux canadien sur lequel je ne sais rien encore.
A ce stade, j'ignore encore si je serai à Vegas en novembre pour assister à la table finale. Aucun risque qu'elle soit aussi excitante que celle de l'édition 2009, mais cela me chagrinerait tout de même de la manquer. Mais pour l'instant, on s'en fout. Je reste encore trois semaines en Amérique, j'ai quelques parcs nationaux supplémentaires qui m'attendent, un bouquin à traduire, trois concerts de Phish à San Francisco, et, déjà, la reprise de la saison européenne.
Oui, j'ai enfin réussi à m'échapper du Rio... Et ce n'est que quatre jours plus tard que j'ai retrouvé une connexion Internet. Mon traditionnel road-trip post-WSOP est déjà bien entamé. Avec Harper, on a conduit plus de mille bornes à travers l'Arizona et l'Utah, depuis le barrage Hoover jusqu'à Monument Valley, en passant par le Grand Canyon. Là, il est deux heures du matin, je vous écris depuis la petite ville de Moab, au nord de l'Utah. Demain, on va visiter le parc national d'Arches, avant de faire la longue route jusque le canyon Bryce et le parc de Zion, puis revenir à Las Vegas pour une toute dernière nuit. C'est comme ça que je me repose après sept semaines à regarder des types jouer aux cartes... En prenant la route à toute vitesse à travers le désert américain, fonçant à travers de longues étendues de vide infini, m'arrêtant juste le temps d'observer quelques unes des merveilles naturelles du monde.
Une fuite en avant, un changement radical de décor, une bouffée d'air frais qui m'a permis de purger d'un claquement de doigts les World Series of Poker, le Rio, l'Amazon Room, la Pavillion Room, les tables de Pai-Gow, le Devil, les Double Double avec supplément d'oignons, l'air conditionné dedans, la chaleur à quarante-cinq degrés dehors, le Spearmint Rhino, l'autouroute 215, le Wal Mart, les boîtes de nuit remplies de débiles de LA, les caméras d'ESPN, les paris de Tom Dwan, les sachets de Beef Jerky, le perpétuel défilé des putes, les chip-counts du soir au matin, les vuvuzuelas, le sports book du Red Rock Casino, la déroute de l'équipe de France, les flacons « Five Hour Energy », le pétrole dans le Golfe du Mexique, le Hooker Bar, les croupiers qui crient « all-in and a call » toutes les quinze secondes, les joueurs pros qui pleurent sur leur malchance, les huit bracelets de Phil Ivey, mon ex, les tables de cash-game à 1$/2$ No Limit, les masseuses qui font du porno, PokerNews, Phil Hellmuth débarquant déguisé en catcheur au Main Event, les agents tournant autour des tables comme des vampires, vlouuuuuuf, tout ça c'est envolé, déjà bien loin.
Après onze séjours à Las Vegas en six ans, je suis désormais immunisé contre sa noirceur intrinsèque. Cette villea cessé de me déprimer. A la place, un sentiment de résignation s'est installé : j'essaie d'en apprécier les rares bons côtés, et ne me laisse plus affecter par les mauvais. Cette année, j'ai eu plein de raisons de péter un câble tous les jours, mais cela avait surtout avoir avec moi, et mes limitations en tant que journaliste devant la tâche à accomplir aux WSOP. Rien qui ne sorte de l'ordinaire : de Monte Carlo à Prague, de Dublin à San Remo, le doute m'habite. Par contre, le démon qui habite Vegas pourra toujours essayer, il n'aura pas raison de moi.
Le dernier jour des WSOP, le Main Event s'est terminé tard, beaucoup trop tard. Il a fallu six heures pour éliminer le dernier joueur, laps de temps durant lequel je fus l'un des derniers médias à quitter l'Amazon Room. Vers huit d'heures du matin, des ouvriers ont débarqué pour terminer le travail de nettoyage entamé depuis déjà quelques jours. Ils se sont directement attaqués au banc de presse sur lequel j'étais encore assis, démontant à toute vitesse la structure métallique avec leurs perceuses électriques sans prêter le moins du monde attention à moi. J'étais en train de me demander si le tas de planches n'allait pas s'écrouler d'un moment à un autre sous mes pieds tout en tapant frénétiquement les dernières lignes de mon dernier article quand deux d'entre eux se sont postés de part et d'autre de ma chaise et ont carrément soulevé la table sur laquelle mon ordinateur était posé sans crier gare ni s'excuser. Je sais pas, je devais être invisible. Il m'a fallu un immense effort de retenue pour ne pas décrocher une patate à ces mal-appris après 18 heures de taf' consécutives qui m'avaient laissé sur le carreau (ça, et aussi le fait qu'ils étaient plutôt baraqués). J'ai appris plus tard qu'après les WSOP, une nouvelle convention débutait immédiatement le jour suivant dans l'Amazon Room, et les hommes du Rio n'avaient plus que quelques heures pour tout mettre en place. Le thème de la convention ? Les accessoires pour... toilettes. Parfait, en somme : après sept semaines la tête dans la cuvette, on pouvait enfin tirer la chasse. Vlouuuuuuuf.
Vous avez surement déjà pris connaissance des neuf joueurs qui reviendront à Vegas en novembre pour disputer la table finale des championnats du monde... Un casting un peu décevant, forcément : point de stars, mis à part Michael Mizrachi, qui s'est maintenu avec un tapis relativement modeste. A la place, des inconnus ou semi-inconnus, mais de bons joueurs tout de même. Personne ne me semble être là par hasard, pas même l'italien fou Filippo Candio, auteur de l'un des deux bad-beats les plus mémorables des phases finales, sur lequel je me suis interdit d'avoir la dent trop dure, d'abord parce qu'il est notre dernier européen en course, et parce qu'il serait un peu gonflé de le juger sur un seul coup. Attendons la retransmission du Main Event sur ESPN, qui s'étalera sur les prochains mois. Le chip-leader est québécois, il s'appelle Jonathan Duhamel, il a une tonne de jetons, et pourrait bien devenir le premier champion du monde francophone. Il y a aussi quatre pros américains (dont l'excellent John Racener), un amateur (Soi Nguyen) et Matthew Jarvis, un mystérieux canadien sur lequel je ne sais rien encore.
A ce stade, j'ignore encore si je serai à Vegas en novembre pour assister à la table finale. Aucun risque qu'elle soit aussi excitante que celle de l'édition 2009, mais cela me chagrinerait tout de même de la manquer. Mais pour l'instant, on s'en fout. Je reste encore trois semaines en Amérique, j'ai quelques parcs nationaux supplémentaires qui m'attendent, un bouquin à traduire, trois concerts de Phish à San Francisco, et, déjà, la reprise de la saison européenne.
Amazon Room, 21 heures 04. Plus que 15 joueurs dans le Main Event. Seulement deux table encore actives, sur les centaines qui étaient en place il y a deux semaines. La finale semble proche, et donc la conclusion de mon été à Las Vegas. L'action est assez folle. Avant le dîner, un joueur nommé Filipo Candio a joué un pot de 200 blindes, payant l'intégralité de son tapis avec un 7 et un 5 sur un flop 6-6-5. Son adversaire a retourné une paire d'As largement favorite. Le tournant : un 8. La rivière : un 4. Quinte pour l'italien cinglé, qui s'empare du chip-lead après ce coup de chance extraordinaire. Chaque année, le Main Event nous offre des moments de ce genre, des pétages de plomb, des coups dignes d'un freeroll en ligne, et c'est aussi pour cela que j'aime tant ce tournoi. On voit des pros aguerris craquer sous la pression, des amateurs vivre un contes de fées. On voit des short-stacks revenir de nulle part pour se propulser en tête du classement. On voit des chip-leaders se faire démolir en deux temps trois mouvements. Rien n'est joué à l'avance, nous rappelant que le poker, c'est un peu de talent, et beaucoup de hasard. C'est un jeu cruel, ingrat, dépourvu de justice, où parfois la chance nous sourit. Un peu comme la vie.
La partie avait repris depuis dix minutes après le dîner quand soudain, des dizaines de personnes ont fait irruption dans l'Amazon Room, courant en direction des gradins disposés autour des tables. Un spectacle saisissant. L'espace d'une seconde, j'ai eu un flashback de l'EPT de Berlin, avant de me rendre compte qu'il s'agissait juste du public que l'on venait de laisser entrer dans la salle. Des touristes, des fans, des curieux, ceux qui ne font pas partie de la famille et des amis des joueurs, qui eux peuvent rentrer dans la salle dès la reprise du tournoi. Les autres sont obligés d'attendre patiemment dehors en attendant qu'on leur ouvre la porte, avant de se précipiter pour tenter de décrocher l'une des dernières places encore libres sur les gradins.
C'est un peu le bordel autour des tables, d'ailleurs. Certains spectateurs sont hors de contrôle. Tout à l'heure, j'ai vu un des producteurs d'ESPN engueuler le responsable de la sécurité : « Fais ton boulot, bordel ! » On a failli avoir de la casse lors du passage aux deux dernières tables : les podiums étaient envahis par les spectateurs venus féliciter les joueurs. Avec plusieurs millions de dollars d'équipement télévisuel disposé autour de chaque table, on peut comprendre que les producteurs deviennent nerveux. Forcément, regarder du poker en direct, à trois mètres de la table, c'est un poil emmerdant. Alors on commence à boire, à chanter, à gueuler pour passer le temps. Le clan Mizrachi est particulièrement doué à ce jeu. Pas qu'ils abusent de la bouteille, non : chez eux, l'hystérie est naturelle. Ils sont une bonne douzaine à s'époumoner dès que leur héros Michael remporte un pot. J'aime bien les Mizrachi, leur côté « esprit de clan, on est soudés », mais j'ai une réaction épidermique devant les sections de supporters trop dévouées : je me mets instantanément à tenir contre le joueur qu'ils soutiennent.
*****
Le Main Event est en train de se terminer, du moins pour l'été, avant la table finale en novembre, et j'ai un mal fou à m'intéresser aux demi-finales. Mais en y repensant, les demi-finales ne me passionnent jamais vraiment. Je ne les ai jamais vraiment couvertes ces cinq dernières années, l'exception étant 2009, avec la présence autour des trois dernières tables de Ludovic Lacay, Antoine Saout, François Balmigère et Phil Ivey. J'avais couru dans tous les sens pendant une douzaine d'heures, et conclu cinquante journées de travail presque consécutives avec le sentiment du devoir accompli, content d'avoir assisté à une journée mémorable. Ce soir, je me sens un peu plus détaché de tout ce bordel. Les déceptions ont été nombreuses ces deux derniers jours. La plupart des joueurs que j'avais sélectionnés pour ma table finale de rêve sont partis. Les français ? Il n'y en a plus aucun. Mon idole David Benyamine ? Envolé. Les scandinaves, Johnny Lodden, William Thorson, Theo Jorgensen ? Évaporés. Alexander Kostritsyn, Phil Galfon, Gualter Salles, le miraculé remonté avec un seul jeton ? Disparus.
C'est mon cinquième Main Event et chaque nouvelle expérience fut différente de la précédente. En 2006, j'avais les yeux brillants d'un gamin le soir de Noël devant le spectacle offert par la table finale dominée de bout en bout par Jamie Gold. Je n'avais vraiment fait attention à la partie que pendant la première et la dernière heures (les moments les plus importants d'une finale, quand on y pense), mais cela avait suffi à mon bonheur. L'année suivante, c'est émus que nous avions écouté Jerry Yang raconter l'histoire de sa vie au micro de Norman Chad, le commentateur d'ESPN : l'enfance meurtrie par le régime communiste du Laos, la fuite, les arrestations, les camps de prisonniers, puis l'échappée miraculeuse vers les Etats-Unis. Pour Yang, le rêve américain fut une réalité qui a déterminé sa vie entière, et qu'est-ce que sont les championnats du monde, sinon une version moderne du rêve américain ? En 2008, Harrah's a pris la décision controversée de décaler la table finale de trois mois, et je ne suis pas retourné à Vegas en novembre pour assister à la victoire de Peter Eastgate. En fait, j'avais décroché bien avant : les performances françaises avaient été désastreuses, avec zéro tricolores dans le Top 100. Puis il y a eu 2009. L'année magique, où le suspense est resté haletant jusqu'à la dernière minute : mon pote Ludovic Lacay en demi-finales, extraterrestre Phil Ivey, un Antoine Saout transcendé victime d'une malchance extraordinaire sur la dernière marche... Je n'oublierai jamais ces moments.
Et 2010, alors ? Pas un si mauvais cru. Les choses auraient pu mieux tourner, mais au final, j'ai pris grand plaisir à suivre l'épreuve dans son ensemble. Le Main Event dégage une atmosphère magique qu'on ne retrouve dans aucun autre tournoi, surtout lors de la deuxième semaine, quand les introductions sont terminées. J'adore ces gros pots joués devant les caméras, ces joueurs qui exultent, ces bad-beats improbables, les retournements de situation. J'aime observer d'un oeil pervers le bal sordide des agents tournant autour des dernières tables à la recherche d'un joueur n'ayant pas encore signé de contrat avec une salle de poker, ces vampires obsédés par leur commission. J'aime l'enthousiasme du public, de plus en plus nombreux à mesure que le nombre de joueurs décroit.
Avec Harper, j'estime qu'on ne s'en est pas trop mal tirés, côté boulot. Ce n'est que cette semaine que je me suis réellement rendu compte de ce qu'il peut apporter au reportage. Bon, je le savais déjà, mais sur un tournoi tel que le Main Event, sa présence est cruciale. Je ne me vois pas un jour recommencer à couvrir cette épreuve en solo. L'année dernière, j'avais galéré pour faire tenir le reportage debout durant les derniers jours : il y avait trop de choses à raconter, et pas assez de temps pour mener à bien la tâche. Là, à deux, on a pu développer les grosses histoires (les français, les têtes de série), tout en ayant encore le temps de rédiger des brèves sur toutes les petites choses qu'il se passait autour, et qui sont importantes aussi pour saisir le tournoi dans son ensemble.
Je pense que nous terminons ces 51 jours de reportages (presque) consécutifs sur une bonne note, et c'est important. Au final, c'est ce que les gens retiennent d'une histoire, je crois : l'introduction, et la conclusion. On a pas toujours été parfaits concernant tout ce qu'il s'est passé au milieu, mais on s'est donnés du mal. Je ne pense pas pouvoir trouver plus de cinq personnes ayant passé plus de temps que nous au Rio parmi les centaines de journalistes accrédités pour couvrir les WSOP. Ceci dit, il faudra que j'analyse tout le travail accompli à tête reposée durant les semaines qui arrivent. Je ne suis pas sur d'avoir envie de recommencer la même chose une sixième fois l'année prochaine : les longues nuits dans l'Amazon Room, le manque de sommeil, l'inspiration qui se tarit peu à peu, les nerfs qui lâchent, l'ennui qui s'installe. Humainement, c'est une expérience que je ne recommande à personne, mais que je recommence chaque fois de manière bornée et monomaniaque. Il est sans doute templs que cela change. Qui sait, peut-être qu'en 2010 je me contenterai de seulement couvrir es deux semaines du Main Event en 2010, pas l'intégralité des sept semaines du festival. Je ne sais pas.
Amazon Room, 21 heures 04. Plus que 15 joueurs dans le Main Event. Seulement deux table encore actives, sur les centaines qui étaient en place il y a deux semaines. La finale semble proche, et donc la conclusion de mon été à Las Vegas. L'action est assez folle. Avant le dîner, un joueur nommé Filipo Candio a joué un pot de 200 blindes, payant l'intégralité de son tapis avec un 7 et un 5 sur un flop 6-6-5. Son adversaire a retourné une paire d'As largement favorite. Le tournant : un 8. La rivière : un 4. Quinte pour l'italien cinglé, qui s'empare du chip-lead après ce coup de chance extraordinaire. Chaque année, le Main Event nous offre des moments de ce genre, des pétages de plomb, des coups dignes d'un freeroll en ligne, et c'est aussi pour cela que j'aime tant ce tournoi. On voit des pros aguerris craquer sous la pression, des amateurs vivre un contes de fées. On voit des short-stacks revenir de nulle part pour se propulser en tête du classement. On voit des chip-leaders se faire démolir en deux temps trois mouvements. Rien n'est joué à l'avance, nous rappelant que le poker, c'est un peu de talent, et beaucoup de hasard. C'est un jeu cruel, ingrat, dépourvu de justice, où parfois la chance nous sourit. Un peu comme la vie.
La partie avait repris depuis dix minutes après le dîner quand soudain, des dizaines de personnes ont fait irruption dans l'Amazon Room, courant en direction des gradins disposés autour des tables. Un spectacle saisissant. L'espace d'une seconde, j'ai eu un flashback de l'EPT de Berlin, avant de me rendre compte qu'il s'agissait juste du public que l'on venait de laisser entrer dans la salle. Des touristes, des fans, des curieux, ceux qui ne font pas partie de la famille et des amis des joueurs, qui eux peuvent rentrer dans la salle dès la reprise du tournoi. Les autres sont obligés d'attendre patiemment dehors en attendant qu'on leur ouvre la porte, avant de se précipiter pour tenter de décrocher l'une des dernières places encore libres sur les gradins.
C'est un peu le bordel autour des tables, d'ailleurs. Certains spectateurs sont hors de contrôle. Tout à l'heure, j'ai vu un des producteurs d'ESPN engueuler le responsable de la sécurité : « Fais ton boulot, bordel ! » On a failli avoir de la casse lors du passage aux deux dernières tables : les podiums étaient envahis par les spectateurs venus féliciter les joueurs. Avec plusieurs millions de dollars d'équipement télévisuel disposé autour de chaque table, on peut comprendre que les producteurs deviennent nerveux. Forcément, regarder du poker en direct, à trois mètres de la table, c'est un poil emmerdant. Alors on commence à boire, à chanter, à gueuler pour passer le temps. Le clan Mizrachi est particulièrement doué à ce jeu. Pas qu'ils abusent de la bouteille, non : chez eux, l'hystérie est naturelle. Ils sont une bonne douzaine à s'époumoner dès que leur héros Michael remporte un pot. J'aime bien les Mizrachi, leur côté « esprit de clan, on est soudés », mais j'ai une réaction épidermique devant les sections de supporters trop dévouées : je me mets instantanément à tenir contre le joueur qu'ils soutiennent.
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Le Main Event est en train de se terminer, du moins pour l'été, avant la table finale en novembre, et j'ai un mal fou à m'intéresser aux demi-finales. Mais en y repensant, les demi-finales ne me passionnent jamais vraiment. Je ne les ai jamais vraiment couvertes ces cinq dernières années, l'exception étant 2009, avec la présence autour des trois dernières tables de Ludovic Lacay, Antoine Saout, François Balmigère et Phil Ivey. J'avais couru dans tous les sens pendant une douzaine d'heures, et conclu cinquante journées de travail presque consécutives avec le sentiment du devoir accompli, content d'avoir assisté à une journée mémorable. Ce soir, je me sens un peu plus détaché de tout ce bordel. Les déceptions ont été nombreuses ces deux derniers jours. La plupart des joueurs que j'avais sélectionnés pour ma table finale de rêve sont partis. Les français ? Il n'y en a plus aucun. Mon idole David Benyamine ? Envolé. Les scandinaves, Johnny Lodden, William Thorson, Theo Jorgensen ? Évaporés. Alexander Kostritsyn, Phil Galfon, Gualter Salles, le miraculé remonté avec un seul jeton ? Disparus.
C'est mon cinquième Main Event et chaque nouvelle expérience fut différente de la précédente. En 2006, j'avais les yeux brillants d'un gamin le soir de Noël devant le spectacle offert par la table finale dominée de bout en bout par Jamie Gold. Je n'avais vraiment fait attention à la partie que pendant la première et la dernière heures (les moments les plus importants d'une finale, quand on y pense), mais cela avait suffi à mon bonheur. L'année suivante, c'est émus que nous avions écouté Jerry Yang raconter l'histoire de sa vie au micro de Norman Chad, le commentateur d'ESPN : l'enfance meurtrie par le régime communiste du Laos, la fuite, les arrestations, les camps de prisonniers, puis l'échappée miraculeuse vers les Etats-Unis. Pour Yang, le rêve américain fut une réalité qui a déterminé sa vie entière, et qu'est-ce que sont les championnats du monde, sinon une version moderne du rêve américain ? En 2008, Harrah's a pris la décision controversée de décaler la table finale de trois mois, et je ne suis pas retourné à Vegas en novembre pour assister à la victoire de Peter Eastgate. En fait, j'avais décroché bien avant : les performances françaises avaient été désastreuses, avec zéro tricolores dans le Top 100. Puis il y a eu 2009. L'année magique, où le suspense est resté haletant jusqu'à la dernière minute : mon pote Ludovic Lacay en demi-finales, extraterrestre Phil Ivey, un Antoine Saout transcendé victime d'une malchance extraordinaire sur la dernière marche... Je n'oublierai jamais ces moments.
Et 2010, alors ? Pas un si mauvais cru. Les choses auraient pu mieux tourner, mais au final, j'ai pris grand plaisir à suivre l'épreuve dans son ensemble. Le Main Event dégage une atmosphère magique qu'on ne retrouve dans aucun autre tournoi, surtout lors de la deuxième semaine, quand les introductions sont terminées. J'adore ces gros pots joués devant les caméras, ces joueurs qui exultent, ces bad-beats improbables, les retournements de situation. J'aime observer d'un oeil pervers le bal sordide des agents tournant autour des dernières tables à la recherche d'un joueur n'ayant pas encore signé de contrat avec une salle de poker, ces vampires obsédés par leur commission. J'aime l'enthousiasme du public, de plus en plus nombreux à mesure que le nombre de joueurs décroit.
Avec Harper, j'estime qu'on ne s'en est pas trop mal tirés, côté boulot. Ce n'est que cette semaine que je me suis réellement rendu compte de ce qu'il peut apporter au reportage. Bon, je le savais déjà, mais sur un tournoi tel que le Main Event, sa présence est cruciale. Je ne me vois pas un jour recommencer à couvrir cette épreuve en solo. L'année dernière, j'avais galéré pour faire tenir le reportage debout durant les derniers jours : il y avait trop de choses à raconter, et pas assez de temps pour mener à bien la tâche. Là, à deux, on a pu développer les grosses histoires (les français, les têtes de série), tout en ayant encore le temps de rédiger des brèves sur toutes les petites choses qu'il se passait autour, et qui sont importantes aussi pour saisir le tournoi dans son ensemble.
Je pense que nous terminons ces 51 jours de reportages (presque) consécutifs sur une bonne note, et c'est important. Au final, c'est ce que les gens retiennent d'une histoire, je crois : l'introduction, et la conclusion. On a pas toujours été parfaits concernant tout ce qu'il s'est passé au milieu, mais on s'est donnés du mal. Je ne pense pas pouvoir trouver plus de cinq personnes ayant passé plus de temps que nous au Rio parmi les centaines de journalistes accrédités pour couvrir les WSOP. Ceci dit, il faudra que j'analyse tout le travail accompli à tête reposée durant les semaines qui arrivent. Je ne suis pas sur d'avoir envie de recommencer la même chose une sixième fois l'année prochaine : les longues nuits dans l'Amazon Room, le manque de sommeil, l'inspiration qui se tarit peu à peu, les nerfs qui lâchent, l'ennui qui s'installe. Humainement, c'est une expérience que je ne recommande à personne, mais que je recommence chaque fois de manière bornée et monomaniaque. Il est sans doute templs que cela change. Qui sait, peut-être qu'en 2010 je me contenterai de seulement couvrir es deux semaines du Main Event en 2010, pas l'intégralité des sept semaines du festival. Je ne sais pas.
Amazon Room, 12 heures 53. Le sixième jour du Main Event (le dixième au total) vient de commencer. Ils ne sont plus que 205 (sur 7,319 au départ) à pouvoir prétendre à la table finale. Les dernières journées ont été très intense. 26 français sont rentrés dans l'argent, et 8 sont encore en course au sixième jour. Pareil qu'en 2009 !
J'aurais aimé avoir plus de temps pour partager mes analyses sur le Main Event, mais le fait est qu'à ce stade, à trois jours de la fin du marathon, je suis complètement cramé, incapable de formuler une pensée cohérente après douze heures au Rio. J'ai préféré la jouer calme après le boulot, et profiter un peu des derniers jours qu'il nous reste avec les collègues. Il y a eu la fête PokerListings, la fête PokerStars et le concert de Snoop Doggy Dog. Ce soir, je vais au Cirque du Soleil au MGM. On a joué un peu au poker (j'ai perdu, bien entendu), et on a bien mangé dans de bons restaurants.
J'essaierai de revenir sur les évenements des derniers jours un peu plus tard. En attendant, voici un texte que je viens d'écrire pour Winamax : j'ai constitué de toutes pièces mon casting idéal pour la table finale. A ce stade, nous sommes encore tôt dans le tournoi, et il est fort possible qu'aucun de ces joueurs ne revienne en novembre, mais on a le droit de rêver, non ?
David Benyamine (178e avec 353,000) A tout seigneur, tout honneur : le meilleur joueur français du monde réalise son deuxième « deep-run » consécutif dans le Main Event. DB possède un des plus petits tapis : à ce stade, la table finale semble loin, très loin, et il lui faudra déjà beaucoup de réussite pour faire mieux qu'en 2009 (102e place). Mais de quoi j'aurais l'air si je ne mettais pas le meilleur français du monde au casting de la table finale idéale ?
Un second français Ils sont sept tricolores autour de Benyamine, et je ne serai pas difficile : n'importe lequel me conviendra. Certes, il y a des joueurs de qui je me sens un peu plus proche, comme Pierre Canali, avec qui j'ai commenté quelques étapes de l'EPT, ou Gabriel Nassif, avec qui je partage une villa à Vegas depuis le début des WSOP. Il y a aussi Jean-Paul Pasqualini, vainqueur du Partouche Poker Tour et vrai bon joueur, Nicolas Babel, le meilleur pote de Manuel Bevand, et un joueur Winamax (tout de même !), Olivier Daeninckx, de la talentueuse équipe B du site, les Local Heroes. Je ne connais pas Michael Maître et Damien Luis, mais cela ne poserait aucun problème en cas d'accession en finale : on ignorait tout d'Antoine Saout il y a un an, et cela n'a pas empêché la communauté française de vibrer à l'unisson. C'est l'un des gros avantages de décaler la table finale du Main Event en novembre : cela nous laisse trois mois pour faire connaissance avec les joueurs, les observer jouer les tournois européens durant l'interlude, etc. Je ne serais pas non plus mécontent d'une finale de Joël Benzinou, joueur belge très apprécié par les joueurs français.
Johnny Chan (9e avec 2,564,000) Le dernier champion du monde en course. Double champion du monde, en fait (1987 et 1988, deux titres à la suite !). Beaucoup le disent fini depuis quelques années : Chan est discret en tournoi, et mystérieux en cash-game. Même ses adversaires réguliers ont du mal à déterminer si c'est le meilleur joueur du monde, ou un pigeon complet. Cela dépend de son humeur, j'imagine. Chan s'est construit un gros tapis d'entrée de jeu lors du Day 1, et n'a quasiment jamais quitté les premières places du classement. Sa présence en finale assurerait un intérêt considérable de la part du grand public – n'oublions pas que son apparition dans le film Les Joueurs l'a rendu populaire auprès de toute une catégorie de gens ne connaissant rien au poker, ou presque. Bref, Chan est « good for poker », comme on dit.
Un scandinave Theo Jorgensen, Johnny Lodden, William Thorson, Jesper Hougaard, plus quelques inconnus : nous n'avons que l'embarras du choix devant le nombre de talentueux joueurs nordiques encore en course. J'ai un faible particulier pour William Thorson, avec qui j'ai réellement pu faire connaissance lors de deux nuits mémorables à Dortmund. J'aime aussi beaucoup Theo Jorgensen, qui se bonifie avec l'âge. C'est un joueur d'expérience qui commence petit à petit à faire figure de doyen. Ce n'est qu'il y a quelques mois qu'il a vécu le point culminant de sa carrière – jusqu'à présent – avec sa victoire au WPT de Paris.
Gualter Salles (105e avec 939,000) L'ancien pilote de course brésilien est l'histoire la plus barge du Main Event jusqu'à présent. Tout au début du Day 5 (hier), Salles s'est retrouvé impliqué dans un gros pot. Sur la rivière, son adversaire lui demande combien il lui reste. Salles compte et arrive à un total de 136,000. « OK, je mise 136,000 », lui dit son adversaire. Salles paie, mais ne peut montrer la meilleure main. Le croupier recompte son tapis, et l'on découvre que Salles avait en fait 137,000 ! Il lui reste donc un ridicule jeton de 1,000. Même pas le dixième d'une grosse blinde ! Avance rapide jusqu'à la fin de la journée : Salles est toujours en course, avec un tapis de 900,000, juste en dessous de la moyenne ! L'histoire vous rappelle quelque chose ? La même mésaventure était arrivée à Jack Strauss en 1982. Croyant être sorti après un coup tapis, Strauss a découvert un jeton solitaire oublié sous une serviette en papier. Le tournoi s'était terminé par sa victoire.
Il n'y a pas qu'au poker que Salles sait se tirer de situations délicates... Regardez ce qui pouvait parfois se produire dans l'excercice de son ancienne carrière : Salles s'en est tiré sans une égratinure :
Alexander Kostritsyn (8e avec 2,564,000) Le jeune russe est l'un des plus formidables talents a avoir émergé sur le circuit ces dernières années. J'en avais fait l'un de mes favoris lors des WSOP 2009. Ludovic Lacay ne tarit pas d'éloges à son sujet (peut-être plus autant, ceci dit, depuis que Kostritsyn l'a battu en quarts de finale du tournoi de heads-up le mois dernier) Son plus gros succès en tournoi ? L'Aussie Millions de Melbourne, remporté en 2008.
Un random donk américain Chaque année, la table finale du Main Event comporte un ou plusieurs joueurs non-professionnels et pas forcément très futés dont on ne sait pas trop comment ils sont arrivés là. Rappelez-vous Darvin Moon et Steven Beigleter l'année dernière... Une finale équilibrée se doit de mélanger bons et mauvais joueurs, c'est bon pour le spectacle, et le grand public s'identifie plus facilement à des amateurs affrontant les pros (le schéma « David contre Goliath »)
Phil Galfond (85e avec 1,025 m.) et Michael Mizrachi (30e avec 1,793 m.) Pour compléter ce casting rêvé, deux pros connus et reconnus. Galfond est l'un des meilleurs joueurs online du monde en cash-game, jouant et battant régulièrement les plus hautes limites... Très rare en tournoi (malgré un bracelet en PLO en 2008). Un professionnel accompli malgré son jeune âge, à la discipline irréprochable : voilà quelqu'un qui ne finira jamais « broke ». Ce qui n'est pas le cas de Michael Mizrachi, dont la carrière a subi des hauts et des bas, surtout des bas ces derniers temps, avec une faillite causée par une fréquentation un peu trop assidue des tables de craps de Vegas, et des petits problèmes avec le Fisc. Au début des WSOP 2001, Mizrachi a saisi la seconde chance qui lui était offerte par les Dieux du Poker en remportant le Player's Championship. Lui et ses trois frères Robert, Donny et Eric ont tous terminé dans les places payées du Main Event.
Amazon Room, 12 heures 53. Le sixième jour du Main Event (le dixième au total) vient de commencer. Ils ne sont plus que 205 (sur 7,319 au départ) à pouvoir prétendre à la table finale. Les dernières journées ont été très intense. 26 français sont rentrés dans l'argent, et 8 sont encore en course au sixième jour. Pareil qu'en 2009 !
J'aurais aimé avoir plus de temps pour partager mes analyses sur le Main Event, mais le fait est qu'à ce stade, à trois jours de la fin du marathon, je suis complètement cramé, incapable de formuler une pensée cohérente après douze heures au Rio. J'ai préféré la jouer calme après le boulot, et profiter un peu des derniers jours qu'il nous reste avec les collègues. Il y a eu la fête PokerListings, la fête PokerStars et le concert de Snoop Doggy Dog. Ce soir, je vais au Cirque du Soleil au MGM. On a joué un peu au poker (j'ai perdu, bien entendu), et on a bien mangé dans de bons restaurants.
J'essaierai de revenir sur les évenements des derniers jours un peu plus tard. En attendant, voici un texte que je viens d'écrire pour Winamax : j'ai constitué de toutes pièces mon casting idéal pour la table finale. A ce stade, nous sommes encore tôt dans le tournoi, et il est fort possible qu'aucun de ces joueurs ne revienne en novembre, mais on a le droit de rêver, non ?
David Benyamine (178e avec 353,000) A tout seigneur, tout honneur : le meilleur joueur français du monde réalise son deuxième « deep-run » consécutif dans le Main Event. DB possède un des plus petits tapis : à ce stade, la table finale semble loin, très loin, et il lui faudra déjà beaucoup de réussite pour faire mieux qu'en 2009 (102e place). Mais de quoi j'aurais l'air si je ne mettais pas le meilleur français du monde au casting de la table finale idéale ?
Un second français Ils sont sept tricolores autour de Benyamine, et je ne serai pas difficile : n'importe lequel me conviendra. Certes, il y a des joueurs de qui je me sens un peu plus proche, comme Pierre Canali, avec qui j'ai commenté quelques étapes de l'EPT, ou Gabriel Nassif, avec qui je partage une villa à Vegas depuis le début des WSOP. Il y a aussi Jean-Paul Pasqualini, vainqueur du Partouche Poker Tour et vrai bon joueur, Nicolas Babel, le meilleur pote de Manuel Bevand, et un joueur Winamax (tout de même !), Olivier Daeninckx, de la talentueuse équipe B du site, les Local Heroes. Je ne connais pas Michael Maître et Damien Luis, mais cela ne poserait aucun problème en cas d'accession en finale : on ignorait tout d'Antoine Saout il y a un an, et cela n'a pas empêché la communauté française de vibrer à l'unisson. C'est l'un des gros avantages de décaler la table finale du Main Event en novembre : cela nous laisse trois mois pour faire connaissance avec les joueurs, les observer jouer les tournois européens durant l'interlude, etc. Je ne serais pas non plus mécontent d'une finale de Joël Benzinou, joueur belge très apprécié par les joueurs français.
Johnny Chan (9e avec 2,564,000) Le dernier champion du monde en course. Double champion du monde, en fait (1987 et 1988, deux titres à la suite !). Beaucoup le disent fini depuis quelques années : Chan est discret en tournoi, et mystérieux en cash-game. Même ses adversaires réguliers ont du mal à déterminer si c'est le meilleur joueur du monde, ou un pigeon complet. Cela dépend de son humeur, j'imagine. Chan s'est construit un gros tapis d'entrée de jeu lors du Day 1, et n'a quasiment jamais quitté les premières places du classement. Sa présence en finale assurerait un intérêt considérable de la part du grand public – n'oublions pas que son apparition dans le film Les Joueurs l'a rendu populaire auprès de toute une catégorie de gens ne connaissant rien au poker, ou presque. Bref, Chan est « good for poker », comme on dit.
Un scandinave Theo Jorgensen, Johnny Lodden, William Thorson, Jesper Hougaard, plus quelques inconnus : nous n'avons que l'embarras du choix devant le nombre de talentueux joueurs nordiques encore en course. J'ai un faible particulier pour William Thorson, avec qui j'ai réellement pu faire connaissance lors de deux nuits mémorables à Dortmund. J'aime aussi beaucoup Theo Jorgensen, qui se bonifie avec l'âge. C'est un joueur d'expérience qui commence petit à petit à faire figure de doyen. Ce n'est qu'il y a quelques mois qu'il a vécu le point culminant de sa carrière – jusqu'à présent – avec sa victoire au WPT de Paris.
Gualter Salles (105e avec 939,000) L'ancien pilote de course brésilien est l'histoire la plus barge du Main Event jusqu'à présent. Tout au début du Day 5 (hier), Salles s'est retrouvé impliqué dans un gros pot. Sur la rivière, son adversaire lui demande combien il lui reste. Salles compte et arrive à un total de 136,000. « OK, je mise 136,000 », lui dit son adversaire. Salles paie, mais ne peut montrer la meilleure main. Le croupier recompte son tapis, et l'on découvre que Salles avait en fait 137,000 ! Il lui reste donc un ridicule jeton de 1,000. Même pas le dixième d'une grosse blinde ! Avance rapide jusqu'à la fin de la journée : Salles est toujours en course, avec un tapis de 900,000, juste en dessous de la moyenne ! L'histoire vous rappelle quelque chose ? La même mésaventure était arrivée à Jack Strauss en 1982. Croyant être sorti après un coup tapis, Strauss a découvert un jeton solitaire oublié sous une serviette en papier. Le tournoi s'était terminé par sa victoire.
Il n'y a pas qu'au poker que Salles sait se tirer de situations délicates... Regardez ce qui pouvait parfois se produire dans l'excercice de son ancienne carrière : Salles s'en est tiré sans une égratinure :
Alexander Kostritsyn (8e avec 2,564,000) Le jeune russe est l'un des plus formidables talents a avoir émergé sur le circuit ces dernières années. J'en avais fait l'un de mes favoris lors des WSOP 2009. Ludovic Lacay ne tarit pas d'éloges à son sujet (peut-être plus autant, ceci dit, depuis que Kostritsyn l'a battu en quarts de finale du tournoi de heads-up le mois dernier) Son plus gros succès en tournoi ? L'Aussie Millions de Melbourne, remporté en 2008.
Un random donk américain Chaque année, la table finale du Main Event comporte un ou plusieurs joueurs non-professionnels et pas forcément très futés dont on ne sait pas trop comment ils sont arrivés là. Rappelez-vous Darvin Moon et Steven Beigleter l'année dernière... Une finale équilibrée se doit de mélanger bons et mauvais joueurs, c'est bon pour le spectacle, et le grand public s'identifie plus facilement à des amateurs affrontant les pros (le schéma « David contre Goliath »)
Phil Galfond (85e avec 1,025 m.) et Michael Mizrachi (30e avec 1,793 m.) Pour compléter ce casting rêvé, deux pros connus et reconnus. Galfond est l'un des meilleurs joueurs online du monde en cash-game, jouant et battant régulièrement les plus hautes limites... Très rare en tournoi (malgré un bracelet en PLO en 2008). Un professionnel accompli malgré son jeune âge, à la discipline irréprochable : voilà quelqu'un qui ne finira jamais « broke ». Ce qui n'est pas le cas de Michael Mizrachi, dont la carrière a subi des hauts et des bas, surtout des bas ces derniers temps, avec une faillite causée par une fréquentation un peu trop assidue des tables de craps de Vegas, et des petits problèmes avec le Fisc. Au début des WSOP 2001, Mizrachi a saisi la seconde chance qui lui était offerte par les Dieux du Poker en remportant le Player's Championship. Lui et ses trois frères Robert, Donny et Eric ont tous terminé dans les places payées du Main Event.
Amazon Room, 20 heures 20. J'ai du annuler ma 482e visite de l'été au In-N-Out Burger : trop de monde. La file de voitures pour le drive trough faisait le tour du bâtiment, et l'attente à l'intérieur dépassait la demi-heure à vue de nez. Je n'étais pas le seul à avoir envie d'un Double Double pour la pause-dîner du Day 2B du Main Event. Je suis donc retourné au Rio, et ai du me contenter d'un infâme sandwich au poulet grillé que j'aurai tout loisir de regretter durant les deux heures qu'il nous reste à tirer ce soir.
On y est presque. Le bout du tunnel. Il est presque impossible de se lever le matin, désormais. Les heures de sommeil à rattrapper totalisent un montant astronomique, qu'il me faudra plusieurs semaines pour rattrapper. Chaque main, j'attends la dernière seconde, je repousse la sentence du réveil le plus tard possible avant de tituber hors du lit, vers la douche, puis vers la voiture, les yeux à demi-clos sur l'autoroute 215. Il faut tenir, garder les apparences en place pour quelques jours encore. Rester pro, foncer sur la dernière ligne droite alors que l'on voit le ciel s'éclaircir à l'horizon, terminer le reportage du mieux possible, conclure sept semaines en apnée de manière pas trop bancale, et s'en aller en laissant si possible une bonne impression.
Il y a un peu de mélancolie dans les derniers jours des World Series of Poker. Pour beaucoup, tout est déjà terminé. Les quatre premières journées ont nettoyé un tiers des 7,319 participants au Main Event, et la moitié de ceux qui avaient réussi à y survivre se sont fait liquider lors de la seconde journée. Le guichet des inscriptions est définitivement fermé jusqu'à l'année prochaine : il n'y a plus de prochain tournoi, plus d'espoir de se refaire, plus aucune chance de décrocher le prochain bracelet jusqu'à l'année prochaine. Pour la plupart, l'été a été désastreux, suivant la dure loi darwinienne propre aux tournois de poker. 10% de gagnants par tournoi, et 1% seulement réalisant un réel écart financier. Pour les autres, c'est la bonne vieille cagoule, pour des montants variables.
Pour des milliers de joueurs, c'est l'heure de faire les bagages, éventuellement changer la date du billet d'avion, profiter des dernières soirées pour se finir en beauté, dire au revoir aux copains. Et puis, après, il y aura un blanc, une pause de quelques semaines dans les tournois, avant que le calendrier ne se rappelle à notre bon souvenir. European Poker Tour, World Series of Poker Europe, World Poker Tour Londres, Partouche Poker Tour... La machine à rêves ne s'arrête jamais de tourner. Il y aura toujours un prochain tournoi. C'est la carotte après laquelle on court, si proche mais si inaccessible à la fois.
Les quatre Day 1 du Main Event sont passés à toute vitesse, suivis par les deux Day 2, qui ne furent au final que des redites des Day 1, avec un rythme d'éliminations encore plus élevé. Là, tandis que j'écris ces lignes, nous en avons presque terminé avec le Day 2B. Enfin, les choses sérieuses vont commencer : l'entrée dans les places payées, puis la longue marche vers la table finale. Il n'y a pas grand chose à dire sur les six premières journées, pas de réel scénario à discerner. Il y a des pros qui montent des tapis, il y a des pros qui sautent, il y a des pros qui stagnent, rien qu'on aie pas déjà vu cent fois. Avec Harper, nous nous sommes contentés de suivre un maximum de joueurs français tout au long de cette longue introduction, raconter le plus de mains et anecdotes que possible. Heureusement, notre assiette a été pleine : ils ont été 118 tricolores à survivre au Day 1, contre 87 en 2009, et de nombreux compatriotes ont réussi à se constituer des gros tapis. Ils seront probablement une quarantaine à rentrer dans les places payées, et après... Il n'y a qu'à espérer qu'un maximum d'entre eux sera au rendez-vous des dernières journées, les plus importantes. Le Team Winamax n'a malheureusement pas été très performant au cours des Day 1, avec seulement trois qualifiés pour le second tour : Alexia, Antony et Ludovic. Nos Local Heroes se sont en revanche très bien débrouillés... Je compte beaucoup sur eux pour aller loin dans le tournoi, ce sont de vrais bons joueurs, peut-être de futurs grands.
Antony et Ludovic, justement... Au soir du Day 1C, les deux compères nous avaient convié à fêter la performance de Cuts dans le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars. J'ai accepté sans cligner des yeux, pour deux raisons : 1/ en six semaines, je n'avais eu l'occasion de sortir qu'une seule fois, et 2/ une invitation d'Antony et Ludovic, cela ne se refuse pas, tant les deux savent concocter des sauteries mémorables. Avec Harper, on a bouclé la journée à minuit, et l'on a foncé vers le Luxor et sa fameuse boîte, le LAX. Une table VIP avait été réservée.
Ah, la ségrégation dans les boîtes de nuit... Pendant que 90% des fêtards étaient compressés sur le dance floor, avec juste l'espace minimum pour respirer et tenir leur verre, moi et mes amis étions étalés comme des pachas sur des canapés à quelques mètres en face de ces pauvres hères, sagement parqués derrière le cordon de sécurité/ségrégation. Nous avions toute la place du monde pour nous servir des verres à l'aide des bouteilles éparpillés sur notre table privée, protégés de la plèbe par une armée de vigiles gardant leurs sourires pour nous, et affichant un air de tueur envers les citoyens de seconde classe de l'autre côté.
La situation s'est intensifiée quand l'invité du soir a fait son apparition : Ja Rule, la fameuse star du hip-hop. Enfin, je n'en sais rien, je crois qu'il était connu dans les années 90, j'ai reconnu quelques chansons. Pour faire son show, Ja Rule s'est posté sur le mini escalier jouxtant notre table. J'étais si près que je pouvais le toucher (mais je me suis abstenu). Derrière les barrières, toutes les gonzesses étaient comme des folles. Bref, on s'est mis minables comme des rock stars, et sur le coup de cinq heures du mat, j'ai fait mon entrée dans un strip-club de Vegas pour la première fois depuis plus d'un an. Quand on en est ressortis, le jour nous piquait les yeux, et le soleil tapait déjà à plus de 35 degrés. Il paraît qu'Harper m'a réveillé à onze heures du mat' pour que l'on soit à l'heure pour aller bosser, mais je lui aurais répondu « casse toi, on dort ». Je n'ai aucun souvenir de cet épisode. Par contre, je me souviens très bien d'avoir ouvert les yeux à 15 heures 30, avec cette réalisation soudaine : le Day 1D avait commencé depuis plus de deux heures. Je crois que j'étais encore bourré à ce moment là. On s'est dépêché de se préparer, et j'ai passé le reste de la journée à galérer pour former une phrase qui tienne la route. Bah, pas grave... Ce n'est qu'un Day 1, après tout. Ce n'est pas le genre de plaisanterie que je m'amuserais à faire durant le Day 6 ou 7.
Après avoir manqué toutes les fêtes d'avant Main Event, je suis plus qu'enclin a me rattrapper ce week-end. Demain se tient l'unique journée de pause officielle des WSOP, avec au passage le tournoi médias, un freeroll à structure turbo où je vais tenter de coller des bad-beats à la tronche de mes confrères dans la joie et la bonne humeur. Ce soir, les coyotes de PokerListings organisent une fête énorme dans leur ranch. 200 personnes sont attendues, des connaissances pour la plupart. Des futs de bière, une piscine, un trampoline, un grand jardin bien vert (une rareté à Vegas) y'a même un groupe qui va jouer. Et demain soir, le gros morceau : la fête de PokerStars, traditionnellement la plus grosse des WSOP, et aussi la plus difficile à incruster, mais ouf, j'ai réussi à décrocher une invite. Au programme, rien de moins qu'un petit concert de Snoop Doggy Dog. Et après, il nous reste six jours de Main Event pour terminer officiellement cet été à Vegas. Six jours, une paille, à peine la durée d'un EPT.
Chris Moneymaker est toujours en course au terme des deux premiers tours du Main Event... Son portrait veille sur lui dans l'Amazon Room.
Amazon Room, 20 heures 20. J'ai du annuler ma 482e visite de l'été au In-N-Out Burger : trop de monde. La file de voitures pour le drive trough faisait le tour du bâtiment, et l'attente à l'intérieur dépassait la demi-heure à vue de nez. Je n'étais pas le seul à avoir envie d'un Double Double pour la pause-dîner du Day 2B du Main Event. Je suis donc retourné au Rio, et ai du me contenter d'un infâme sandwich au poulet grillé que j'aurai tout loisir de regretter durant les deux heures qu'il nous reste à tirer ce soir.
On y est presque. Le bout du tunnel. Il est presque impossible de se lever le matin, désormais. Les heures de sommeil à rattrapper totalisent un montant astronomique, qu'il me faudra plusieurs semaines pour rattrapper. Chaque main, j'attends la dernière seconde, je repousse la sentence du réveil le plus tard possible avant de tituber hors du lit, vers la douche, puis vers la voiture, les yeux à demi-clos sur l'autoroute 215. Il faut tenir, garder les apparences en place pour quelques jours encore. Rester pro, foncer sur la dernière ligne droite alors que l'on voit le ciel s'éclaircir à l'horizon, terminer le reportage du mieux possible, conclure sept semaines en apnée de manière pas trop bancale, et s'en aller en laissant si possible une bonne impression.
Il y a un peu de mélancolie dans les derniers jours des World Series of Poker. Pour beaucoup, tout est déjà terminé. Les quatre premières journées ont nettoyé un tiers des 7,319 participants au Main Event, et la moitié de ceux qui avaient réussi à y survivre se sont fait liquider lors de la seconde journée. Le guichet des inscriptions est définitivement fermé jusqu'à l'année prochaine : il n'y a plus de prochain tournoi, plus d'espoir de se refaire, plus aucune chance de décrocher le prochain bracelet jusqu'à l'année prochaine. Pour la plupart, l'été a été désastreux, suivant la dure loi darwinienne propre aux tournois de poker. 10% de gagnants par tournoi, et 1% seulement réalisant un réel écart financier. Pour les autres, c'est la bonne vieille cagoule, pour des montants variables.
Pour des milliers de joueurs, c'est l'heure de faire les bagages, éventuellement changer la date du billet d'avion, profiter des dernières soirées pour se finir en beauté, dire au revoir aux copains. Et puis, après, il y aura un blanc, une pause de quelques semaines dans les tournois, avant que le calendrier ne se rappelle à notre bon souvenir. European Poker Tour, World Series of Poker Europe, World Poker Tour Londres, Partouche Poker Tour... La machine à rêves ne s'arrête jamais de tourner. Il y aura toujours un prochain tournoi. C'est la carotte après laquelle on court, si proche mais si inaccessible à la fois.
Les quatre Day 1 du Main Event sont passés à toute vitesse, suivis par les deux Day 2, qui ne furent au final que des redites des Day 1, avec un rythme d'éliminations encore plus élevé. Là, tandis que j'écris ces lignes, nous en avons presque terminé avec le Day 2B. Enfin, les choses sérieuses vont commencer : l'entrée dans les places payées, puis la longue marche vers la table finale. Il n'y a pas grand chose à dire sur les six premières journées, pas de réel scénario à discerner. Il y a des pros qui montent des tapis, il y a des pros qui sautent, il y a des pros qui stagnent, rien qu'on aie pas déjà vu cent fois. Avec Harper, nous nous sommes contentés de suivre un maximum de joueurs français tout au long de cette longue introduction, raconter le plus de mains et anecdotes que possible. Heureusement, notre assiette a été pleine : ils ont été 118 tricolores à survivre au Day 1, contre 87 en 2009, et de nombreux compatriotes ont réussi à se constituer des gros tapis. Ils seront probablement une quarantaine à rentrer dans les places payées, et après... Il n'y a qu'à espérer qu'un maximum d'entre eux sera au rendez-vous des dernières journées, les plus importantes. Le Team Winamax n'a malheureusement pas été très performant au cours des Day 1, avec seulement trois qualifiés pour le second tour : Alexia, Antony et Ludovic. Nos Local Heroes se sont en revanche très bien débrouillés... Je compte beaucoup sur eux pour aller loin dans le tournoi, ce sont de vrais bons joueurs, peut-être de futurs grands.
Antony et Ludovic, justement... Au soir du Day 1C, les deux compères nous avaient convié à fêter la performance de Cuts dans le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars. J'ai accepté sans cligner des yeux, pour deux raisons : 1/ en six semaines, je n'avais eu l'occasion de sortir qu'une seule fois, et 2/ une invitation d'Antony et Ludovic, cela ne se refuse pas, tant les deux savent concocter des sauteries mémorables. Avec Harper, on a bouclé la journée à minuit, et l'on a foncé vers le Luxor et sa fameuse boîte, le LAX. Une table VIP avait été réservée.
Ah, la ségrégation dans les boîtes de nuit... Pendant que 90% des fêtards étaient compressés sur le dance floor, avec juste l'espace minimum pour respirer et tenir leur verre, moi et mes amis étions étalés comme des pachas sur des canapés à quelques mètres en face de ces pauvres hères, sagement parqués derrière le cordon de sécurité/ségrégation. Nous avions toute la place du monde pour nous servir des verres à l'aide des bouteilles éparpillés sur notre table privée, protégés de la plèbe par une armée de vigiles gardant leurs sourires pour nous, et affichant un air de tueur envers les citoyens de seconde classe de l'autre côté.
La situation s'est intensifiée quand l'invité du soir a fait son apparition : Ja Rule, la fameuse star du hip-hop. Enfin, je n'en sais rien, je crois qu'il était connu dans les années 90, j'ai reconnu quelques chansons. Pour faire son show, Ja Rule s'est posté sur le mini escalier jouxtant notre table. J'étais si près que je pouvais le toucher (mais je me suis abstenu). Derrière les barrières, toutes les gonzesses étaient comme des folles. Bref, on s'est mis minables comme des rock stars, et sur le coup de cinq heures du mat, j'ai fait mon entrée dans un strip-club de Vegas pour la première fois depuis plus d'un an. Quand on en est ressortis, le jour nous piquait les yeux, et le soleil tapait déjà à plus de 35 degrés. Il paraît qu'Harper m'a réveillé à onze heures du mat' pour que l'on soit à l'heure pour aller bosser, mais je lui aurais répondu « casse toi, on dort ». Je n'ai aucun souvenir de cet épisode. Par contre, je me souviens très bien d'avoir ouvert les yeux à 15 heures 30, avec cette réalisation soudaine : le Day 1D avait commencé depuis plus de deux heures. Je crois que j'étais encore bourré à ce moment là. On s'est dépêché de se préparer, et j'ai passé le reste de la journée à galérer pour former une phrase qui tienne la route. Bah, pas grave... Ce n'est qu'un Day 1, après tout. Ce n'est pas le genre de plaisanterie que je m'amuserais à faire durant le Day 6 ou 7.
Après avoir manqué toutes les fêtes d'avant Main Event, je suis plus qu'enclin a me rattrapper ce week-end. Demain se tient l'unique journée de pause officielle des WSOP, avec au passage le tournoi médias, un freeroll à structure turbo où je vais tenter de coller des bad-beats à la tronche de mes confrères dans la joie et la bonne humeur. Ce soir, les coyotes de PokerListings organisent une fête énorme dans leur ranch. 200 personnes sont attendues, des connaissances pour la plupart. Des futs de bière, une piscine, un trampoline, un grand jardin bien vert (une rareté à Vegas) y'a même un groupe qui va jouer. Et demain soir, le gros morceau : la fête de PokerStars, traditionnellement la plus grosse des WSOP, et aussi la plus difficile à incruster, mais ouf, j'ai réussi à décrocher une invite. Au programme, rien de moins qu'un petit concert de Snoop Doggy Dog. Et après, il nous reste six jours de Main Event pour terminer officiellement cet été à Vegas. Six jours, une paille, à peine la durée d'un EPT.
Chris Moneymaker est toujours en course au terme des deux premiers tours du Main Event... Son portrait veille sur lui dans l'Amazon Room.
Amazon Room, Midi 20. La troisième journée de départ du Main Event (Day 1C) vient de commencer. Le champion en titre Joe Cada a pris le micro pour lancer la phrase consacrée : « Shuffle up and deal ! » La salle principale des WSOP est pleine à craquer, et plus de 120 tables ont été ouvertes dans la salle secondaire, la Pavillion. On a donc 2,400 joueurs au minimum, rien que pour aujourd'hui. Impressionnant ! Le poker ne connaîtrait donc pas la crise ? C'est maintenant certain, le plus gros tournoi de l'année va dépasser les 7,000 joueurs pour la première fois depuis 2006, et la seconde fois seulement de l'histoire des championnats du monde. Ils étaient 1,125 au départ du Day 1A, et 1,489 hier pour le Day 1B, soit une augmentation de 30%. Et il reste encore une journée de départ demain, le Day 1D, qui est traditionnellement le plus peuplé. Les organisateurs ont de la place pour 3,800 joueurs (ou 2,800 ? Je ne sais plus), indiquant avoir déjà vendu la moitié des sièges. Fichtre. Avec la mise en application de l'UEIGA bloquant théoriquement les bankrolls online des joueurs américains, l'industrie se serait déjà amplement contentée d'une stagnation de la participation entre 6,000 et 7,000, similaire à ce qui a été observé les trois dernières années. Mais non : la croissance est de retour, d'autant que Harrah's a corrigé ses erreurs en modifiant le système d'inscription, ce qui évitera que des joueurs se fassent refouler par manque de place, comme cela avait le cas en 2009. Avec un peu de chance, il se pourrait même que le record de 2006 – 8,773 participants – soit battu.
Mon compte rendu des deux premières journées de départ ? Plein de types ont joué au poker durant neuf heures. Plein de types ont été éliminés, et plein de types n'ont pas été éliminés. Et voilà. Oui, vous l'avez compris, je ne suis pas un grand fan des Day 1, qui ne sont qu'une introduction mollassonne à une épreuve qui va durer huit jours (en réalité douze, puis que les deux premières journées sont étalées sur six, oui je sais, c'est compliqué). Difficile de se passionner pour un Day 1 où seulement 30% des joueurs sont éliminés quand on a passé les six semaines précédentes à observer tous les jours des bulles, des finales, des bracelets, des triomphes éclatants et échecs cuisants. J'adore le Main Event, c'est le tournoi que je ne pourrais manquer sous aucun prétexte, plus que tout autre, mais il ne va vraiment commencer à m'intéresser qu'une fois les places payées atteintes... C'est à dire la semaine prochaine.
Pour le moment, notre méthodologie est simple : au coup d'envoi, tour de salle pour repérer les français présents. Ensuite, un tour par heure pour collecter les nouvelles, et les rédiger. Si l'on observe une main intéressante impliquant une « tête de série internationale » (expression consacrée), on la racontera aussi. On répète le processus jusqu'à la dernière heure de la journée, où je dresse une liste de tous les français mentionnés dans le reportage. Deux colonnes : ceux qui sont encore dedans, ceux qui ont sauté. La journée se termine avec la collecte des hauteur de tapis de tous ceux qui ont passé ce premier jour. Le lendemain, je consulte la liste officielle pour retrouver tous les joueurs dont on a pas parlé : anonymes, amateurs, qualifiés Internet, joueurs occasionnels que nous n'avons jamais rencontré auparavant. Et on recommence jusqu'au Day 1D.
Bon, ces Day 1, c'est pas la mort non plus. On s'y amuse quand même beaucoup. L'atmosphère de zoo qui caractérise le Rio atteint son apogée durant le Main Event. Les couloirs sont pleins à craquer de fans, supporters enthousiastes, chasseurs d'autographes, épouses et amis des joueurs. Les équipes d'ESPN arrivent en force, parcourant les allées de l'Amazon Room à la recherche de coups fumants et anecdotes rigolotes. Cela n'échappe pas à certains joueurs en recherche du quart d'heure de gloire promis par Andy Wahrol. Comment se faire remarquer au milieu de plusieurs milliers de joueurs quand on a qu'une chance infinitésimale d'atteindre la table finale ? La solution est simple : sortir du lot dès le début de l'épreuve. Se faire remarquer, non pas par l'aptitude au jeu, mais par l'apparence, le comportement, l'accoutrement. Il y a le mec déguisé en magicien, baquette et chapeau inclus. Il y a le faux Indien d'Amérique, complet avec les plumes qui lui descendent jusqu'au bad du dos. Il y a le mec déguisé en hippopotame, le mec déguisé en poulet, notre vieil ami The Devil qui fait claquer ses cymbales bruyamment dès le coup d'envoi. Ces gars-là n'ont absolument aucune chance d'atteindre la table finale : compréhensible, donc, qu'ils recherchent à attirer l'oeil des caméras le plus vite possible, tant qu'ils sont encore dans le tournoi.
Merde, c'est Phil Hellmuth en personne qui a lancé la mode, avec des entrées en scène de plus en plus tapageuses depuis cinq ans. Ce mec est parfaitement conscient qu'il ne décrochera jamais un second titre de champion du monde... En entrant dans le Rio sur un char en tenue militaire, sur une chaise à porteurs avec la robe de Jules César, casqué et ganté au volant d'une voiture de course, où, comme cette année, habillé comme un catcheur de l'UFC et accompagné de onze mannequins (un par bracelet), Hellmuth s'assure d'une publicité maximale, peu importe son résultat dans le Main Event. Il va – probablement – sauter lors du premier ou deuxième jour, comme 80% des joueurs, mais cela n'a pas d'importance : une fois de plus, on aura parlé que de lui le temps de quelques heures. Et l'on me souffle qu'il aurait touché 200,000$ de la part de la ligue UFC (ou serait-ce MMA ?) pour porter leur tenue le temps d'une journée. C'est ce que touchera à peu près les mecs qui termineront aux alentours de la quarantième place... Aux pris de sept jours d'efforts intenses. Pour Hellmuth, cela ne nécessitera qu'un étrange mélange d'égo sur dimensionné et d'absence total de honte.
Une quarantaine de français ont passé les Day 1A et 1B. Aujourd'hui, pour le Day 1C, ils sont probablement plus de cinquante au départ, peut-être même cent (il y a des tas et tas d'inconnus qualifiés dans les casinos Partouche). En 2009, 80 français environ avaient passé le Day 1. Cette année, je pense qu'il y en aura plus de cent. Côté Team Winamax, les deux premiers jours furent fatals à Anthony Roux, Manuel Bevand et Almira Skripchenko. Les frères siamois Ludovic Lacay / Antony Lellouche ont survécu avec un tapis équivalent (deux fois le stack de départ). Paco a filmé une très bonne interview de Ludovic où ce dernier explique qu'après sa grosse déception dans le Pot Limit Omaha à 10,000$ (quatrième place alors qu'il aurait vraiment pu gagner, avec un peu plus de réussite), il ne savait pas comment il allait réagir au « premier bad-beat ». Chaque joueur disputant un tournoi reçoit à un moment ou un autre ce fameux « premier bad beat ». Dans la plupart des tournois, cela signifie tout simplement l'élimination, mais dans le Main Event, avec sa structure exceptionnelle, il reste généralement des jetons pour repartir. Et justement, comment repartir après avoir manqué un coup où l'on avait 90, 95 voire même parfois 99% de chances de gagner ? Pas facile... Et c'est ce qui fait la différence entre les bons et les grands joueurs : arriver à passer immédiatement à la suite, ne pas s'appesantir, faire le vide, et se concentrer sur les coups futurs, pas ceux du passé.
La finale de la Coupe du Monde opposera l'Espagne aux Pays-Bas. Malgré de très bonne équipes au départ, j'ai complètement foiré le pari mutuel établi à la villa avec Brekkie, Gab et Harper. J'ai déjà perdu le pari sur le vainqueur (j'avais tout de même l'Allemagne, l'Uruguay et le Brésil), et je fais chou-blanc dans toutes les catégories : meilleur buteur, plus mauvaise équipe, plus gros écart de buts, but le plus rapide, carton rouge le plus rapide... Brekkie m'a appelé ce matin pendant Espagne-Allemagne pour me prévenir qu'un spectateur avait réussi à s'incruster sur le terrain, mais hélas, il n'était pas à poil, critère obligatoire pour prétendre à des dollars bonus. Je vais donc perdre le montant maximum sur ce pari (100$), une somme que j'épongerais aux trois quarts si l'Espagne sort vainqueur... C'est le dernier ticket de pari du Red Rock que je n'ai pas encore déchiré. Étant d'origine espagnole à 50%, mon intérêt durant cette finale ne sera pas uniquement financier...
Bon, les joueurs reviennent de leur pause-dîner (vous noterez au passage l'ellipse temporelle : j'ai commencé ce post à midi, je le termine à vingt heures), il faut que j'y retourne. Encore trois heures à jouer. Ce soir, je crois que l'on fait la fête. Mais pas trop tard, demain faut qu'on retourne à la boucherie.
Le Day 38 sur Winamax Le Day 1A du Main Event sur Winamax Le Day 1B du Main Event sur Winamax Le Day 1C du Main Event sur Winamax "
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Day 38, 39, 40 et 41
Amazon Room, Midi 20. La troisième journée de départ du Main Event (Day 1C) vient de commencer. Le champion en titre Joe Cada a pris le micro pour lancer la phrase consacrée : « Shuffle up and deal ! » La salle principale des WSOP est pleine à craquer, et plus de 120 tables ont été ouvertes dans la salle secondaire, la Pavillion. On a donc 2,400 joueurs au minimum, rien que pour aujourd'hui. Impressionnant ! Le poker ne connaîtrait donc pas la crise ? C'est maintenant certain, le plus gros tournoi de l'année va dépasser les 7,000 joueurs pour la première fois depuis 2006, et la seconde fois seulement de l'histoire des championnats du monde. Ils étaient 1,125 au départ du Day 1A, et 1,489 hier pour le Day 1B, soit une augmentation de 30%. Et il reste encore une journée de départ demain, le Day 1D, qui est traditionnellement le plus peuplé. Les organisateurs ont de la place pour 3,800 joueurs (ou 2,800 ? Je ne sais plus), indiquant avoir déjà vendu la moitié des sièges. Fichtre. Avec la mise en application de l'UEIGA bloquant théoriquement les bankrolls online des joueurs américains, l'industrie se serait déjà amplement contentée d'une stagnation de la participation entre 6,000 et 7,000, similaire à ce qui a été observé les trois dernières années. Mais non : la croissance est de retour, d'autant que Harrah's a corrigé ses erreurs en modifiant le système d'inscription, ce qui évitera que des joueurs se fassent refouler par manque de place, comme cela avait le cas en 2009. Avec un peu de chance, il se pourrait même que le record de 2006 – 8,773 participants – soit battu.
Mon compte rendu des deux premières journées de départ ? Plein de types ont joué au poker durant neuf heures. Plein de types ont été éliminés, et plein de types n'ont pas été éliminés. Et voilà. Oui, vous l'avez compris, je ne suis pas un grand fan des Day 1, qui ne sont qu'une introduction mollassonne à une épreuve qui va durer huit jours (en réalité douze, puis que les deux premières journées sont étalées sur six, oui je sais, c'est compliqué). Difficile de se passionner pour un Day 1 où seulement 30% des joueurs sont éliminés quand on a passé les six semaines précédentes à observer tous les jours des bulles, des finales, des bracelets, des triomphes éclatants et échecs cuisants. J'adore le Main Event, c'est le tournoi que je ne pourrais manquer sous aucun prétexte, plus que tout autre, mais il ne va vraiment commencer à m'intéresser qu'une fois les places payées atteintes... C'est à dire la semaine prochaine.
Pour le moment, notre méthodologie est simple : au coup d'envoi, tour de salle pour repérer les français présents. Ensuite, un tour par heure pour collecter les nouvelles, et les rédiger. Si l'on observe une main intéressante impliquant une « tête de série internationale » (expression consacrée), on la racontera aussi. On répète le processus jusqu'à la dernière heure de la journée, où je dresse une liste de tous les français mentionnés dans le reportage. Deux colonnes : ceux qui sont encore dedans, ceux qui ont sauté. La journée se termine avec la collecte des hauteur de tapis de tous ceux qui ont passé ce premier jour. Le lendemain, je consulte la liste officielle pour retrouver tous les joueurs dont on a pas parlé : anonymes, amateurs, qualifiés Internet, joueurs occasionnels que nous n'avons jamais rencontré auparavant. Et on recommence jusqu'au Day 1D.
Bon, ces Day 1, c'est pas la mort non plus. On s'y amuse quand même beaucoup. L'atmosphère de zoo qui caractérise le Rio atteint son apogée durant le Main Event. Les couloirs sont pleins à craquer de fans, supporters enthousiastes, chasseurs d'autographes, épouses et amis des joueurs. Les équipes d'ESPN arrivent en force, parcourant les allées de l'Amazon Room à la recherche de coups fumants et anecdotes rigolotes. Cela n'échappe pas à certains joueurs en recherche du quart d'heure de gloire promis par Andy Wahrol. Comment se faire remarquer au milieu de plusieurs milliers de joueurs quand on a qu'une chance infinitésimale d'atteindre la table finale ? La solution est simple : sortir du lot dès le début de l'épreuve. Se faire remarquer, non pas par l'aptitude au jeu, mais par l'apparence, le comportement, l'accoutrement. Il y a le mec déguisé en magicien, baquette et chapeau inclus. Il y a le faux Indien d'Amérique, complet avec les plumes qui lui descendent jusqu'au bad du dos. Il y a le mec déguisé en hippopotame, le mec déguisé en poulet, notre vieil ami The Devil qui fait claquer ses cymbales bruyamment dès le coup d'envoi. Ces gars-là n'ont absolument aucune chance d'atteindre la table finale : compréhensible, donc, qu'ils recherchent à attirer l'oeil des caméras le plus vite possible, tant qu'ils sont encore dans le tournoi.
Merde, c'est Phil Hellmuth en personne qui a lancé la mode, avec des entrées en scène de plus en plus tapageuses depuis cinq ans. Ce mec est parfaitement conscient qu'il ne décrochera jamais un second titre de champion du monde... En entrant dans le Rio sur un char en tenue militaire, sur une chaise à porteurs avec la robe de Jules César, casqué et ganté au volant d'une voiture de course, où, comme cette année, habillé comme un catcheur de l'UFC et accompagné de onze mannequins (un par bracelet), Hellmuth s'assure d'une publicité maximale, peu importe son résultat dans le Main Event. Il va – probablement – sauter lors du premier ou deuxième jour, comme 80% des joueurs, mais cela n'a pas d'importance : une fois de plus, on aura parlé que de lui le temps de quelques heures. Et l'on me souffle qu'il aurait touché 200,000$ de la part de la ligue UFC (ou serait-ce MMA ?) pour porter leur tenue le temps d'une journée. C'est ce que touchera à peu près les mecs qui termineront aux alentours de la quarantième place... Aux pris de sept jours d'efforts intenses. Pour Hellmuth, cela ne nécessitera qu'un étrange mélange d'égo sur dimensionné et d'absence total de honte.
Une quarantaine de français ont passé les Day 1A et 1B. Aujourd'hui, pour le Day 1C, ils sont probablement plus de cinquante au départ, peut-être même cent (il y a des tas et tas d'inconnus qualifiés dans les casinos Partouche). En 2009, 80 français environ avaient passé le Day 1. Cette année, je pense qu'il y en aura plus de cent. Côté Team Winamax, les deux premiers jours furent fatals à Anthony Roux, Manuel Bevand et Almira Skripchenko. Les frères siamois Ludovic Lacay / Antony Lellouche ont survécu avec un tapis équivalent (deux fois le stack de départ). Paco a filmé une très bonne interview de Ludovic où ce dernier explique qu'après sa grosse déception dans le Pot Limit Omaha à 10,000$ (quatrième place alors qu'il aurait vraiment pu gagner, avec un peu plus de réussite), il ne savait pas comment il allait réagir au « premier bad-beat ». Chaque joueur disputant un tournoi reçoit à un moment ou un autre ce fameux « premier bad beat ». Dans la plupart des tournois, cela signifie tout simplement l'élimination, mais dans le Main Event, avec sa structure exceptionnelle, il reste généralement des jetons pour repartir. Et justement, comment repartir après avoir manqué un coup où l'on avait 90, 95 voire même parfois 99% de chances de gagner ? Pas facile... Et c'est ce qui fait la différence entre les bons et les grands joueurs : arriver à passer immédiatement à la suite, ne pas s'appesantir, faire le vide, et se concentrer sur les coups futurs, pas ceux du passé.
La finale de la Coupe du Monde opposera l'Espagne aux Pays-Bas. Malgré de très bonne équipes au départ, j'ai complètement foiré le pari mutuel établi à la villa avec Brekkie, Gab et Harper. J'ai déjà perdu le pari sur le vainqueur (j'avais tout de même l'Allemagne, l'Uruguay et le Brésil), et je fais chou-blanc dans toutes les catégories : meilleur buteur, plus mauvaise équipe, plus gros écart de buts, but le plus rapide, carton rouge le plus rapide... Brekkie m'a appelé ce matin pendant Espagne-Allemagne pour me prévenir qu'un spectateur avait réussi à s'incruster sur le terrain, mais hélas, il n'était pas à poil, critère obligatoire pour prétendre à des dollars bonus. Je vais donc perdre le montant maximum sur ce pari (100$), une somme que j'épongerais aux trois quarts si l'Espagne sort vainqueur... C'est le dernier ticket de pari du Red Rock que je n'ai pas encore déchiré. Étant d'origine espagnole à 50%, mon intérêt durant cette finale ne sera pas uniquement financier...
Bon, les joueurs reviennent de leur pause-dîner (vous noterez au passage l'ellipse temporelle : j'ai commencé ce post à midi, je le termine à vingt heures), il faut que j'y retourne. Encore trois heures à jouer. Ce soir, je crois que l'on fait la fête. Mais pas trop tard, demain faut qu'on retourne à la boucherie.
Le Day 38 sur Winamax Le Day 1A du Main Event sur Winamax Le Day 1B du Main Event sur Winamax Le Day 1C du Main Event sur Winamax "
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Day 36 et 37
Amazon Room, deux heures du matin. Pas grand monde sur le banc de presse et dans les couloirs. La traditionnelle saison des fêtes a commencé aux WSOP à l'approche du Main Event. Barbecue Full Tilt au Golden Nugget, soirée Doyles Room au lounge du Encore... Demain, la fameuse soirée Everest au Pure, et la strip-club party de Bluff au Sapphire. Il n'y a qu'à se baisser dans les couloirs du Rio pour ramasser les invitations. Boissons à volonté, musique à fond, collègues de l'industrie et joueurs mélangés dans la bonne humeur : c'est le moment préféré de bon nombres des participants aux championnats du monde.
Mais cette année, je ne gouterai à rien de cela. La faute à un enfoiré nommé Ludovic Lacay, qui a atteint ce soir la table finale d'un des derniers tournois organisés avant le Main Event. Nous avons passé les deux dernières journées au Rio à suivre ses progrès, et demain, nous commettrons le sacrilège de travailler la veille du Main Event, puisque les neuf finalistes ont unanimement décidé de ne pas terminer le tournoi ce soir, préférant revenir dimanche en milieu d'après-midi.
Il a de la chance que je le considère comme un ami très cher, ce Ludovic Lacay. Il n'y en a pas beaucoup pour qui j'accepterais sans rechigner de faire trois tonnes d'heures supp' à la veille du tournoi le plus important de l'année. Mais ce fut un vrai bonheur que de le suivre à la trace tout au long de cette épreuve de Pot Limit Omaha à 10,000 dollars... Lui, ainsi que Tom Dwan et Phil Hellmuth. On avait rêvé d'un douzième bracelet potentiel, et d'une nouvelle nuit épique génératrice de sueurs froides pour les pros de Las Vegas, mais les deux se sont inclinés en demi-finales. J'espère que la conclusion sera la plus belle qui soit. Il est comme le vin, Cuts, il se bonifie avec le temps. Après avoir débuté en ligne comme tant d'autres sur les tables de cash-game en 6-max, progressant les échelons à toute vitesse, Ludovic s'est ensuite révélé être un compétiteur exceptionnel en tournois aux couleurs de Winamax. Puis, sous la tutelle d'Antony Lellouche, il est retourné vers le cash-game, mais en live, tenant admirablement son rang lors d'énormes parties à Marrakech et à Chypre contre des hommes d'affaires richissimmes qui n'ont pas froid aux yeux.
Bref, un joueur de plus en plus complet, qui se retrouve avec le deuxième plus gros tapis dans une variante qu'il n'a finalement que peu pratiquée... 80,000 mains jouées en ligne (un chiffre peu élevé pour n'importe quel grinder sérieux), quelques centaines d'heure en live, et seulement deux tournois. Mais, quand on est un bon joueur de cartes (et Ludovic est définitivement un GRAND joueur de cartes), l'adaptation devient une seconde nature. Dans cette épreuve, Ludovic s'est retrouvé dans la peau du joueur serré, lui qui avait foutu en l'air tant de tournoi de Hold'em par son excès d'agressivité.
Le Omaha en tournoi est un animal très, très différent du Hold'em. Point d'ante pour vous inciter à voler les coups lors du premier tour d'enchères. Un format Pot-Limit qui assure que l'on verra beaucoup de flops. Des coups qui sont souvent limpés, même lors du deuxième ou troisième jour. Pas d'intérêt, donc, à vouloir se lancer dans de gros bluffs avant le flop : l'échec est quasiment garanti. En terrain relativement inconnu, Ludovic s'est débrouillé à merveille, faisant progresser son tapis avec régularité et choisissant les bons moments pour prendre des risques. Après deux finales WPT et une finale EPT, c'est la première fois que Ludovic atteint la dernière table d'un tournoi des championnats du monde. Il fera face à de beaux clients dimanche : Miguel Proulx, québécois déjà détenteur d'un titre en PLO (acquis il y a trois semaines), Daniel Alaei (l'un des meilleurs joueurs tout-terrain du monde), Alex Kravchenko... Les écarts entre les gros et les petits tapis sont énormes : on devrait assister à plusieurs éliminations d'entrée de jeu, et sauf accident, Ludovic fera partie du top 6, lui assurant de prendre la première place du classement des gains français aux WSOP 2010, hors Main Event. L'année dernière, sa 16e place au Main Event lui avait permis de prendre la deuxième place de ce même classement, juste derrière Antoine Saout.
D'ordinaire, j'aime bien la jouer cool lors des deux derniers journées menant au Main Event. Il s'agit de ne pas se cramer avant le marathon de douze jours. Mais cette fois, le devoir me contraint à jouer les prolongations. Enfoiré de Ludovic Lacay. Le mieux, ce serait qu'il nous torche la finale en quatre heures chrono, comme Jason Mercier l'année dernière (dans la même variante), et comme ça, on serait tous en boîte à minuit. J'y crois. Fais nous rêver.
Pour revivre le parcours de Ludovic vers la finale :
Amazon Room, deux heures du matin. Pas grand monde sur le banc de presse et dans les couloirs. La traditionnelle saison des fêtes a commencé aux WSOP à l'approche du Main Event. Barbecue Full Tilt au Golden Nugget, soirée Doyles Room au lounge du Encore... Demain, la fameuse soirée Everest au Pure, et la strip-club party de Bluff au Sapphire. Il n'y a qu'à se baisser dans les couloirs du Rio pour ramasser les invitations. Boissons à volonté, musique à fond, collègues de l'industrie et joueurs mélangés dans la bonne humeur : c'est le moment préféré de bon nombres des participants aux championnats du monde.
Mais cette année, je ne gouterai à rien de cela. La faute à un enfoiré nommé Ludovic Lacay, qui a atteint ce soir la table finale d'un des derniers tournois organisés avant le Main Event. Nous avons passé les deux dernières journées au Rio à suivre ses progrès, et demain, nous commettrons le sacrilège de travailler la veille du Main Event, puisque les neuf finalistes ont unanimement décidé de ne pas terminer le tournoi ce soir, préférant revenir dimanche en milieu d'après-midi.
Il a de la chance que je le considère comme un ami très cher, ce Ludovic Lacay. Il n'y en a pas beaucoup pour qui j'accepterais sans rechigner de faire trois tonnes d'heures supp' à la veille du tournoi le plus important de l'année. Mais ce fut un vrai bonheur que de le suivre à la trace tout au long de cette épreuve de Pot Limit Omaha à 10,000 dollars... Lui, ainsi que Tom Dwan et Phil Hellmuth. On avait rêvé d'un douzième bracelet potentiel, et d'une nouvelle nuit épique génératrice de sueurs froides pour les pros de Las Vegas, mais les deux se sont inclinés en demi-finales. J'espère que la conclusion sera la plus belle qui soit. Il est comme le vin, Cuts, il se bonifie avec le temps. Après avoir débuté en ligne comme tant d'autres sur les tables de cash-game en 6-max, progressant les échelons à toute vitesse, Ludovic s'est ensuite révélé être un compétiteur exceptionnel en tournois aux couleurs de Winamax. Puis, sous la tutelle d'Antony Lellouche, il est retourné vers le cash-game, mais en live, tenant admirablement son rang lors d'énormes parties à Marrakech et à Chypre contre des hommes d'affaires richissimmes qui n'ont pas froid aux yeux.
Bref, un joueur de plus en plus complet, qui se retrouve avec le deuxième plus gros tapis dans une variante qu'il n'a finalement que peu pratiquée... 80,000 mains jouées en ligne (un chiffre peu élevé pour n'importe quel grinder sérieux), quelques centaines d'heure en live, et seulement deux tournois. Mais, quand on est un bon joueur de cartes (et Ludovic est définitivement un GRAND joueur de cartes), l'adaptation devient une seconde nature. Dans cette épreuve, Ludovic s'est retrouvé dans la peau du joueur serré, lui qui avait foutu en l'air tant de tournoi de Hold'em par son excès d'agressivité.
Le Omaha en tournoi est un animal très, très différent du Hold'em. Point d'ante pour vous inciter à voler les coups lors du premier tour d'enchères. Un format Pot-Limit qui assure que l'on verra beaucoup de flops. Des coups qui sont souvent limpés, même lors du deuxième ou troisième jour. Pas d'intérêt, donc, à vouloir se lancer dans de gros bluffs avant le flop : l'échec est quasiment garanti. En terrain relativement inconnu, Ludovic s'est débrouillé à merveille, faisant progresser son tapis avec régularité et choisissant les bons moments pour prendre des risques. Après deux finales WPT et une finale EPT, c'est la première fois que Ludovic atteint la dernière table d'un tournoi des championnats du monde. Il fera face à de beaux clients dimanche : Miguel Proulx, québécois déjà détenteur d'un titre en PLO (acquis il y a trois semaines), Daniel Alaei (l'un des meilleurs joueurs tout-terrain du monde), Alex Kravchenko... Les écarts entre les gros et les petits tapis sont énormes : on devrait assister à plusieurs éliminations d'entrée de jeu, et sauf accident, Ludovic fera partie du top 6, lui assurant de prendre la première place du classement des gains français aux WSOP 2010, hors Main Event. L'année dernière, sa 16e place au Main Event lui avait permis de prendre la deuxième place de ce même classement, juste derrière Antoine Saout.
D'ordinaire, j'aime bien la jouer cool lors des deux derniers journées menant au Main Event. Il s'agit de ne pas se cramer avant le marathon de douze jours. Mais cette fois, le devoir me contraint à jouer les prolongations. Enfoiré de Ludovic Lacay. Le mieux, ce serait qu'il nous torche la finale en quatre heures chrono, comme Jason Mercier l'année dernière (dans la même variante), et comme ça, on serait tous en boîte à minuit. J'y crois. Fais nous rêver.
Pour revivre le parcours de Ludovic vers la finale :
J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à surfer sur des sites pornographiques... Quel dur métier. Mais tout ceci dans un seul but journalistique, bien sur, vous me connaissez. C'est un confrère qui m'a mis sur la piste de la carrière parallèle d'une des masseuses travaillant au Rio... Disons que j'aurai du mal à la regarder du même œil, désormais, tant les clichés qui ont défilé sur l'écran de mon ordinateur poussaient l'explicite jusqu'à l'insoutenable. Ne comptez pas sur moi pour vous balancer des liens ou un nom. Pas mon style, c'est une fille gentille. Je me suis toujours dit que les masseuses qui travaillent jour et nuit aux WSOP ne sont finalement pas bien éloignées dans l'esprit des prostituées assises sur les tabourets du Hooker Bar, à quelques encablures de l'Amazon Room. Qu'est-ce qu'elles recherchent, au fond, si ce n'est de trouver le client parfait, celui qu'elles pourront faire cracher un maximum sur une longue période en échange d'un minimum d'effort ? C'est pour cela que certaines se spécialisent dans les tournois high-stakes, ceux à 10,000 dollars et plus, généralement organisés le soir à 17 heures. C'est là qu'on peut trouver les clients réguliers, les grosses baleines potentielles, ceux pour qui les pourboires se comptent en centaines de dollars. Et je ne serais pas surpris que quelques transactions un peu plus sordides soient conclues le soir, dans les chambres d'hôtel, après que les parties soient terminées. Guère étonnant, au fond, que ce soient les masseuses les plus jolies qui soient les plus demandées. Le massage à la table, c'est une « lapdance » tout public, un petit frisson érotique d'une demi-heure payé le prix fort pour tromper l'ennui durant le tournoi. Peu importe la qualité du massage : ce qui compte pour la plupart des joueurs, j'en ai bien peur, c'est qu'il soit administré par quelqu'un possédant de gros nichons. Vous préféreriez un excellent massage venant d'un mec ayant tous les diplômes, ou un massage pas terrible venant d'une star du porno ? A cette question, la plupart des joueurs répondront sans hésitation... Le beau cul, y'a pas photo. Là, tandis que j'écris ces lignes depuis le banc de presse, il y a deux mecs à quelques mètres devant moi en train de se faire masser pas cinq nanas en même temps. Une pour le cou, deux sur les mains, les deux dernières sur les pieds. On croirait une scène sortie d'un fantasme de lycéen. Le sultan dans son harem, affalé sur un fauteuil, entouré de ses dizaines d'esclaves. Avec leur air rigolard et leurs cocktails à la main, ils ont l'air d'apprécier la situation. L'apothéose du massage, le nirvana du pis-aller sexuel. Une soirée qui va probablement se terminer dans un strip-club, histoire de pousser la logique jusqu'au bout.
Ah, mais assez avec ces graveleuses considérations... Il est grand temps que les WSOP se terminent, avant ce que genre d'idées ne finissent de me ronger le cerveau. Las Vegas, le pognon, le vice, les dégénérés, l'alcool, les putes, les tables de craps et les buffets à service illimité, j'ai hâte de mettre tout ça derrière. Ceci dit, je vais rester à Las Vegas pour une bonne partie de l'été, tout du moins dans l'esprit, avec le bouquin de Pauly qui va m'occuper encore quelques semaines.
Là, il est 22 heures 43. Le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars bat son plein, mais j'ai décidé de ne rien écrire dessus avant très tard ce soir, parce qu'il est sept heures du matin en France et je n'ai pas envie de perdre mon temps à rédiger des paragraphes que personne ne va lire. J'ai laissé Harper s'occuper de la grosse affaire du Day 35 : la sixième finale française des WSOP 2010, probablement la dernière de l'été, sauf en cas de nouveau miracle dans le Main Event. Le héros tricolore du jour ? Guillaume Darcourt... Un joueur au style largement décrié par la plupart de ses compatriotes de collègues, malgré sa récente victoire au WPT de Bucarest. C'est sur qu'avec son profil de businessman qui a réussi dans la vie, Darcourt est loin de la nouvelle génération des gamins élevés au biberon du poker en ligne. Un style flamboyant, agressif à la table, bon vivant en dehors, avec une stratégie qui ne tient pas toujours la route, parfois hasardeuse et hors de contrôle, mais qui fonctionne à merveille les bons soirs, ceux où l'on touche de bonnes cartes. Quoi qu'on en dise, cela reste un bonhomme difficile à jouer... Et un fier représentant d'une certaine famille du poker français, forte en gueule, harangue à portée de bouche, à l'ancienne, quoi. Le bagage technique est moins lourd que chez les hardcore gamers du net, mais le cœur est gros comme ça. Guillaume Darcourt s'est finalement incliné en troisième place en début de soirée, empochant plus de 220,000 dollars, la meilleure performance financière française des WSOP 2010. A l'heure où j'écris ces lignes, Jon Eaton vient de reprendre le chip-lead, à tapis avant le flop avec As-Valet de coeur contre Roi-Dame de coeur. J'ai connu Eaton il y a quatre ans, lorsque je couvrais mes premiers tournois aux Etats-Unis. A l'époque, il faisait le même métier que moi, pour un site américain. Puis un jour, il a gagné 100,000 dollars lors d'un tournoi organisé à Los Angeles, et a posté un laconique compte-rendu sur mon blog : « Le journalisme, c'est fini. Dorénavant, je vais me consacrer exclusivement aux cartes. » J'avais rigolé de cette décision, mais trois ans plus tard, c'est Eaton qui rigole, à deux doigts de la récompense suprême pour tout joueur de poker. Derrière chaque joueur se cache un rêve de gamin : la gloire, la fortune, ou les deux mélangés. Cela fait longtemps que j'ai perdu mes illusions concernant ce milieu – l'implacable loi des grands noms fait que, pour chaque rêve qui se réalise, il y a cent, mille, dix mille espoirs déçus. Mais je peux encore apprécier les rares occasions où le compte de fées se transforme en réalité.
Une petite histoire de triche, ça vous dit ? Hier était organisé le premier tour du Shootout Limit à 1,500 dollars... Tard dans la nuit, un joueur américain d'origine chinoise du nom de Yueqi Zhu s'est retrouvé en tête à tête à l'une des cinquante tables (rappel : les tournois Shootout sont organisés sous forme de tournoi Sit-N-Go indépendants) Zhu disposait d'une large avance (35,000 contre 6,000, un truc dans le genre), mais se sentait fatigué, et malade : il a donc proposé à son adversaire une contrepartie financière en échange de son abandon. De la collusion pure et simple, contraire aux règles élémentaires du poker et à l'esprit des WSOP, où les arrangements financiers restent prohibés, tout du moins en public. L'autre joueur (je ne sais pas de qui il s'agit) a accepté, et le match s'est rapidement terminé. Les reporters de PokerNews ont eu vent de l'affaire, puis les organisateurs de l'épreuve. Sur le coup, les premiers restent silencieux sur l'incident, et les seconds laissent couler. Mais aujourd'hui, quand Zhu s'est pointé au Rio pour disputer le deuxième tour, les hommes en costard noir lui ont fait savoir qu'il était disqualifié, et ne pourrait prétendre au prix minimum de 4,135 dollars garanti à chaque vainqueur du premier tour. Ont suivi des excuses publiques de Zhu sur PokerNews, qui est un « Red Pro » sur Full Tilt Poker et a donc des statuts à protéger. C'est un peu dommage de se faire prendre la main dans le sac comme ça : quitte à vouloir s'engager dans des comportements déviants, autant le faire discrètement.
Hier, j'ai suivi de bout en bout la première journée du tournoi Short-Handed à 25,000 dollars. L'épreuve la plus bandante des WSOP, sans aucun doute : un field petit, mais costaud (191 joueurs parmi les meilleurs du monde), et des sensations fortes non-stop. Avec Harper, on est restés au taquet dix heures durant, chroniquant les progrès de la dizaine de français en course. Au final, encore un bilan catastrophique : aucun n'a passé le Day 1, à l'exception d'Anthony Roux, dont le petit tapis allait être rapidement liquidé le lendemain. Certains ont joué de malchance, comme Thomas Bichon, tandis que d'autres ont simplement poursuivi un été désastreux (David Benyamine, ElkY...) Enfin, on peut relativiser en remarquant que presque deux tiers des partants ont sauté le premier jour. J'ai en tout cas pris un réel plaisir à courir entre les tables, une fois n'est pas coutume. C'est en regardant jouer des mecs comme Isaac Haxton ou Phil Galfond que l'on prend conscience que le No Limit Hold'em est une affaire d'artistes, quand il est bien pratiqué. Rarement auparavant je n'avais été témoin d'une telle agression contrôlée, des attaques qui ne s'arrêtent jamais, en permanence sur la corde raide, de la pure beauté pokérienne... Avec six joueurs par table seulement, la part belle est donnée aux joueurs actifs, pas aux attentistes. Le field de ce tournoi était sans doute le plus jeune des WSOP, trente ans de moyenne d'âge à vue de nez : tous les cadors du Net étaient de sortie, tandis que certains représentants de la vieille école avaient jeté l'éponge, comme Doyle Brunson et Phil Hellmuth. Phil Galfond est sorti de sa réserve habituelle, à l'inverse de Gus Hansen et Patrick Antonius, qui, comme chaque année, n'auront joué qu'une poignée de tournois à eux deux. J'imagine qu'ils se concentrent sur les cash-games. Autre chose à noter sur ce Short-Handed : il s'agissait probablement de l'épreuve la plus « sponsorisée » des WSOP. Difficile d'imaginer que plus de 20% des inscrits jouaient pour 100% de leurs gains : outre les joueurs sponsorisés par les sites, une vaste majorité des entrants avaient fait appel à du sponsoring privé (venant d'autres joueurs, donc), en plus d'échanger des pourcentages à droite à gauche. C'est pour cela que je prédis une ambiance explosive en table finale, avec les poulains de chaque joueur rassemblés sur les gradins, vociférant de plus en plus en fort à mesure de l'augmentation de leurs gains. Là, la bulle va bientôt éclater (il y a 18 places payées), et bizarrement, c'est l'ancienne école qui mène la danse : Daniel Negreanu (qui a toujours le cul entre deux chaises, les nouvelles tendances et le style old-school), Carlos Mortensen (l'un des mes joueurs préférés) et Frank Kassella (déjà deux bracelets cet été).
Bon, faut que je retourne bosser. Encore deux grosses journées pour terminer les tournois préliminaires... Plein de fêtes en vue pour le 4 juillet, fête nationale américaine... Et douze jours de Main Event à toute vitesse. C'est bon, on a presque fini.
Carlos Mortensen, le François Pignon du poker, véritable artiste dès lors qu'il se retrouve en possession de beaucoup de jetons"
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Day 34 et Day 35
J'ai passé une bonne partie de l'après-midi à surfer sur des sites pornographiques... Quel dur métier. Mais tout ceci dans un seul but journalistique, bien sur, vous me connaissez. C'est un confrère qui m'a mis sur la piste de la carrière parallèle d'une des masseuses travaillant au Rio... Disons que j'aurai du mal à la regarder du même œil, désormais, tant les clichés qui ont défilé sur l'écran de mon ordinateur poussaient l'explicite jusqu'à l'insoutenable. Ne comptez pas sur moi pour vous balancer des liens ou un nom. Pas mon style, c'est une fille gentille. Je me suis toujours dit que les masseuses qui travaillent jour et nuit aux WSOP ne sont finalement pas bien éloignées dans l'esprit des prostituées assises sur les tabourets du Hooker Bar, à quelques encablures de l'Amazon Room. Qu'est-ce qu'elles recherchent, au fond, si ce n'est de trouver le client parfait, celui qu'elles pourront faire cracher un maximum sur une longue période en échange d'un minimum d'effort ? C'est pour cela que certaines se spécialisent dans les tournois high-stakes, ceux à 10,000 dollars et plus, généralement organisés le soir à 17 heures. C'est là qu'on peut trouver les clients réguliers, les grosses baleines potentielles, ceux pour qui les pourboires se comptent en centaines de dollars. Et je ne serais pas surpris que quelques transactions un peu plus sordides soient conclues le soir, dans les chambres d'hôtel, après que les parties soient terminées. Guère étonnant, au fond, que ce soient les masseuses les plus jolies qui soient les plus demandées. Le massage à la table, c'est une « lapdance » tout public, un petit frisson érotique d'une demi-heure payé le prix fort pour tromper l'ennui durant le tournoi. Peu importe la qualité du massage : ce qui compte pour la plupart des joueurs, j'en ai bien peur, c'est qu'il soit administré par quelqu'un possédant de gros nichons. Vous préféreriez un excellent massage venant d'un mec ayant tous les diplômes, ou un massage pas terrible venant d'une star du porno ? A cette question, la plupart des joueurs répondront sans hésitation... Le beau cul, y'a pas photo. Là, tandis que j'écris ces lignes depuis le banc de presse, il y a deux mecs à quelques mètres devant moi en train de se faire masser pas cinq nanas en même temps. Une pour le cou, deux sur les mains, les deux dernières sur les pieds. On croirait une scène sortie d'un fantasme de lycéen. Le sultan dans son harem, affalé sur un fauteuil, entouré de ses dizaines d'esclaves. Avec leur air rigolard et leurs cocktails à la main, ils ont l'air d'apprécier la situation. L'apothéose du massage, le nirvana du pis-aller sexuel. Une soirée qui va probablement se terminer dans un strip-club, histoire de pousser la logique jusqu'au bout.
Ah, mais assez avec ces graveleuses considérations... Il est grand temps que les WSOP se terminent, avant ce que genre d'idées ne finissent de me ronger le cerveau. Las Vegas, le pognon, le vice, les dégénérés, l'alcool, les putes, les tables de craps et les buffets à service illimité, j'ai hâte de mettre tout ça derrière. Ceci dit, je vais rester à Las Vegas pour une bonne partie de l'été, tout du moins dans l'esprit, avec le bouquin de Pauly qui va m'occuper encore quelques semaines.
Là, il est 22 heures 43. Le Pot Limit Omaha à 10,000 dollars bat son plein, mais j'ai décidé de ne rien écrire dessus avant très tard ce soir, parce qu'il est sept heures du matin en France et je n'ai pas envie de perdre mon temps à rédiger des paragraphes que personne ne va lire. J'ai laissé Harper s'occuper de la grosse affaire du Day 35 : la sixième finale française des WSOP 2010, probablement la dernière de l'été, sauf en cas de nouveau miracle dans le Main Event. Le héros tricolore du jour ? Guillaume Darcourt... Un joueur au style largement décrié par la plupart de ses compatriotes de collègues, malgré sa récente victoire au WPT de Bucarest. C'est sur qu'avec son profil de businessman qui a réussi dans la vie, Darcourt est loin de la nouvelle génération des gamins élevés au biberon du poker en ligne. Un style flamboyant, agressif à la table, bon vivant en dehors, avec une stratégie qui ne tient pas toujours la route, parfois hasardeuse et hors de contrôle, mais qui fonctionne à merveille les bons soirs, ceux où l'on touche de bonnes cartes. Quoi qu'on en dise, cela reste un bonhomme difficile à jouer... Et un fier représentant d'une certaine famille du poker français, forte en gueule, harangue à portée de bouche, à l'ancienne, quoi. Le bagage technique est moins lourd que chez les hardcore gamers du net, mais le cœur est gros comme ça. Guillaume Darcourt s'est finalement incliné en troisième place en début de soirée, empochant plus de 220,000 dollars, la meilleure performance financière française des WSOP 2010. A l'heure où j'écris ces lignes, Jon Eaton vient de reprendre le chip-lead, à tapis avant le flop avec As-Valet de coeur contre Roi-Dame de coeur. J'ai connu Eaton il y a quatre ans, lorsque je couvrais mes premiers tournois aux Etats-Unis. A l'époque, il faisait le même métier que moi, pour un site américain. Puis un jour, il a gagné 100,000 dollars lors d'un tournoi organisé à Los Angeles, et a posté un laconique compte-rendu sur mon blog : « Le journalisme, c'est fini. Dorénavant, je vais me consacrer exclusivement aux cartes. » J'avais rigolé de cette décision, mais trois ans plus tard, c'est Eaton qui rigole, à deux doigts de la récompense suprême pour tout joueur de poker. Derrière chaque joueur se cache un rêve de gamin : la gloire, la fortune, ou les deux mélangés. Cela fait longtemps que j'ai perdu mes illusions concernant ce milieu – l'implacable loi des grands noms fait que, pour chaque rêve qui se réalise, il y a cent, mille, dix mille espoirs déçus. Mais je peux encore apprécier les rares occasions où le compte de fées se transforme en réalité.
Une petite histoire de triche, ça vous dit ? Hier était organisé le premier tour du Shootout Limit à 1,500 dollars... Tard dans la nuit, un joueur américain d'origine chinoise du nom de Yueqi Zhu s'est retrouvé en tête à tête à l'une des cinquante tables (rappel : les tournois Shootout sont organisés sous forme de tournoi Sit-N-Go indépendants) Zhu disposait d'une large avance (35,000 contre 6,000, un truc dans le genre), mais se sentait fatigué, et malade : il a donc proposé à son adversaire une contrepartie financière en échange de son abandon. De la collusion pure et simple, contraire aux règles élémentaires du poker et à l'esprit des WSOP, où les arrangements financiers restent prohibés, tout du moins en public. L'autre joueur (je ne sais pas de qui il s'agit) a accepté, et le match s'est rapidement terminé. Les reporters de PokerNews ont eu vent de l'affaire, puis les organisateurs de l'épreuve. Sur le coup, les premiers restent silencieux sur l'incident, et les seconds laissent couler. Mais aujourd'hui, quand Zhu s'est pointé au Rio pour disputer le deuxième tour, les hommes en costard noir lui ont fait savoir qu'il était disqualifié, et ne pourrait prétendre au prix minimum de 4,135 dollars garanti à chaque vainqueur du premier tour. Ont suivi des excuses publiques de Zhu sur PokerNews, qui est un « Red Pro » sur Full Tilt Poker et a donc des statuts à protéger. C'est un peu dommage de se faire prendre la main dans le sac comme ça : quitte à vouloir s'engager dans des comportements déviants, autant le faire discrètement.
Hier, j'ai suivi de bout en bout la première journée du tournoi Short-Handed à 25,000 dollars. L'épreuve la plus bandante des WSOP, sans aucun doute : un field petit, mais costaud (191 joueurs parmi les meilleurs du monde), et des sensations fortes non-stop. Avec Harper, on est restés au taquet dix heures durant, chroniquant les progrès de la dizaine de français en course. Au final, encore un bilan catastrophique : aucun n'a passé le Day 1, à l'exception d'Anthony Roux, dont le petit tapis allait être rapidement liquidé le lendemain. Certains ont joué de malchance, comme Thomas Bichon, tandis que d'autres ont simplement poursuivi un été désastreux (David Benyamine, ElkY...) Enfin, on peut relativiser en remarquant que presque deux tiers des partants ont sauté le premier jour. J'ai en tout cas pris un réel plaisir à courir entre les tables, une fois n'est pas coutume. C'est en regardant jouer des mecs comme Isaac Haxton ou Phil Galfond que l'on prend conscience que le No Limit Hold'em est une affaire d'artistes, quand il est bien pratiqué. Rarement auparavant je n'avais été témoin d'une telle agression contrôlée, des attaques qui ne s'arrêtent jamais, en permanence sur la corde raide, de la pure beauté pokérienne... Avec six joueurs par table seulement, la part belle est donnée aux joueurs actifs, pas aux attentistes. Le field de ce tournoi était sans doute le plus jeune des WSOP, trente ans de moyenne d'âge à vue de nez : tous les cadors du Net étaient de sortie, tandis que certains représentants de la vieille école avaient jeté l'éponge, comme Doyle Brunson et Phil Hellmuth. Phil Galfond est sorti de sa réserve habituelle, à l'inverse de Gus Hansen et Patrick Antonius, qui, comme chaque année, n'auront joué qu'une poignée de tournois à eux deux. J'imagine qu'ils se concentrent sur les cash-games. Autre chose à noter sur ce Short-Handed : il s'agissait probablement de l'épreuve la plus « sponsorisée » des WSOP. Difficile d'imaginer que plus de 20% des inscrits jouaient pour 100% de leurs gains : outre les joueurs sponsorisés par les sites, une vaste majorité des entrants avaient fait appel à du sponsoring privé (venant d'autres joueurs, donc), en plus d'échanger des pourcentages à droite à gauche. C'est pour cela que je prédis une ambiance explosive en table finale, avec les poulains de chaque joueur rassemblés sur les gradins, vociférant de plus en plus en fort à mesure de l'augmentation de leurs gains. Là, la bulle va bientôt éclater (il y a 18 places payées), et bizarrement, c'est l'ancienne école qui mène la danse : Daniel Negreanu (qui a toujours le cul entre deux chaises, les nouvelles tendances et le style old-school), Carlos Mortensen (l'un des mes joueurs préférés) et Frank Kassella (déjà deux bracelets cet été).
Bon, faut que je retourne bosser. Encore deux grosses journées pour terminer les tournois préliminaires... Plein de fêtes en vue pour le 4 juillet, fête nationale américaine... Et douze jours de Main Event à toute vitesse. C'est bon, on a presque fini.
Carlos Mortensen, le François Pignon du poker, véritable artiste dès lors qu'il se retrouve en possession de beaucoup de jetons"
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Day 32 et 33
Amazon Room, mardi, 21 heures 52. Soirée calme : aucune finale n'est au programme. Le banc de presse est à moitié vidé de ses occupants habituels. Mais de toute façon, passé vingt heures, il n'y a quasiment plus personne pour regarder les épreuves. Les organisateurs des WSOP distribuent chaque année des centaines d'accréditations, mais presque personne n'en fait véritablement usage.
Et je ne leur donne pas tort, à ceux qui sont déjà partis ce soir : on se fait rudement chier, ici. La manière la plus improductive et ennuyeuse de couvrir un tournoi de poker, c'est tout simplement de le regarder de près. Passer des heures à déambuler entre les tables à la recherche d'un coup intéressant, patienter de longues minutes devant deux joueurs en attendant que l'un d'entre eux se décide, mais il finit toujours par passer, alors on ne voit pas les cartes et il n'y a rien d'intéressant à écrire, et on passe à la table suivante, en espérant que quelque chose se produise. Mais quand quelque chose finit par se produire, on se demande tout de même si cela vaut la peine d'être raconté. Qui est-ce que ça intéresse, ces coups de poker, ces décomptes de tapis en plein milieu de la première où la deuxième journée, quand il reste encore plusieurs centaines de joueurs en course ? Cela fait trente jours que Pauly pond un article par jour sans avoir jamais une seule fois mentionné un coup de cartes, et son blog est tellement bon que c'est le seul site que je me bornerais à lire si je n'étais pas sur place.
Si ça ne tenait qu'à moi, je ne couvrirais que les tables finales... La fin, c'est la période la plus importante d'un tournoi, non ? Je me posterais sur les gradins avec mon carnet de notes, j'étudierais les profils de chacun des joueurs avec attention, j'essaierais de décrypter un semblant de scénario, décrire l'ambiance, les cris autour de la table finale, les rebondissements de dernière minute et les bad-beats improbables, et je parlerais quelques minutes avec le vainqueur, en essayant de comprendre d'où il vient, pourquoi il est là, ce qu'il compte faire désormais, ce genre de trucs.
Là, nos reportages suivent une formule bien établie, rodée, mais que j'ai de plus en plus de mal à apprécier. Au démarrage de chaque épreuve, on se pointe, on repère qui est là parmi les français, on prend quelques photos, on discute un peu, mais ce n'est pas facile car ils sont en train de jouer, et la dernière chose que j'ai envie, c'est d'aller faire chier un mec qui vient de payer 5,000 dollars pour disputer un tournoi de cartes. Une fois les présentations faites, on essaie de suivre la trace nos poulains tout au long de la journée, en essayant de dresser un tableau exhaustif de la situation, ce qui relève de l'impossible car nous ne sommes que deux pour couvrir quatre, cinq ou six épreuves en simultané, et même si nous étions cinquante, les contraintes du règlement nous tomberaient dessus (un seul article par heure et par tournoi, c'est la règle). A la fin de la journée, on compte les survivants, et on dit au revoir, à demain, puis l'on revient douze heures plus tard pour reprendre l'épreuve là où elle s'était arrêtée. Et ainsi de suite jusqu'à la table finale.
Ce genre de formule marche à merveille quand un français va loin, comme lors du Short-Handed à 5,000$ ou du Pot Limit à 10,000$. Des premiers coups jusqu'au dernier, on retrace son parcours, on suit son évolution, on l'écoute raconter ses humeurs, ses plans, ses stratégies. Mais dans des jours comme ceux que l'on vient de voir, ce plan montre clairement ses limites. Cas d'école : le Pot Limit Omaha à 5,000 dollars. Il y avait plein de français en course, et des bons, mais au final, j'ai passé la soirée à compter les morts sans vraiment avoir rien d'intéressant à raconter. D'une quinzaine au départ de l'épreuve ils n'étaient plus que trois au terme du premier jour, et tous se sont fait liquider en deux heures. Dans le Day 2 du No Limit Hold'em à 1,500 dollars, c'est la même chose : j'ai patiemment retrouvé les huit français au départ, chroniqué leur entrée dans l'argent, et... passé le reste de l'après-midi à rayer des noms sur mon carnet, incapable d'être là au bon moment pour attraper au vol les coups importants. Quand je dis que regarder un tournoi de poker est improductif et ennuyeux (je parle des journées avant la finale, là), je suis sérieux : on perd notre temps. Toutes ces mains, ces éliminations, ces news publiées en cours de partie, elles ne servent à rien, elles sont aussitôt oubliées une fois publiées. Dans l'idéal, il faudrait se concentrer sur les succès, et oublier les échecs. Le problème, c'est que ces derniers constituent 99% de la vie d'un joueur de tournoi. Et j'ai l'impression d'avoir passé l'été à chroniquer les ratages français.
A l'heure où j'écris, 47 des 57 épreuves des WSOP sont derrière nous, et il n'y a pas de quoi être fier du bilan tricolore, comparé aux années précédentes. Certes, nous pouvons nous targuer d'une victoire dans le Ladies Event, mais c'est l'arbre centenaire qui cache une forêt de plantes vertes : des min-cash par dizaines, résultats insignifiants vite oubliés, cinq finales seulement, et beaucoup, beaucoup d'occasions manquées, de demi-histoires, de « et si ? » : Bruno Launais et Tallix dans le 6-max, Nicolas Levi dans le Shootout, Marc Inizan et Clément Thumy dans le 10,000 PLO, Cuts dans le heads-up... A chaque fois, l'histoire s'est arrêtée trop tôt pour être véritablement mémorable. On est restés sur notre faim.
Globalement, ces WSOP ne resteront pas dans les mémoires non plus. Peut-être que c'est la lassitude qui parle ? J'ai déjà oublié de quoi parlent la plupart des articles que j'ai écrits. Seuls trois noms restent en mémoire : Tom Dwan, Phil Ivey, et Michael Mizrachi. C'est déjà pas mal. Les autres, les Frank Kassella, Gavin Smith, Allen Kessler, Men the Master ? Tous rapidement balayés par les épreuves qui se succèdent jour après jour.
Ceci dit, nous n'en avons pas tout à fait terminé. Je place de gros espoirs sur les trois dernières semaines pour conclure les WSOP en beauté. Je peux déjà voir la fin comme si c'était demain : quatre jours intensifs là, tout de suite avec en point de focale le Short-Handed à 25,000 dollars, un tournoi qui me fait saliver à mort, puis une journée de pause avant le grand plongeon... Le Main Event. Douze journées en apnée (avec un entracte au milieu), et voilà. Si les français peuvent perfer sur au moins une de ces deux épreuves, alors ces deux mois à Vegas auront valu le coup.
Deux blogs de plus à lire : ChipBitch.net, de mon pote Alex, reporter pour PokerNews originaire du Costa Rica, de bonnes histoires bien salaces, et Under the Belt, de Maanu (Poker770), un mec avec qui j'ai partagé de nombreux bons moments dans les parties privées de Lille il y a cinq/six ans de cela, et que j'ai vu ensuite se transformer petit à petit en vrai reporter poker, avec son regard et sa sensibilité à lui.
Pour terminer, des nouvelles de Lost Vegas... Pauly a poussé cette semaine un immense soupir de soulagement en mettant un terme à cinq années d'effort : son ouvrage est maintenant disponible à la vente. Je l'ai félicité comme on congratule une maman qui vient d'accoucher. Le labeur a été long et douloureux. Pour la mise en circulation, le bon docteur a eu recours à ce tout nouveau procédé d'impression à la demande qui lui permet de ne pas se préoccuper de stocks et d'invendus : les livres ne sont imprimés qu'après la commande, et l'auteur est auto-publié (aucun éditeur ne vient s'interposer pour récupérer son pourcentage). De mon côté, j'ai obtenu un nouveau délai de la part de l'éditeur français, et suis désormais tenu d'avoir terminé la traduction française pour le mois de septembre. Dieu merci, je n'aurais jamais été prêt pour le 15 aout. Si vous n'avez pas l'envie ou le courage d'attendre, vous pouvez commander la VO en cliquant ici.
Amazon Room, mardi, 21 heures 52. Soirée calme : aucune finale n'est au programme. Le banc de presse est à moitié vidé de ses occupants habituels. Mais de toute façon, passé vingt heures, il n'y a quasiment plus personne pour regarder les épreuves. Les organisateurs des WSOP distribuent chaque année des centaines d'accréditations, mais presque personne n'en fait véritablement usage.
Et je ne leur donne pas tort, à ceux qui sont déjà partis ce soir : on se fait rudement chier, ici. La manière la plus improductive et ennuyeuse de couvrir un tournoi de poker, c'est tout simplement de le regarder de près. Passer des heures à déambuler entre les tables à la recherche d'un coup intéressant, patienter de longues minutes devant deux joueurs en attendant que l'un d'entre eux se décide, mais il finit toujours par passer, alors on ne voit pas les cartes et il n'y a rien d'intéressant à écrire, et on passe à la table suivante, en espérant que quelque chose se produise. Mais quand quelque chose finit par se produire, on se demande tout de même si cela vaut la peine d'être raconté. Qui est-ce que ça intéresse, ces coups de poker, ces décomptes de tapis en plein milieu de la première où la deuxième journée, quand il reste encore plusieurs centaines de joueurs en course ? Cela fait trente jours que Pauly pond un article par jour sans avoir jamais une seule fois mentionné un coup de cartes, et son blog est tellement bon que c'est le seul site que je me bornerais à lire si je n'étais pas sur place.
Si ça ne tenait qu'à moi, je ne couvrirais que les tables finales... La fin, c'est la période la plus importante d'un tournoi, non ? Je me posterais sur les gradins avec mon carnet de notes, j'étudierais les profils de chacun des joueurs avec attention, j'essaierais de décrypter un semblant de scénario, décrire l'ambiance, les cris autour de la table finale, les rebondissements de dernière minute et les bad-beats improbables, et je parlerais quelques minutes avec le vainqueur, en essayant de comprendre d'où il vient, pourquoi il est là, ce qu'il compte faire désormais, ce genre de trucs.
Là, nos reportages suivent une formule bien établie, rodée, mais que j'ai de plus en plus de mal à apprécier. Au démarrage de chaque épreuve, on se pointe, on repère qui est là parmi les français, on prend quelques photos, on discute un peu, mais ce n'est pas facile car ils sont en train de jouer, et la dernière chose que j'ai envie, c'est d'aller faire chier un mec qui vient de payer 5,000 dollars pour disputer un tournoi de cartes. Une fois les présentations faites, on essaie de suivre la trace nos poulains tout au long de la journée, en essayant de dresser un tableau exhaustif de la situation, ce qui relève de l'impossible car nous ne sommes que deux pour couvrir quatre, cinq ou six épreuves en simultané, et même si nous étions cinquante, les contraintes du règlement nous tomberaient dessus (un seul article par heure et par tournoi, c'est la règle). A la fin de la journée, on compte les survivants, et on dit au revoir, à demain, puis l'on revient douze heures plus tard pour reprendre l'épreuve là où elle s'était arrêtée. Et ainsi de suite jusqu'à la table finale.
Ce genre de formule marche à merveille quand un français va loin, comme lors du Short-Handed à 5,000$ ou du Pot Limit à 10,000$. Des premiers coups jusqu'au dernier, on retrace son parcours, on suit son évolution, on l'écoute raconter ses humeurs, ses plans, ses stratégies. Mais dans des jours comme ceux que l'on vient de voir, ce plan montre clairement ses limites. Cas d'école : le Pot Limit Omaha à 5,000 dollars. Il y avait plein de français en course, et des bons, mais au final, j'ai passé la soirée à compter les morts sans vraiment avoir rien d'intéressant à raconter. D'une quinzaine au départ de l'épreuve ils n'étaient plus que trois au terme du premier jour, et tous se sont fait liquider en deux heures. Dans le Day 2 du No Limit Hold'em à 1,500 dollars, c'est la même chose : j'ai patiemment retrouvé les huit français au départ, chroniqué leur entrée dans l'argent, et... passé le reste de l'après-midi à rayer des noms sur mon carnet, incapable d'être là au bon moment pour attraper au vol les coups importants. Quand je dis que regarder un tournoi de poker est improductif et ennuyeux (je parle des journées avant la finale, là), je suis sérieux : on perd notre temps. Toutes ces mains, ces éliminations, ces news publiées en cours de partie, elles ne servent à rien, elles sont aussitôt oubliées une fois publiées. Dans l'idéal, il faudrait se concentrer sur les succès, et oublier les échecs. Le problème, c'est que ces derniers constituent 99% de la vie d'un joueur de tournoi. Et j'ai l'impression d'avoir passé l'été à chroniquer les ratages français.
A l'heure où j'écris, 47 des 57 épreuves des WSOP sont derrière nous, et il n'y a pas de quoi être fier du bilan tricolore, comparé aux années précédentes. Certes, nous pouvons nous targuer d'une victoire dans le Ladies Event, mais c'est l'arbre centenaire qui cache une forêt de plantes vertes : des min-cash par dizaines, résultats insignifiants vite oubliés, cinq finales seulement, et beaucoup, beaucoup d'occasions manquées, de demi-histoires, de « et si ? » : Bruno Launais et Tallix dans le 6-max, Nicolas Levi dans le Shootout, Marc Inizan et Clément Thumy dans le 10,000 PLO, Cuts dans le heads-up... A chaque fois, l'histoire s'est arrêtée trop tôt pour être véritablement mémorable. On est restés sur notre faim.
Globalement, ces WSOP ne resteront pas dans les mémoires non plus. Peut-être que c'est la lassitude qui parle ? J'ai déjà oublié de quoi parlent la plupart des articles que j'ai écrits. Seuls trois noms restent en mémoire : Tom Dwan, Phil Ivey, et Michael Mizrachi. C'est déjà pas mal. Les autres, les Frank Kassella, Gavin Smith, Allen Kessler, Men the Master ? Tous rapidement balayés par les épreuves qui se succèdent jour après jour.
Ceci dit, nous n'en avons pas tout à fait terminé. Je place de gros espoirs sur les trois dernières semaines pour conclure les WSOP en beauté. Je peux déjà voir la fin comme si c'était demain : quatre jours intensifs là, tout de suite avec en point de focale le Short-Handed à 25,000 dollars, un tournoi qui me fait saliver à mort, puis une journée de pause avant le grand plongeon... Le Main Event. Douze journées en apnée (avec un entracte au milieu), et voilà. Si les français peuvent perfer sur au moins une de ces deux épreuves, alors ces deux mois à Vegas auront valu le coup.
Deux blogs de plus à lire : ChipBitch.net, de mon pote Alex, reporter pour PokerNews originaire du Costa Rica, de bonnes histoires bien salaces, et Under the Belt, de Maanu (Poker770), un mec avec qui j'ai partagé de nombreux bons moments dans les parties privées de Lille il y a cinq/six ans de cela, et que j'ai vu ensuite se transformer petit à petit en vrai reporter poker, avec son regard et sa sensibilité à lui.
Pour terminer, des nouvelles de Lost Vegas... Pauly a poussé cette semaine un immense soupir de soulagement en mettant un terme à cinq années d'effort : son ouvrage est maintenant disponible à la vente. Je l'ai félicité comme on congratule une maman qui vient d'accoucher. Le labeur a été long et douloureux. Pour la mise en circulation, le bon docteur a eu recours à ce tout nouveau procédé d'impression à la demande qui lui permet de ne pas se préoccuper de stocks et d'invendus : les livres ne sont imprimés qu'après la commande, et l'auteur est auto-publié (aucun éditeur ne vient s'interposer pour récupérer son pourcentage). De mon côté, j'ai obtenu un nouveau délai de la part de l'éditeur français, et suis désormais tenu d'avoir terminé la traduction française pour le mois de septembre. Dieu merci, je n'aurais jamais été prêt pour le 15 aout. Si vous n'avez pas l'envie ou le courage d'attendre, vous pouvez commander la VO en cliquant ici.
Les WSOP ont conclu un mois de poker non-stop par une journée assez décousue, plutôt plate, à en juger par la désertion qui a affecté le banc de presse. J'étais au Rio une bonne partie de la journée, mais ce serait mentir de dire que j'ai été très productif.
Tout le monde espérait une nouvelle table finale française avec Thomas Bichon dans la boucherie à 1,500$ numéro 45, mais le Corse s'est arrêté net en onzième place, effleurant la dernière table du bout des doigts après un coin-flip ultra classique (As-Roi contre deux Dames... what else ?). Après, la partie a continué sur l'un des podiums, et des brésiliens surexcités étaient rassemblés derrière leur poulain, déployant drapeaux et vuvuzelas. Tiens, m'étonne qu'il ait fallu attendre un mois pour les voir débarquer au Rio, ces foutues trompettes. Dans le tournoi « Mixed » (huit variantes) à 2,500 dollars, Alex Luneau fut rapidement éliminé, fermant le ban des joueurs français, et l'autre boucherie à 1,000 dollars ne m'a intéressé que le temps de repérer les deux ou trois tricolores encore en course après six heures de jeu.
La grosse affaire du jour était le Tournoi des Champions, ce tournoi freeroll hors-série sponsorisé par Harrah's à hauteur de un million de dollars, avec un casting trié sur le volet en partie constitué par les votes Internet du public. Ces derniers ont sans surprise plébiscité les vingt joueurs les plus vus à la télé depuis l'explosion médiatique du poker en 2003 : Negreanu, Hellmuth, Brunson, Ivey, Harman, Lederer, etc... Ils étaient tous là, donnant aux trois tables de l'épreuve l'air d'une retransmission WPT d'il y a six ans. Comme l'a fait remarquer Mike Matusow (invité d'office en sa qualité d'ancien champion du TdC), « tous les dinosaures sont là. Tant mieux, ils sont plus faciles à battre que les jeunes venus d'Internet ! » Les jeunes gamins du Net, justement, il y en avait tout de même deux : un amateur qualifié sur la plateforme online des WSOP (pas accessible sur le sol américain, loi oblige), et ElkY, qui avait remporté le SNG qualificatif organisé il y a deux semaines en compagnie d'une table de joueurs connus et reconnus mais non éligibles par vote, n'ayant pas gagné de bracelet (oui, c'était le critère pour pouvoir faire partie de l'épreuve). Je ne suis pas trop sur de l'intérêt d'un tel tournoi. C'est vrai que c'est sympa de la part d'Harrah's de reverser à la communauté un petit morceau des tonnes de dollars qu'ils se font chaque été durant les WSOP, mais vu le casting, l'argent finira dans les poches des joueurs les plus riches de la dite communauté. Dans l'ensemble, les joueurs présents n'apportent rien de véritablement nouveau, et ne représentent pas les tendances modernes du poker. Mais il est vrai que le poker à la télé ne fait plus recette depuis longtemps, et ESPN exigeait des valeurs sures, éprouvées pour s'assurer une audience pas trop catastrophique et rentabiliser son investissement.
La finale du Omaha High-Low à 5,000 dollars a rassemblé des profils intéressants... Rob Hollink, la légende hollandaise, vainqueur du premier EPT à Monte Carlo. Erik Seidel, le joueur de poker le plus drôle de Twitter, en quête d'un neuvième bracelet. Ce vieux vicelard de DevilFish, qui persiste à vouloir s'habiller comme son fils de vingt ans, sweat-shirts Ed Hardy et bagouzes aux doigts. Dan Shak, le requin de la finance et poisson du poker. Leif Force, le hippie découvert lors du Main Event 2009, et Perry Green... Vous n'avez jamais entendu parler de Perry Green ? Non, et moi non plus. C'est normal, personne ne se souvient jamais du mec qui termine second, c'est bien connu. Il y a 29 ans exactement, Perry Green était en tête à tête pour le titre de champion du monde de poker contre un certain Stu Ungar. Ce dernier, champion en titre, n'a fait qu'une bouchée de Green, qui avait pourtant remporté trois bracelets lors des éditions précédentes des WSOP. Un coup d'oeil au palmarès de Green révèle de nombreuses tables finales durant les années 80 et 90, avant un ralentissement compréhensible au 21e siècle – l'âge, surement. C'est en tout cas rafraichissant de voir que Doyle Brunson n'est pas le seul des anciens à encore faire vibrer la flamme du poker old-school. Il y a des tas de vieux anonymes comme Green qui continuent de se rendre chaque année aux WSOP, passant inaperçus la plupart du temps.
Au final, c'est Chris Bell qui remporte le bracelet dans cette épreuve. Une récompense méritée pour ce joueur solide et appliqué, qui été passé très proche en 2008 contre Davidi Kitai, échouant sur la dernière marche après un tête à tête de quatre heures. A l'époque, Bell était soutenu financièrement par Erik Lindgren... Je me demande si c'est encore le cas. Si oui, cela ferait deux victoires en deux jours pour les poulains de Lindgren, après le triomphe de Gavin Smith samedi soir.
Les WSOP ont conclu un mois de poker non-stop par une journée assez décousue, plutôt plate, à en juger par la désertion qui a affecté le banc de presse. J'étais au Rio une bonne partie de la journée, mais ce serait mentir de dire que j'ai été très productif.
Tout le monde espérait une nouvelle table finale française avec Thomas Bichon dans la boucherie à 1,500$ numéro 45, mais le Corse s'est arrêté net en onzième place, effleurant la dernière table du bout des doigts après un coin-flip ultra classique (As-Roi contre deux Dames... what else ?). Après, la partie a continué sur l'un des podiums, et des brésiliens surexcités étaient rassemblés derrière leur poulain, déployant drapeaux et vuvuzelas. Tiens, m'étonne qu'il ait fallu attendre un mois pour les voir débarquer au Rio, ces foutues trompettes. Dans le tournoi « Mixed » (huit variantes) à 2,500 dollars, Alex Luneau fut rapidement éliminé, fermant le ban des joueurs français, et l'autre boucherie à 1,000 dollars ne m'a intéressé que le temps de repérer les deux ou trois tricolores encore en course après six heures de jeu.
La grosse affaire du jour était le Tournoi des Champions, ce tournoi freeroll hors-série sponsorisé par Harrah's à hauteur de un million de dollars, avec un casting trié sur le volet en partie constitué par les votes Internet du public. Ces derniers ont sans surprise plébiscité les vingt joueurs les plus vus à la télé depuis l'explosion médiatique du poker en 2003 : Negreanu, Hellmuth, Brunson, Ivey, Harman, Lederer, etc... Ils étaient tous là, donnant aux trois tables de l'épreuve l'air d'une retransmission WPT d'il y a six ans. Comme l'a fait remarquer Mike Matusow (invité d'office en sa qualité d'ancien champion du TdC), « tous les dinosaures sont là. Tant mieux, ils sont plus faciles à battre que les jeunes venus d'Internet ! » Les jeunes gamins du Net, justement, il y en avait tout de même deux : un amateur qualifié sur la plateforme online des WSOP (pas accessible sur le sol américain, loi oblige), et ElkY, qui avait remporté le SNG qualificatif organisé il y a deux semaines en compagnie d'une table de joueurs connus et reconnus mais non éligibles par vote, n'ayant pas gagné de bracelet (oui, c'était le critère pour pouvoir faire partie de l'épreuve). Je ne suis pas trop sur de l'intérêt d'un tel tournoi. C'est vrai que c'est sympa de la part d'Harrah's de reverser à la communauté un petit morceau des tonnes de dollars qu'ils se font chaque été durant les WSOP, mais vu le casting, l'argent finira dans les poches des joueurs les plus riches de la dite communauté. Dans l'ensemble, les joueurs présents n'apportent rien de véritablement nouveau, et ne représentent pas les tendances modernes du poker. Mais il est vrai que le poker à la télé ne fait plus recette depuis longtemps, et ESPN exigeait des valeurs sures, éprouvées pour s'assurer une audience pas trop catastrophique et rentabiliser son investissement.
La finale du Omaha High-Low à 5,000 dollars a rassemblé des profils intéressants... Rob Hollink, la légende hollandaise, vainqueur du premier EPT à Monte Carlo. Erik Seidel, le joueur de poker le plus drôle de Twitter, en quête d'un neuvième bracelet. Ce vieux vicelard de DevilFish, qui persiste à vouloir s'habiller comme son fils de vingt ans, sweat-shirts Ed Hardy et bagouzes aux doigts. Dan Shak, le requin de la finance et poisson du poker. Leif Force, le hippie découvert lors du Main Event 2009, et Perry Green... Vous n'avez jamais entendu parler de Perry Green ? Non, et moi non plus. C'est normal, personne ne se souvient jamais du mec qui termine second, c'est bien connu. Il y a 29 ans exactement, Perry Green était en tête à tête pour le titre de champion du monde de poker contre un certain Stu Ungar. Ce dernier, champion en titre, n'a fait qu'une bouchée de Green, qui avait pourtant remporté trois bracelets lors des éditions précédentes des WSOP. Un coup d'oeil au palmarès de Green révèle de nombreuses tables finales durant les années 80 et 90, avant un ralentissement compréhensible au 21e siècle – l'âge, surement. C'est en tout cas rafraichissant de voir que Doyle Brunson n'est pas le seul des anciens à encore faire vibrer la flamme du poker old-school. Il y a des tas de vieux anonymes comme Green qui continuent de se rendre chaque année aux WSOP, passant inaperçus la plupart du temps.
Au final, c'est Chris Bell qui remporte le bracelet dans cette épreuve. Une récompense méritée pour ce joueur solide et appliqué, qui été passé très proche en 2008 contre Davidi Kitai, échouant sur la dernière marche après un tête à tête de quatre heures. A l'époque, Bell était soutenu financièrement par Erik Lindgren... Je me demande si c'est encore le cas. Si oui, cela ferait deux victoires en deux jours pour les poulains de Lindgren, après le triomphe de Gavin Smith samedi soir.
J'ai de plus en plus de mal à me lever le matin... Les heures de sommeil en retard accumulées quatre semaines durant commencent à réclamer leur dû. J'ai réussi à tenir tout le mois de juin avec un bon rythme, debout à neuf heures tous les matins, petit-dej, douche, consultation des classements des tournois devant la Coupe du Monde, mise à jour du palmarès, blog, et arrivée au Rio à 14 heures, prêt à affronter les épreuves de la journée. Maintenant, c'est une chance si j'arrive à ouvrir l'œil avant midi, et c'est à moitié endormi que je fonce à travers l'autoroute 215 vers Flamingo Road pour rejoindre l'Amazon Room et les WSOP.
L'Amazon Room, je n'y ai pas mis les pieds hier... pour la première fois depuis mon arrivée à Vegas. C'était ma seconde vraie journée de pause, mais j'avais passé quatre bonnes heures au Rio lors de la première. Je suis toujours un peu paumé, effrayé quand je m'arrête de travailler, un peu comme un lapin pris dans les phares d'une voiture fonçant à toute vitesse vers lui. Il y a une espèce de syndrome de Stockholm qui se développe quand on couvre les WSOP de manière intensive... On est dessus quinze heures par jour, on ne pense qu'à ça 24h/24, et quand on s'arrête, on est pris de remords, on se demande si on est pas en train de manquer quelque chose, et qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire maintenant qu'on a rien à faire ? Quand on est en plein dedans, on à qu'une envie : que ça se termine. Mais quand c'est enfin fini, un immense vide se crée. C'est la même chose tous les ans, aux alentours de la mi-juillet : il me faut en général une bonne semaine pour que le cliquetis des jetons disparaisse de mon esprit, et pour que la première pensée qui m'assaille le matin au réveil ne soit plus « merde, je suis en retard pour le Rio ».
C'était un samedi plein de promesses qui s'annonçait... J'étais invité à deux soirées privées dans les faubourgs de Vegas. Au final, j'ai décidé de la jouer tranquille. Pas envie de faire la fête. Pas encore. On a le temps. La vraie saison des fêtes aux WSOP approche à grands pas, avec les grands acteurs et personnalités de l'industrie rivalisant en budgets et ingéniosité pour organiser LA soirée dont tout le monde parlera le lendemain. A ce petit jeu, PokerStars va encore faire très fort, ayant réussi à débaucher Snoop Doggy Dog pour assurer l'intermède musical. Snoop Dog, la vache ! Je me rappelle d'un soir aux Bahamas en janvier dernier, j'étais au bar avec les employés de PokerStars dont le job est de planifier ce genre de fêtes... Après avoir eu Nelly pour les WSOP 2009 et l'une des gonzesses de Destiny's Child pour la PCA 2010, ils se demandaient quel serait le prochain invité. Il leur fallait mettre la barre encore plus haut. Bon, moi, Nelly et Destiny's Child, j'en ai rien à secouer, mais pour certains c'est une grosse affaire. Bref, quelques noms avaient été lancés à la ronde (Wycleef Jean, par exemple), et Otis (le bloggeur en chef de PS) s'était fait rire au nez avec sa suggestion de Snoop Dog. Six mois plus tard, la blague s'est transformée en réalité, et je parie que l'on va se bousculer au portillon pour entrer dans la boîte du Palm's où sera organisée la soirée... L'accès se fera uniquement sur invitation, avec des centaines de qualifiés PokerStars et personnalités de l'industrie. Je pense pouvoir obtenir un ticket assez facilement. Je me demande s'il y aura un marché noir pour tous ceux qui n'auront pas réussi à décrocher une invitation...
Bref, pour ma journée de pause, point de débauche ni d'agapes mémorables... Un petit tennis en milieu d'après-midi avec le Team Winamax. Je me suis fait déchirer par Tallix, mais je me suis bien défendu dans la série de tie-breaks contre les autres (Furax, Chawips, Clément Thumy...). Après, direction Pasta Mia pour l'anniversaire de Change100, la copine de Pauly. Si Pauly est comme un frère pour moi, alors Change est une sœur. Je suis rentré à la maison vers 22 heures sans plan précis. Pas envie d'aller me coucher tout de suite : direction le casino Red Rock, l'établissement de jeu le plus proche de la villa. J'ai collecté mes gains sur les paris du premier tour de la Coupe du Monde (pas grand chose, malheureusement, juste le score nul sur le match d'ouverture), et tout réinvesti sur Allemagne-Angleterre. Je prévoyais un autre nul, mais je me suis salement planté. J'ai déchiré mon ticket sur la victoire de l'Angleterre : ne me reste plus que le Portugal et l'Espagne comme vainqueurs potentiellement lucratifs... Et le Brésil, qui fait partie de mon club des 8 dans la feuille de paris à quatre établie avec Harper, Gab et Yuestud. Je me suis assis en cash-game avec les serrures locales. Tout se passait bien jusqu'à que je tente un bluff assez vaseux contre un vieux sur un board As-8-3-7-As. Enfin, il a quand même réfléchi cinq bonnes minutes avec sa paire de 9, je suis resté de marbre avec mon 10-8 tourné en bluff, mais il n'aurait jamais passé de toute façon, je n'aurais pas du m'enteter. Je termine à moins 120 dollars. Jusqu'à présent, le bilan poker de ce séjour est assez moche (comme chaque année). J'ai gagné cent lors de ma première session au MGM. J'ai joué trois sessions au Rio pendant les pauses-dîner (moins 300, moins 150, plus 8), et un tournoi à cent dollars où j'ai fait absolument n'importe quoi. Total provisoire : moins 562 dollars... Bon, à 300 dollars la cave, ce n'est pas la fin du monde non plus. J'ai du jouer une dizaine d'heures au total, soit 250 mains grand max.
Le thème des deux dernières journées des WSOP ? La rédemption... Avec deux victoires qui sonnent comme des revanches, celles de Dean Hamrick et Gavin Smith. Hamrick, c'est ce jeune pas gâté par la vie (il est né avec un pied-bot et traîne ses béquilles partout avec lui) qui avait terminé en dixième place du Main Event en 2008, l'une des places les plus cruelles qui soient pour un joueur de poker, car on manque la table finale, le statut de « November Nine » et les contrats de sponsoring juteux qui vont avec. L'année suivante, Hemrick vivait à nouveau la frustration avec une finale dans un tournoi de No Limit à 1,500 dollars. Cette fois, il a enfin réussi à aller jusqu'au bout dans une autre épreuve à 1,500 dollars, remportant 604,000 dollars sous l'oeil de son pote Joe Cada, le champion du mond en titre. Arnaud Mattern était à sa table durant la seconde journée, et m'a confié qu'Hamrick était tombé à 3,000 aux blindes 3,000/6,000. Il a doublé son tapis cinq fois de suite, a triplé ensuite, et assommé la concurrence jusqu'au duel final. Belle revanche sur l'adversité. Même sentiment concernant Gavin Smith, un mec régulièrement mentionné dans des articles aux titre du genre « Les meilleurs joueurs à n'avoir jamais remporté de bracelet ». Je ne suis pas sur de partager cette opinion, considérant plutôt que Smith est un bon joueur qui a eu un bon rush en 2005/2006 avec une victoire WPT et d'autres très bons résultats, mais était passé ensuite dans le clan des « has been », n'ayant jamais su d'adapter à l'évolution ultra-rapide du style de jeu en tournoi, un sérieux problème avec la boisson n'ayant rien fait pour arranger cela. Félicitations tout de même : d'après ce que j'ai pu lire ça et là, sa prestation dans l'épreuve de Hold'em Mixed (Limit / No Limit) fut en tous points excellente, digne du grand joueur qu'il fut un temps.
J'ai de plus en plus de mal à me lever le matin... Les heures de sommeil en retard accumulées quatre semaines durant commencent à réclamer leur dû. J'ai réussi à tenir tout le mois de juin avec un bon rythme, debout à neuf heures tous les matins, petit-dej, douche, consultation des classements des tournois devant la Coupe du Monde, mise à jour du palmarès, blog, et arrivée au Rio à 14 heures, prêt à affronter les épreuves de la journée. Maintenant, c'est une chance si j'arrive à ouvrir l'œil avant midi, et c'est à moitié endormi que je fonce à travers l'autoroute 215 vers Flamingo Road pour rejoindre l'Amazon Room et les WSOP.
L'Amazon Room, je n'y ai pas mis les pieds hier... pour la première fois depuis mon arrivée à Vegas. C'était ma seconde vraie journée de pause, mais j'avais passé quatre bonnes heures au Rio lors de la première. Je suis toujours un peu paumé, effrayé quand je m'arrête de travailler, un peu comme un lapin pris dans les phares d'une voiture fonçant à toute vitesse vers lui. Il y a une espèce de syndrome de Stockholm qui se développe quand on couvre les WSOP de manière intensive... On est dessus quinze heures par jour, on ne pense qu'à ça 24h/24, et quand on s'arrête, on est pris de remords, on se demande si on est pas en train de manquer quelque chose, et qu'est-ce qu'on va bien pouvoir faire maintenant qu'on a rien à faire ? Quand on est en plein dedans, on à qu'une envie : que ça se termine. Mais quand c'est enfin fini, un immense vide se crée. C'est la même chose tous les ans, aux alentours de la mi-juillet : il me faut en général une bonne semaine pour que le cliquetis des jetons disparaisse de mon esprit, et pour que la première pensée qui m'assaille le matin au réveil ne soit plus « merde, je suis en retard pour le Rio ».
C'était un samedi plein de promesses qui s'annonçait... J'étais invité à deux soirées privées dans les faubourgs de Vegas. Au final, j'ai décidé de la jouer tranquille. Pas envie de faire la fête. Pas encore. On a le temps. La vraie saison des fêtes aux WSOP approche à grands pas, avec les grands acteurs et personnalités de l'industrie rivalisant en budgets et ingéniosité pour organiser LA soirée dont tout le monde parlera le lendemain. A ce petit jeu, PokerStars va encore faire très fort, ayant réussi à débaucher Snoop Doggy Dog pour assurer l'intermède musical. Snoop Dog, la vache ! Je me rappelle d'un soir aux Bahamas en janvier dernier, j'étais au bar avec les employés de PokerStars dont le job est de planifier ce genre de fêtes... Après avoir eu Nelly pour les WSOP 2009 et l'une des gonzesses de Destiny's Child pour la PCA 2010, ils se demandaient quel serait le prochain invité. Il leur fallait mettre la barre encore plus haut. Bon, moi, Nelly et Destiny's Child, j'en ai rien à secouer, mais pour certains c'est une grosse affaire. Bref, quelques noms avaient été lancés à la ronde (Wycleef Jean, par exemple), et Otis (le bloggeur en chef de PS) s'était fait rire au nez avec sa suggestion de Snoop Dog. Six mois plus tard, la blague s'est transformée en réalité, et je parie que l'on va se bousculer au portillon pour entrer dans la boîte du Palm's où sera organisée la soirée... L'accès se fera uniquement sur invitation, avec des centaines de qualifiés PokerStars et personnalités de l'industrie. Je pense pouvoir obtenir un ticket assez facilement. Je me demande s'il y aura un marché noir pour tous ceux qui n'auront pas réussi à décrocher une invitation...
Bref, pour ma journée de pause, point de débauche ni d'agapes mémorables... Un petit tennis en milieu d'après-midi avec le Team Winamax. Je me suis fait déchirer par Tallix, mais je me suis bien défendu dans la série de tie-breaks contre les autres (Furax, Chawips, Clément Thumy...). Après, direction Pasta Mia pour l'anniversaire de Change100, la copine de Pauly. Si Pauly est comme un frère pour moi, alors Change est une sœur. Je suis rentré à la maison vers 22 heures sans plan précis. Pas envie d'aller me coucher tout de suite : direction le casino Red Rock, l'établissement de jeu le plus proche de la villa. J'ai collecté mes gains sur les paris du premier tour de la Coupe du Monde (pas grand chose, malheureusement, juste le score nul sur le match d'ouverture), et tout réinvesti sur Allemagne-Angleterre. Je prévoyais un autre nul, mais je me suis salement planté. J'ai déchiré mon ticket sur la victoire de l'Angleterre : ne me reste plus que le Portugal et l'Espagne comme vainqueurs potentiellement lucratifs... Et le Brésil, qui fait partie de mon club des 8 dans la feuille de paris à quatre établie avec Harper, Gab et Yuestud. Je me suis assis en cash-game avec les serrures locales. Tout se passait bien jusqu'à que je tente un bluff assez vaseux contre un vieux sur un board As-8-3-7-As. Enfin, il a quand même réfléchi cinq bonnes minutes avec sa paire de 9, je suis resté de marbre avec mon 10-8 tourné en bluff, mais il n'aurait jamais passé de toute façon, je n'aurais pas du m'enteter. Je termine à moins 120 dollars. Jusqu'à présent, le bilan poker de ce séjour est assez moche (comme chaque année). J'ai gagné cent lors de ma première session au MGM. J'ai joué trois sessions au Rio pendant les pauses-dîner (moins 300, moins 150, plus 8), et un tournoi à cent dollars où j'ai fait absolument n'importe quoi. Total provisoire : moins 562 dollars... Bon, à 300 dollars la cave, ce n'est pas la fin du monde non plus. J'ai du jouer une dizaine d'heures au total, soit 250 mains grand max.
Le thème des deux dernières journées des WSOP ? La rédemption... Avec deux victoires qui sonnent comme des revanches, celles de Dean Hamrick et Gavin Smith. Hamrick, c'est ce jeune pas gâté par la vie (il est né avec un pied-bot et traîne ses béquilles partout avec lui) qui avait terminé en dixième place du Main Event en 2008, l'une des places les plus cruelles qui soient pour un joueur de poker, car on manque la table finale, le statut de « November Nine » et les contrats de sponsoring juteux qui vont avec. L'année suivante, Hemrick vivait à nouveau la frustration avec une finale dans un tournoi de No Limit à 1,500 dollars. Cette fois, il a enfin réussi à aller jusqu'au bout dans une autre épreuve à 1,500 dollars, remportant 604,000 dollars sous l'oeil de son pote Joe Cada, le champion du mond en titre. Arnaud Mattern était à sa table durant la seconde journée, et m'a confié qu'Hamrick était tombé à 3,000 aux blindes 3,000/6,000. Il a doublé son tapis cinq fois de suite, a triplé ensuite, et assommé la concurrence jusqu'au duel final. Belle revanche sur l'adversité. Même sentiment concernant Gavin Smith, un mec régulièrement mentionné dans des articles aux titre du genre « Les meilleurs joueurs à n'avoir jamais remporté de bracelet ». Je ne suis pas sur de partager cette opinion, considérant plutôt que Smith est un bon joueur qui a eu un bon rush en 2005/2006 avec une victoire WPT et d'autres très bons résultats, mais était passé ensuite dans le clan des « has been », n'ayant jamais su d'adapter à l'évolution ultra-rapide du style de jeu en tournoi, un sérieux problème avec la boisson n'ayant rien fait pour arranger cela. Félicitations tout de même : d'après ce que j'ai pu lire ça et là, sa prestation dans l'épreuve de Hold'em Mixed (Limit / No Limit) fut en tous points excellente, digne du grand joueur qu'il fut un temps.
Vous le savez, quand j'ai besoin de faire le plein d'énergie spirituelle, c'est vers le Red Rock Canyon que je me tourne. Je me lève un peu plus tôt le matin, je prends l'autoroute 215 vers le nord, et vingt minutes plus tard, me voilà au milieu de nulle part, loin de l'agitation de Las Vegas et des bad beats de l'Amazon Room. J'y reste une petite demi-heure, le temps de parcourir les vingt kilomètres de boucle à l'intérieur du canyon, puis je me mets en route vers le Rio, plein de bonnes vibrations, les batteries rechargées par la contemplation du calme et de l'infini des roches rouges.
Aujourd'hui, j'avais la possibilité de prendre part à une expédition un tantinet plus ambitieuse... Une journée de bateau sur le lac Mead, à trente bornes au sud-est de Vegas. Antony Lellouche et Ludovic Lacay m'avaient déjà invité à plusieurs reprises lors des étés précédents, et j'avais du refuser à chaque fois, pour cause d'actualité trop chargée au WSOP. Là, avec seulement quatre tournois au programme lors du Day 28, le timing était parfait. D'autant que l'on serait rentré en ville largement à temps pour ne rien rater d'un gros évènement potentiel au Rio (en l'occurrence le douzième bracelet de Phil Hellmuth, qui possédait le quatrième plus gros tapis au départ des demi-finales du Pot Limit Omaha High-Low).
Le lac Mead a ceci d'intéressant qu'il est artificiel, et immense, avec 38 kilomètres cubes d'eau gardés par le fameux barrage Hoover. Ainsi, c'est là que Las Vegas puise l'intégralité de son eau potable... et les experts prédisent au lac un assèchement complet dans les dix prochaines années, la combinaison du réchauffement climatique et du gaspillage croissant des ressources naturelles nécessaire pour faire tourner une ville en plein milieu du désert. Difficile de passer à côté du symbole... Avec ses fontaines, ses piscines, ses jardins tropicaux, ses palmiers et ses dizaines de milliers de chambre d'hôtels à alimenter par quarante-cinq degrés à l'ombre, Las Vegas pompe jusqu'à plus soif la ressource la plus indispensable à l'homme avec un objectif simple : lui siphonner le compte en banque.
Si Las Vegas disparaît avant 2020, je me demande où iront s'installer les World Series of Poker. Il faudra trouver un endroit aussi laid que Vegas, pour ne pas dépayser les joueurs. Dubai ? Ca manque un peu de strip-clubs. Macau ? Personne n'irait, trop loin. Surtout, je me demande si d'ici là, Phil Ivey aura dépassé Phil Hellmuth au classement des bracelets. Sinon (attention je m'apprête à digresser mais pas tant que ça) cela fait déjà deux mois que le pétrole de Deepwater Horizon se répand dans le Golfe du Mexique à raison de 60,000 barils par jour, BP ne pense pas pouvoir boucher le trou avant le mois d'août, grand minimum, c'est juste la plus grosse catastrophe écologique que l'homme aie connue, personne ne l'ignore mais tout le monde s'en fout. Pour le coup, la Coupe du Monde est arrivée à point nommé. Chaque fois que je regarde un match, les Vuvuzelas me rappellent le désastre... Pétrole qui fait glou glou dans l'océan, trompette qui fait tsoin-tsoin, c'est la même chose : vous avez beau couper le son de la télé, changer de chaîne, regarder dans une autre direction, fermer les yeux, cela ne les fera pas s'arrêter. Pendant que tu regardes la télé, pendant que tu bosses, pendant que tu dors, pendant que tu bouffes, pendant que tu chies, pendant que tu te branles devant Youporn, glou glou glou, tsoin tsoin tsoin, ces putains de Vuvuzelas vont nous gâcher la Coupe du Monde, mais non, les ingénieurs des équipes télé ont trouvé le moyen de leur couper le sifflet, tout va bien, on peut continuer à se divertir comme si de rien n'était. Ouf.
Disposant d'un capital d'hypocrisie suffisant pour mettre tout cela de côté le temps d'une journée de farniente, je me suis pointé au Wynn au petit matin avec un sourire joyeux, tout content à l'idée de m'échapper du Rio, fut-ce pour une brève période. Je n'avais que trois heures de sommeil au compteur, la soirée d'anniversaire de ma confrère Dana m'ayant emmené très tard la veille. Anto et Cuts avaient fait les choses bien en réservant deux gros 4X4 (très polluants j'imagine) pour emmener notre troupe à bon port. Sur place, on a dévalisé le magasin de la marina en provisions et accessoires divers, et signé un contrat de location à la journée pour deux bateaux. Des « speed boats », le genre de petit machin qui fonce à toute vitesse à travers l'eau. Oh, pas si vite que cela, en réalité, à peine du soixante à l'heure, mais équivalent à la conduite sur une route jalonnée de dos d'ânes à raison d'un tous les six mètres. On s'en est douloureusement rendu compte avec Harper quand Cuts a enclenché les plein gaz sans prévenir, faisant s'envoler serviettes, canettes, gilets de sauvetage , t-shirts, et nous avec, on s'est retenus de justesse, mes fesses s'en souviennent encore.
Le lac Mead n'est ni beau, ni moche, entouré de montagnes rocheuses grisâtres informes et dépourvues de végétation, mais l'eau est douce et bleue, et il n'y a pas un chien aux alentours. Je me prends le vent en pleine poire, la bière gicle sur mon torse entièrement enduit de crème solaire protection 70, les WSOP n'existent plus, et Antony sort les skis nautiques du coffre. Je découvre éberlué qu'il est un expert en la matière, quant à moi, je vais boire la tasse trois fois avant d'abandonner. Qu'à cela ne tienne, on a aussi ramené des cannes à pêche. Cuts a une touche, il ramone sec ses cent mètres de fil pendant un quart d'heure (le lac est très profond), mais à force de tourner autour du pot, il casse, comme dirait Bigard. On coupe les moteurs et on se laisse porter par la brise, je plonge la tête la première dans l'eau, je nage jusqu'à un îlot, il n'y a personne à part nous à des kilomètres à la ronde, mais je peux quand même consulter Twitter sur mon portable.
Quand je reviens au Rio sur le coup de huit heures du soir, je suis épuisé comme après un footing d'une heure, mais en même temps revigoré, gonflé à bloc, le reste des WSOP va passer comme une lettre à la poste. L'Amazon Room est presque entièrement vide, Phil Hellmuth n'a pas gagné son douzième bracelet, Arnaud Mattern saute de la boucherie à 1,500 dollars aux places d'honneur (traduction : bon classement mais peu d'argent), le HORSE avance à pas de tortue, le tête à tête dans le Omaha High-Low se termine avec la victoire de Steve Jelinek, cinquième britannique couronné cet été, et il n'y a plus qu'un joueur français en course dans le Hold'em Limit/No Limit à 2,500 dollars.
La veille, Frank Kassella remportait l'épreuve de Razz et devenait le premier double vainqueur des WSOP 2010, alors que l'année dernière on en découvrait un nouveau tous les trois jours. Une panne de courant frappait le Strip peu avant deux heures du matin, forçant les épreuves à continuer mais à ce moment, j'avais déjà quitté le Rio depuis longtemps. Annette Obrestad réalisait sa meilleure performance des WSOP, mais en réalité, il s'agissait de tout sauf d'une performance : onzième dans le Shootout à 1,500 dollars, aux portes de la table finale, c'est frustrant pour une joueuse qui était arrivée à Vegas avec tant d'attentes, tant de pression sur les épaules. Elle y arrivera un jour, mais il lui faudra peut-être s'armer de patience.
Et là, il est 3 heures 22, je vais rédiger un truc vite fait pour boucler la journée sur Winamax, et prendre l'autoroute. On va bientôt sortir du creux des WSOP. Le bout du tunnel est proche. Dans une semaine, une toute nouvelle épreuve que j'attends avec impatience : le Short Handed à 25,000 dollars. Après, le Main Event, et derrière, je ne sais pas encore. Je ne suis guère pressé de rentrer en Europe. Peut-être bien que je vais rester un mois de plus sur le sol américain. J'ai des tas de trucs chouettes en préparation. On verra bien.
Vous le savez, quand j'ai besoin de faire le plein d'énergie spirituelle, c'est vers le Red Rock Canyon que je me tourne. Je me lève un peu plus tôt le matin, je prends l'autoroute 215 vers le nord, et vingt minutes plus tard, me voilà au milieu de nulle part, loin de l'agitation de Las Vegas et des bad beats de l'Amazon Room. J'y reste une petite demi-heure, le temps de parcourir les vingt kilomètres de boucle à l'intérieur du canyon, puis je me mets en route vers le Rio, plein de bonnes vibrations, les batteries rechargées par la contemplation du calme et de l'infini des roches rouges.
Aujourd'hui, j'avais la possibilité de prendre part à une expédition un tantinet plus ambitieuse... Une journée de bateau sur le lac Mead, à trente bornes au sud-est de Vegas. Antony Lellouche et Ludovic Lacay m'avaient déjà invité à plusieurs reprises lors des étés précédents, et j'avais du refuser à chaque fois, pour cause d'actualité trop chargée au WSOP. Là, avec seulement quatre tournois au programme lors du Day 28, le timing était parfait. D'autant que l'on serait rentré en ville largement à temps pour ne rien rater d'un gros évènement potentiel au Rio (en l'occurrence le douzième bracelet de Phil Hellmuth, qui possédait le quatrième plus gros tapis au départ des demi-finales du Pot Limit Omaha High-Low).
Le lac Mead a ceci d'intéressant qu'il est artificiel, et immense, avec 38 kilomètres cubes d'eau gardés par le fameux barrage Hoover. Ainsi, c'est là que Las Vegas puise l'intégralité de son eau potable... et les experts prédisent au lac un assèchement complet dans les dix prochaines années, la combinaison du réchauffement climatique et du gaspillage croissant des ressources naturelles nécessaire pour faire tourner une ville en plein milieu du désert. Difficile de passer à côté du symbole... Avec ses fontaines, ses piscines, ses jardins tropicaux, ses palmiers et ses dizaines de milliers de chambre d'hôtels à alimenter par quarante-cinq degrés à l'ombre, Las Vegas pompe jusqu'à plus soif la ressource la plus indispensable à l'homme avec un objectif simple : lui siphonner le compte en banque.
Si Las Vegas disparaît avant 2020, je me demande où iront s'installer les World Series of Poker. Il faudra trouver un endroit aussi laid que Vegas, pour ne pas dépayser les joueurs. Dubai ? Ca manque un peu de strip-clubs. Macau ? Personne n'irait, trop loin. Surtout, je me demande si d'ici là, Phil Ivey aura dépassé Phil Hellmuth au classement des bracelets. Sinon (attention je m'apprête à digresser mais pas tant que ça) cela fait déjà deux mois que le pétrole de Deepwater Horizon se répand dans le Golfe du Mexique à raison de 60,000 barils par jour, BP ne pense pas pouvoir boucher le trou avant le mois d'août, grand minimum, c'est juste la plus grosse catastrophe écologique que l'homme aie connue, personne ne l'ignore mais tout le monde s'en fout. Pour le coup, la Coupe du Monde est arrivée à point nommé. Chaque fois que je regarde un match, les Vuvuzelas me rappellent le désastre... Pétrole qui fait glou glou dans l'océan, trompette qui fait tsoin-tsoin, c'est la même chose : vous avez beau couper le son de la télé, changer de chaîne, regarder dans une autre direction, fermer les yeux, cela ne les fera pas s'arrêter. Pendant que tu regardes la télé, pendant que tu bosses, pendant que tu dors, pendant que tu bouffes, pendant que tu chies, pendant que tu te branles devant Youporn, glou glou glou, tsoin tsoin tsoin, ces putains de Vuvuzelas vont nous gâcher la Coupe du Monde, mais non, les ingénieurs des équipes télé ont trouvé le moyen de leur couper le sifflet, tout va bien, on peut continuer à se divertir comme si de rien n'était. Ouf.
Disposant d'un capital d'hypocrisie suffisant pour mettre tout cela de côté le temps d'une journée de farniente, je me suis pointé au Wynn au petit matin avec un sourire joyeux, tout content à l'idée de m'échapper du Rio, fut-ce pour une brève période. Je n'avais que trois heures de sommeil au compteur, la soirée d'anniversaire de ma confrère Dana m'ayant emmené très tard la veille. Anto et Cuts avaient fait les choses bien en réservant deux gros 4X4 (très polluants j'imagine) pour emmener notre troupe à bon port. Sur place, on a dévalisé le magasin de la marina en provisions et accessoires divers, et signé un contrat de location à la journée pour deux bateaux. Des « speed boats », le genre de petit machin qui fonce à toute vitesse à travers l'eau. Oh, pas si vite que cela, en réalité, à peine du soixante à l'heure, mais équivalent à la conduite sur une route jalonnée de dos d'ânes à raison d'un tous les six mètres. On s'en est douloureusement rendu compte avec Harper quand Cuts a enclenché les plein gaz sans prévenir, faisant s'envoler serviettes, canettes, gilets de sauvetage , t-shirts, et nous avec, on s'est retenus de justesse, mes fesses s'en souviennent encore.
Le lac Mead n'est ni beau, ni moche, entouré de montagnes rocheuses grisâtres informes et dépourvues de végétation, mais l'eau est douce et bleue, et il n'y a pas un chien aux alentours. Je me prends le vent en pleine poire, la bière gicle sur mon torse entièrement enduit de crème solaire protection 70, les WSOP n'existent plus, et Antony sort les skis nautiques du coffre. Je découvre éberlué qu'il est un expert en la matière, quant à moi, je vais boire la tasse trois fois avant d'abandonner. Qu'à cela ne tienne, on a aussi ramené des cannes à pêche. Cuts a une touche, il ramone sec ses cent mètres de fil pendant un quart d'heure (le lac est très profond), mais à force de tourner autour du pot, il casse, comme dirait Bigard. On coupe les moteurs et on se laisse porter par la brise, je plonge la tête la première dans l'eau, je nage jusqu'à un îlot, il n'y a personne à part nous à des kilomètres à la ronde, mais je peux quand même consulter Twitter sur mon portable.
Quand je reviens au Rio sur le coup de huit heures du soir, je suis épuisé comme après un footing d'une heure, mais en même temps revigoré, gonflé à bloc, le reste des WSOP va passer comme une lettre à la poste. L'Amazon Room est presque entièrement vide, Phil Hellmuth n'a pas gagné son douzième bracelet, Arnaud Mattern saute de la boucherie à 1,500 dollars aux places d'honneur (traduction : bon classement mais peu d'argent), le HORSE avance à pas de tortue, le tête à tête dans le Omaha High-Low se termine avec la victoire de Steve Jelinek, cinquième britannique couronné cet été, et il n'y a plus qu'un joueur français en course dans le Hold'em Limit/No Limit à 2,500 dollars.
La veille, Frank Kassella remportait l'épreuve de Razz et devenait le premier double vainqueur des WSOP 2010, alors que l'année dernière on en découvrait un nouveau tous les trois jours. Une panne de courant frappait le Strip peu avant deux heures du matin, forçant les épreuves à continuer mais à ce moment, j'avais déjà quitté le Rio depuis longtemps. Annette Obrestad réalisait sa meilleure performance des WSOP, mais en réalité, il s'agissait de tout sauf d'une performance : onzième dans le Shootout à 1,500 dollars, aux portes de la table finale, c'est frustrant pour une joueuse qui était arrivée à Vegas avec tant d'attentes, tant de pression sur les épaules. Elle y arrivera un jour, mais il lui faudra peut-être s'armer de patience.
Et là, il est 3 heures 22, je vais rédiger un truc vite fait pour boucler la journée sur Winamax, et prendre l'autoroute. On va bientôt sortir du creux des WSOP. Le bout du tunnel est proche. Dans une semaine, une toute nouvelle épreuve que j'attends avec impatience : le Short Handed à 25,000 dollars. Après, le Main Event, et derrière, je ne sais pas encore. Je ne suis guère pressé de rentrer en Europe. Peut-être bien que je vais rester un mois de plus sur le sol américain. J'ai des tas de trucs chouettes en préparation. On verra bien.
Une nouvelle journée placée sous le signe des déceptions... Et sur laquelle il n'y aura donc pas grand chose à raconter. C'est un peu – beaucoup – ça, le quotidien d'un « couvreur » de tournois... On se pointe, on installe son ordi, on part entre les tables à la recherche des joueurs, et on les regarde sauter. De temps en temps, ils gagnent, ou au moins ils vont jusqu'en finale. Mais la plupart du temps, ils repartent les mains vides, et l'on se retrouve avec une histoire sans intérêt. Les histoires de poker finissent mal... en général.
Certaines éliminations sont plus douloureuses que d'autres, et ce fut un crève-cœur que de voir Marc Inizan et Clément Thumy sortir aux portes de la table finale du Pot Limit Hold'em à 10,000 dollars. Inizan et Thumy font partie des joueurs français les plus intéressants a avoir émergé sur la scène live ces derniers mois, après avoir fait des ravages sur Internet. Les deux m'ont fait une excellente impression sur ce tournoi, avec des styles bien différents cependant. J'avais déjà eu l'occasion de voir de mes yeux les talents d'Inizan à l'EPT de Berlin, où il avait terminé en troisième place. Thumy, je connaissais surtout de réputation – Harper ne tarit pas d'éloges à son sujet, et avait prévu à l'avance qu'il réaliserait de belles performances aux WSOP. Le cheptel des bons joueurs français s'agrandit de jour en jour, avec de nouvelles générations de jeunes joueurs progressant à toute vitesse. Du coup, je me demande si l'ouverture du marché – et la fermeture des frontières qui l'accompagne – ne va pas freiner la montée en puissance du poker français sur les tournois professionnels. Je veux dire,à l'avenir, il va être difficile de voir émerger de nouveaux ElkY, Ludovic Lacay, Tristan Clémençon, Clément Thumy, etc, dans un nouveau marché régulé où le nombre de joueurs, de tournois, de tables va drastiquement chuter.
Les autres épreuves du jour ne nous ont guère passionné. Il y avait pas mal de français au départ du Pot Limit Omaha en high-low, mais un seul – Stéphane Gérin - a réussi à passer le premier tour. Même topo pour le Shootout à 1,500$, où Belleuvre, Allain, Benzimra et Lebreton ont échoué à passer le second tour. Il n'y avait personne à suivre dans le Razz et la boucherie à 1,000 dollars, bref, ce n'était pas une journée à mettre à la poubelle, mais presque.
De mon point de vue, les World Series of Poker se découpent en trois chapitres d'une durée à peu près égale... deux semaines chacun. Tous les ans, le premier chapitre est excitant, plein de rebondissements, en grande partie parce qu'on est frais et motivé pour couvrir les épreuves. Le second chapitre est toujours un poil creux par rapport au premier. La monotonie s'installe, les tournois s'enchainent, la motivation décroît à mesure que les vainqueurs inconnus défilent. On s'économise, on fait attention à ralentir un peu, avant de revenir en force avec le troisième chapitre : le Main Event, qui nécessite une énergie et une concentration maximales.
Là, nous sommes au beau milieu du deuxième chapitre. La première moitié des WSOP est officiellement derrière nous. On peut déjà voir venir le Main Event arriver à toute vitesse, dans une douzaine de jours à peine. Et qui dit Main Event, dit fin des WSOP. Pour peu, on en viendrait presque à dire que tout cela passe bien trop vite.
J'ai déjà mentionné le problème des finales qui commencent trop tard... enfin je crois. Le ponpon a été atteint avec celle du Pot Limit Hold'em à 10,000$, dont le coup d'envoi a été donné à minuit mardi soir. Forcément, on avait commencé à 15 heures avec 25 joueurs et une structure plutôt lente. J'ai passé mon tour pour aller jouer en cash-game, pensant que la partie ne serait pas terminée avant l'aube. Surprise, tout fut plié en moins de quatre heures, avec la victoire de Valdemar Kwaysser, qui offrait ainsi son deuxième bracelet de l'été à la nation hongroise.
Oh, j'avais oublié de vous dire un truc qui me fait halluciner.. Las Vegas, off the record est désormais exporté dans les territoires hispanophones ! C'est mon pote franco-espagnol Alberto Calle qui m'a offert de traduire ce blog dans sa seconde langue, et de publier le tout sur le sien, quotidiennement. C'est un grand honneur que de pouvoir être lu pour la première fois dans un autre langage que le français ! Cela ferait surement la fierté de feu mes grands parents, qui ont débarqué en France depuis l'Espagne lors du siècle dernier, quittant une guerre pour en trouver une autre...
Une nouvelle journée placée sous le signe des déceptions... Et sur laquelle il n'y aura donc pas grand chose à raconter. C'est un peu – beaucoup – ça, le quotidien d'un « couvreur » de tournois... On se pointe, on installe son ordi, on part entre les tables à la recherche des joueurs, et on les regarde sauter. De temps en temps, ils gagnent, ou au moins ils vont jusqu'en finale. Mais la plupart du temps, ils repartent les mains vides, et l'on se retrouve avec une histoire sans intérêt. Les histoires de poker finissent mal... en général.
Certaines éliminations sont plus douloureuses que d'autres, et ce fut un crève-cœur que de voir Marc Inizan et Clément Thumy sortir aux portes de la table finale du Pot Limit Hold'em à 10,000 dollars. Inizan et Thumy font partie des joueurs français les plus intéressants a avoir émergé sur la scène live ces derniers mois, après avoir fait des ravages sur Internet. Les deux m'ont fait une excellente impression sur ce tournoi, avec des styles bien différents cependant. J'avais déjà eu l'occasion de voir de mes yeux les talents d'Inizan à l'EPT de Berlin, où il avait terminé en troisième place. Thumy, je connaissais surtout de réputation – Harper ne tarit pas d'éloges à son sujet, et avait prévu à l'avance qu'il réaliserait de belles performances aux WSOP. Le cheptel des bons joueurs français s'agrandit de jour en jour, avec de nouvelles générations de jeunes joueurs progressant à toute vitesse. Du coup, je me demande si l'ouverture du marché – et la fermeture des frontières qui l'accompagne – ne va pas freiner la montée en puissance du poker français sur les tournois professionnels. Je veux dire,à l'avenir, il va être difficile de voir émerger de nouveaux ElkY, Ludovic Lacay, Tristan Clémençon, Clément Thumy, etc, dans un nouveau marché régulé où le nombre de joueurs, de tournois, de tables va drastiquement chuter.
Les autres épreuves du jour ne nous ont guère passionné. Il y avait pas mal de français au départ du Pot Limit Omaha en high-low, mais un seul – Stéphane Gérin - a réussi à passer le premier tour. Même topo pour le Shootout à 1,500$, où Belleuvre, Allain, Benzimra et Lebreton ont échoué à passer le second tour. Il n'y avait personne à suivre dans le Razz et la boucherie à 1,000 dollars, bref, ce n'était pas une journée à mettre à la poubelle, mais presque.
De mon point de vue, les World Series of Poker se découpent en trois chapitres d'une durée à peu près égale... deux semaines chacun. Tous les ans, le premier chapitre est excitant, plein de rebondissements, en grande partie parce qu'on est frais et motivé pour couvrir les épreuves. Le second chapitre est toujours un poil creux par rapport au premier. La monotonie s'installe, les tournois s'enchainent, la motivation décroît à mesure que les vainqueurs inconnus défilent. On s'économise, on fait attention à ralentir un peu, avant de revenir en force avec le troisième chapitre : le Main Event, qui nécessite une énergie et une concentration maximales.
Là, nous sommes au beau milieu du deuxième chapitre. La première moitié des WSOP est officiellement derrière nous. On peut déjà voir venir le Main Event arriver à toute vitesse, dans une douzaine de jours à peine. Et qui dit Main Event, dit fin des WSOP. Pour peu, on en viendrait presque à dire que tout cela passe bien trop vite.
J'ai déjà mentionné le problème des finales qui commencent trop tard... enfin je crois. Le ponpon a été atteint avec celle du Pot Limit Hold'em à 10,000$, dont le coup d'envoi a été donné à minuit mardi soir. Forcément, on avait commencé à 15 heures avec 25 joueurs et une structure plutôt lente. J'ai passé mon tour pour aller jouer en cash-game, pensant que la partie ne serait pas terminée avant l'aube. Surprise, tout fut plié en moins de quatre heures, avec la victoire de Valdemar Kwaysser, qui offrait ainsi son deuxième bracelet de l'été à la nation hongroise.
Oh, j'avais oublié de vous dire un truc qui me fait halluciner.. Las Vegas, off the record est désormais exporté dans les territoires hispanophones ! C'est mon pote franco-espagnol Alberto Calle qui m'a offert de traduire ce blog dans sa seconde langue, et de publier le tout sur le sien, quotidiennement. C'est un grand honneur que de pouvoir être lu pour la première fois dans un autre langage que le français ! Cela ferait surement la fierté de feu mes grands parents, qui ont débarqué en France depuis l'Espagne lors du siècle dernier, quittant une guerre pour en trouver une autre...
Tiens, j'ai sauté un jour sur ce blog... Pas envie d'écrire hier, et surtout pas le temps. J'ai considéré un moment raconter ma soirée de samedi, rédiger un truc glauque à la Brett Easton Ellis sur la vie nocturne de Vegas, fausseté, hypocrisie, peur et dégout, y'a la fin du monde qui nous guette et nous on fait la fête, mais non, ça me saoulait en fait, et de toute façon on a pas eu une minute de répit dans l'Amazon Room.
La journée - déjà bien chargée avec les énormes performances de Clément Thumy et Marc Inizan dans l'épreuve de Pot Limit à 10,000$ - a culminé à quatre heures vingt-neuf du matin, à la seconde où Phil Ivey a pris les derniers jetons de Bill Chen pour décrocher son huitième bracelet dans l'épreuve de HORSE à 3,000 dollars. Le public était encore nombreux malgré l'heure tardive, et la foule a acclamé comme il se doit le énième accomplissement d'un joueur qui a déjà tout prouvé.
Qu'est-ce que l'on pourrait écrire à propos d'Ivey qui n'ait déjà pas été écrit ? Le Tiger Woods du poker, comme disent les journalistes paresseux, une comparaison facile et un poil raciste. Albert Einstein, Pablo Picasso, les Beatles et Mozart dans le corps d'un joueur professionnel, dit mon ami Pauly, ce qui est déjà un peu plus poétique.
Au cours des cinq dernières années, j'ai souvent eu l'occasion d'être aux premières loges pour observer le génie Ivey en action. Ma première vraie claque fut à l'EPT de Barcelone en 2006. Je crois que c'est le premier EPT que Phil Ivey disputait, et je l'ai vu naviguer avec une facilité déconcertante à travers le field, manquant finalement la victoire de très peu face à l'obscsur Bjorn Erik Glenne, en état de grâce ce soir là. Puis il y a eu les WSOP 2009, où Ivey a fait parler de lui tous les jours ou presque. Je l'ai vu remporter deux bracelets l'un après l'autre, puis jouer deux semaines de poker parfait dans le Main Event, et finalement sortir en finale trois mois plus tard contre Darvin Moon avec la meilleure main de départ.
Ce que je retiendrai de ce dernier triomphe en date ? Personne ne l'a vu venir... mais après coup, il semblait inévitable, programmé. Ivey avait commencé le dernier jour du tournoi avec le neuvième tapis parmi 25 joueurs restants. Dès la première heure, il a perdu la majorité de son capital. Il faisait face à quelques uns des meilleurs joueurs de Mixed Games du monde : Jeff Lisandro (trois bracelets dans les variantes de Stud en 2009), John Juanda (quatre places payées en 2010, quatre finales), Bill Chen, Dan Heimiller, David Baker (pas « Bakes », l'autre).
« J'essaie de prendre chaque main l'une après l'autre », dira t-il après sa victoire à propos des nombreux coups durs qu'il a subi durant la finale. « Des mains, on en perd tout le temps. Ça ne sert à rien de s'éterniser dessus. Il faut s'accorder une minute pour y penser, pas plus. Après, on passe à la suite. »
Ivey tombera aussi bas que 65,000 aux moment où les enchères atteignirent un astronomique montant de 10,000/20,000. La plupart d'entre nous avaient déja fait une croix sur leurs rêves de Grand Soir, et se tournaient vers les autres épreuves en cours dans l'Amazon Room. Erreur. Une heure plus tard, Ivey avait multiplié son tapis par six, sans jamais avoir à montrer ses cartes, ou presque. A vingt-deux heures, l'une des tables finales les plus difficiles de l'histoire des WSOP commençait. Sur le podium, les neuf joueurs totalisaient 20 bracelets et 35 millions de dollars de gains de carrière. Incroyablement – ou pas - Ivey était chip-leader. Mais là encore, le chemin n'était pas pavé d'or. Ivey allait passer les heures suivantes en retrait, ne jouant que peu de coups, et perdant la plupart d'entre eux. Mais jamais, jamais il n'allait lâcher prise, regardant patiemment ses adversaires s'éliminer les uns après les autres, portant le coup fatal lui-même à plusieurs reprises.
L'ambiance autour du podium était aux antipodes de celle observée lors de la table finale de Tom Dwan. Hier soir, pas d'armée de gros pros suspendus au moindre geste d'Ivey, suant sang et eau en pensant aux paris couteux qu'ils avaient engagés. Beaucoup moins de fans rivés aux écrans de leurs ordinateurs, aussi. C'était une soirée calme dans l'Amazon Room, sans tournoi high-stakes programmé à 17 heures. Le public était venu relativement nombreux, mais devait rester debout, dépourvu de gradins pour s'assoir – le podium principal ayant été réquisitionné par ESPN pour le tournage d'une pub le lendemain, c'est un des podiums secondaires placés devant le banc de presse qui avait du être utilisé. Les coups n'étaient pas annoncés au micro par le superviseur, ce qui rendait la partie difficile à suivre, même pour le plus mordu des spectateurs massés derrière la barrière. Il était tard, le monde du poker était à moitié endormi. Mais pas Phil Ivey, à l'affut tout au long de la partie, la garde jamais baissée. Patient, méthodique, déterminé.
Après l'élimination de John Juanda en troisième place, il ne restait plus qu'un seul adversaire se deressant entre Ivey et son huitième bracelet. Pour la troisième fois de la journée, il était loin derrière. Un million de tapis contre 3,3 millions chez Bill Chen. Et Bill Chen, ce n'est pas n'importe qui. Oh, bien sur, de la petite bière par rapport à Ivey, avec « seulement » deux bracelets. Mais probablement l'un des types les plus intelligents du poker. Mathématicien de profession, auteur du livre de poker le plus compliqué de l'histoire des livres de poker (le titre : « Mathématiques du poker », bien sur). Un ordinateur humain, aux connaissances théoriques parfaitement adaptées au poker en Limit sous toutes ses formes. Un savant fou avec un énorme avantage en jetons. Là encore, je ne voyais pas Ivey revenir. Là encore, je me trompais lourdement.
Ivey et Chen jouent tous les coups. Forcément. C'est un duel. C'est du Limit. C'est du « showdown poker » : on va jusqu'à la dernière carte, et le mec avec les meilleures cartes rafle la mise. A ce petit jeu, Ivey va rattraper son retard à une vitesse affolante. En moins d'une heure, les deux joueurs sont à égalité. La partie est à sens unique : Ivey pilonne littéralement Chen. Il est supérieur techniquement, et reçoit les meilleures cartes. Chen ne peut rien faire. Autour de la table, tout le public à maintenant l'oreille dressée, et ne quitte pas des yeux les deux joueurs. Le dénouement est proche. Un nouveau moment historique est en train de se produire. Ceux qui sont restés sont contents d'être là, ceux qui dorment déjà le regretteront le lendemain.
Ivey poursuit ses attaques sans relâche, pour inverser complètement la tendance. C'est maintenant Chen qui est dans les cordes. Je n'en reviens pas. Ivey est passé plusieurs fois par la case « short-stack », mais personne n'a jamais réussi à l'achever. Comment ai-je pu douter une seconde de sa victoire ? Il est bon, ce Bill Chen, mais il ne vaut pas tripette contre Ivey, qui l'a parfaitement cerné. Ivey passe sans cligner des yeux quand Chen a une belle main, il relance quand Chen bluffe, il voit tout, il sait tout, il ne laisse rien passer. Ivey évolue à un autre niveau, bien au delà du champion ordinaire qu'est Chen. « Si je perds contre ce gars-là », a glissé Ivey à ses amis juste avant le début du duel, « Je me jette du haut du toit. » Déclaration un tantinet prétentieuse, mais qu'on pardonnera quand elle est prononcée par le meilleur joueur du monde.
Le travail de sape d'Ivey s'achève sur un coup de Razz. C'est terminé. La foule applaudit à tout rompre. Ivey laisse échapper un infime sourire, fait un signe de la main vers ses supporters. Comme d'habitude, c'est avec réticence qu'il va se prêter au jeu des interviews et photo d'après victoire. Sourire forcé devant les flashes qui crépitent, et cinq minutes d'entretien avec la presse, pas plus. Nolan Dalla (le directeur média des WSOP) ne peut laisser échapper la question des paris engagés avec ses collègues pros - Tom Dwan en premier - mais Ivey reste évasif.
« Disons que j'ai pris l'avantage, maintenant », qu'il répond. « Mais les Series ne sont pas terminées. » Dalla lui demande un indice sur la hauteur des montants engagés. Ivey détourne la tête brusquement. « Non. Non, non, non, non. Question suivante. » Dalla retente, vous pouvez au moins nous confirmer que plus de vingt dollars sont en jeu ? « Oui, plus de vingt dollars sont en jeu. » Beaucoup plus, même. Avant les WSOP 2009, Lederer le mettait au défi de remporter trois bracelets en deux ans. Sur la table : cinq millions de dollars. Mission accomplie.
Il y a quelques années, quand il n'en était encore qu'à cinq bracelets, Ivey avait déclaré qu'il se voyait bien en gagner trente au cours de sa carrière. On lui a ressorti la citation hier soir. « Trente bracelets ? Je continue de croire que c'est faisable. Tant que des gens seront prêts à parier contre ma victoire... »
Car ces paris faramineux sont bel et bien le carburant qui fait tourner la machine Ivey. Ils lui fournissent la motivation pour continuer à rester au sommet. Il a tout gagné, il a tout prouvé autour de toutes les tables de poker du monde, sur Internet, dans les cercles et casinos. Personne ne lui fait peur, personne ne peut le battre. Son investissement dans Full Tilt Poker a multiplié sa fortune déjà colossale. A ce titre, il est admirable qu'Ivey aie réussi à rester compétitif. Là où beaucoup de joueurs dans sa position – celle d'un joueur star enrichi par le boom du poker, en grande partie grâce au marketing – se sont endormis sur leurs lauriers, et ne sont plus professionnels que de nom, Ivey demeure largement au dessus des autres. Mieux, il se bonifie avec le temps. Moins l'argent a d'importance, plus il en gagne. Les parties sont de plus en plus chères, de plus en plus difficiles : à chaque fois, Ivey Une vraie légende qui marquera à jamais l'histoire du jeu, quand tant d'autres tomberont dans l'oubli.
Hier, Ivey s'est pointé au Rio, a réduit en miettes ses adversaires, et a gagné un bracelet. Une scène vue et revue, année après année. Une journée comme les autres au bureau, comme lui comme pour nous, les médias. On s'est couchés au lever du soleil, on a pas beaucoup dormi, mais on recommencerait sans problème tous les soirs.
Tiens, j'ai sauté un jour sur ce blog... Pas envie d'écrire hier, et surtout pas le temps. J'ai considéré un moment raconter ma soirée de samedi, rédiger un truc glauque à la Brett Easton Ellis sur la vie nocturne de Vegas, fausseté, hypocrisie, peur et dégout, y'a la fin du monde qui nous guette et nous on fait la fête, mais non, ça me saoulait en fait, et de toute façon on a pas eu une minute de répit dans l'Amazon Room.
La journée - déjà bien chargée avec les énormes performances de Clément Thumy et Marc Inizan dans l'épreuve de Pot Limit à 10,000$ - a culminé à quatre heures vingt-neuf du matin, à la seconde où Phil Ivey a pris les derniers jetons de Bill Chen pour décrocher son huitième bracelet dans l'épreuve de HORSE à 3,000 dollars. Le public était encore nombreux malgré l'heure tardive, et la foule a acclamé comme il se doit le énième accomplissement d'un joueur qui a déjà tout prouvé.
Qu'est-ce que l'on pourrait écrire à propos d'Ivey qui n'ait déjà pas été écrit ? Le Tiger Woods du poker, comme disent les journalistes paresseux, une comparaison facile et un poil raciste. Albert Einstein, Pablo Picasso, les Beatles et Mozart dans le corps d'un joueur professionnel, dit mon ami Pauly, ce qui est déjà un peu plus poétique.
Au cours des cinq dernières années, j'ai souvent eu l'occasion d'être aux premières loges pour observer le génie Ivey en action. Ma première vraie claque fut à l'EPT de Barcelone en 2006. Je crois que c'est le premier EPT que Phil Ivey disputait, et je l'ai vu naviguer avec une facilité déconcertante à travers le field, manquant finalement la victoire de très peu face à l'obscsur Bjorn Erik Glenne, en état de grâce ce soir là. Puis il y a eu les WSOP 2009, où Ivey a fait parler de lui tous les jours ou presque. Je l'ai vu remporter deux bracelets l'un après l'autre, puis jouer deux semaines de poker parfait dans le Main Event, et finalement sortir en finale trois mois plus tard contre Darvin Moon avec la meilleure main de départ.
Ce que je retiendrai de ce dernier triomphe en date ? Personne ne l'a vu venir... mais après coup, il semblait inévitable, programmé. Ivey avait commencé le dernier jour du tournoi avec le neuvième tapis parmi 25 joueurs restants. Dès la première heure, il a perdu la majorité de son capital. Il faisait face à quelques uns des meilleurs joueurs de Mixed Games du monde : Jeff Lisandro (trois bracelets dans les variantes de Stud en 2009), John Juanda (quatre places payées en 2010, quatre finales), Bill Chen, Dan Heimiller, David Baker (pas « Bakes », l'autre).
« J'essaie de prendre chaque main l'une après l'autre », dira t-il après sa victoire à propos des nombreux coups durs qu'il a subi durant la finale. « Des mains, on en perd tout le temps. Ça ne sert à rien de s'éterniser dessus. Il faut s'accorder une minute pour y penser, pas plus. Après, on passe à la suite. »
Ivey tombera aussi bas que 65,000 aux moment où les enchères atteignirent un astronomique montant de 10,000/20,000. La plupart d'entre nous avaient déja fait une croix sur leurs rêves de Grand Soir, et se tournaient vers les autres épreuves en cours dans l'Amazon Room. Erreur. Une heure plus tard, Ivey avait multiplié son tapis par six, sans jamais avoir à montrer ses cartes, ou presque. A vingt-deux heures, l'une des tables finales les plus difficiles de l'histoire des WSOP commençait. Sur le podium, les neuf joueurs totalisaient 20 bracelets et 35 millions de dollars de gains de carrière. Incroyablement – ou pas - Ivey était chip-leader. Mais là encore, le chemin n'était pas pavé d'or. Ivey allait passer les heures suivantes en retrait, ne jouant que peu de coups, et perdant la plupart d'entre eux. Mais jamais, jamais il n'allait lâcher prise, regardant patiemment ses adversaires s'éliminer les uns après les autres, portant le coup fatal lui-même à plusieurs reprises.
L'ambiance autour du podium était aux antipodes de celle observée lors de la table finale de Tom Dwan. Hier soir, pas d'armée de gros pros suspendus au moindre geste d'Ivey, suant sang et eau en pensant aux paris couteux qu'ils avaient engagés. Beaucoup moins de fans rivés aux écrans de leurs ordinateurs, aussi. C'était une soirée calme dans l'Amazon Room, sans tournoi high-stakes programmé à 17 heures. Le public était venu relativement nombreux, mais devait rester debout, dépourvu de gradins pour s'assoir – le podium principal ayant été réquisitionné par ESPN pour le tournage d'une pub le lendemain, c'est un des podiums secondaires placés devant le banc de presse qui avait du être utilisé. Les coups n'étaient pas annoncés au micro par le superviseur, ce qui rendait la partie difficile à suivre, même pour le plus mordu des spectateurs massés derrière la barrière. Il était tard, le monde du poker était à moitié endormi. Mais pas Phil Ivey, à l'affut tout au long de la partie, la garde jamais baissée. Patient, méthodique, déterminé.
Après l'élimination de John Juanda en troisième place, il ne restait plus qu'un seul adversaire se deressant entre Ivey et son huitième bracelet. Pour la troisième fois de la journée, il était loin derrière. Un million de tapis contre 3,3 millions chez Bill Chen. Et Bill Chen, ce n'est pas n'importe qui. Oh, bien sur, de la petite bière par rapport à Ivey, avec « seulement » deux bracelets. Mais probablement l'un des types les plus intelligents du poker. Mathématicien de profession, auteur du livre de poker le plus compliqué de l'histoire des livres de poker (le titre : « Mathématiques du poker », bien sur). Un ordinateur humain, aux connaissances théoriques parfaitement adaptées au poker en Limit sous toutes ses formes. Un savant fou avec un énorme avantage en jetons. Là encore, je ne voyais pas Ivey revenir. Là encore, je me trompais lourdement.
Ivey et Chen jouent tous les coups. Forcément. C'est un duel. C'est du Limit. C'est du « showdown poker » : on va jusqu'à la dernière carte, et le mec avec les meilleures cartes rafle la mise. A ce petit jeu, Ivey va rattraper son retard à une vitesse affolante. En moins d'une heure, les deux joueurs sont à égalité. La partie est à sens unique : Ivey pilonne littéralement Chen. Il est supérieur techniquement, et reçoit les meilleures cartes. Chen ne peut rien faire. Autour de la table, tout le public à maintenant l'oreille dressée, et ne quitte pas des yeux les deux joueurs. Le dénouement est proche. Un nouveau moment historique est en train de se produire. Ceux qui sont restés sont contents d'être là, ceux qui dorment déjà le regretteront le lendemain.
Ivey poursuit ses attaques sans relâche, pour inverser complètement la tendance. C'est maintenant Chen qui est dans les cordes. Je n'en reviens pas. Ivey est passé plusieurs fois par la case « short-stack », mais personne n'a jamais réussi à l'achever. Comment ai-je pu douter une seconde de sa victoire ? Il est bon, ce Bill Chen, mais il ne vaut pas tripette contre Ivey, qui l'a parfaitement cerné. Ivey passe sans cligner des yeux quand Chen a une belle main, il relance quand Chen bluffe, il voit tout, il sait tout, il ne laisse rien passer. Ivey évolue à un autre niveau, bien au delà du champion ordinaire qu'est Chen. « Si je perds contre ce gars-là », a glissé Ivey à ses amis juste avant le début du duel, « Je me jette du haut du toit. » Déclaration un tantinet prétentieuse, mais qu'on pardonnera quand elle est prononcée par le meilleur joueur du monde.
Le travail de sape d'Ivey s'achève sur un coup de Razz. C'est terminé. La foule applaudit à tout rompre. Ivey laisse échapper un infime sourire, fait un signe de la main vers ses supporters. Comme d'habitude, c'est avec réticence qu'il va se prêter au jeu des interviews et photo d'après victoire. Sourire forcé devant les flashes qui crépitent, et cinq minutes d'entretien avec la presse, pas plus. Nolan Dalla (le directeur média des WSOP) ne peut laisser échapper la question des paris engagés avec ses collègues pros - Tom Dwan en premier - mais Ivey reste évasif.
« Disons que j'ai pris l'avantage, maintenant », qu'il répond. « Mais les Series ne sont pas terminées. » Dalla lui demande un indice sur la hauteur des montants engagés. Ivey détourne la tête brusquement. « Non. Non, non, non, non. Question suivante. » Dalla retente, vous pouvez au moins nous confirmer que plus de vingt dollars sont en jeu ? « Oui, plus de vingt dollars sont en jeu. » Beaucoup plus, même. Avant les WSOP 2009, Lederer le mettait au défi de remporter trois bracelets en deux ans. Sur la table : cinq millions de dollars. Mission accomplie.
Il y a quelques années, quand il n'en était encore qu'à cinq bracelets, Ivey avait déclaré qu'il se voyait bien en gagner trente au cours de sa carrière. On lui a ressorti la citation hier soir. « Trente bracelets ? Je continue de croire que c'est faisable. Tant que des gens seront prêts à parier contre ma victoire... »
Car ces paris faramineux sont bel et bien le carburant qui fait tourner la machine Ivey. Ils lui fournissent la motivation pour continuer à rester au sommet. Il a tout gagné, il a tout prouvé autour de toutes les tables de poker du monde, sur Internet, dans les cercles et casinos. Personne ne lui fait peur, personne ne peut le battre. Son investissement dans Full Tilt Poker a multiplié sa fortune déjà colossale. A ce titre, il est admirable qu'Ivey aie réussi à rester compétitif. Là où beaucoup de joueurs dans sa position – celle d'un joueur star enrichi par le boom du poker, en grande partie grâce au marketing – se sont endormis sur leurs lauriers, et ne sont plus professionnels que de nom, Ivey demeure largement au dessus des autres. Mieux, il se bonifie avec le temps. Moins l'argent a d'importance, plus il en gagne. Les parties sont de plus en plus chères, de plus en plus difficiles : à chaque fois, Ivey Une vraie légende qui marquera à jamais l'histoire du jeu, quand tant d'autres tomberont dans l'oubli.
Hier, Ivey s'est pointé au Rio, a réduit en miettes ses adversaires, et a gagné un bracelet. Une scène vue et revue, année après année. Une journée comme les autres au bureau, comme lui comme pour nous, les médias. On s'est couchés au lever du soleil, on a pas beaucoup dormi, mais on recommencerait sans problème tous les soirs.
Amazon Room, 17 heures 29. Ludovic Lacay est sorti du tournoi de heads-up en quarts de finale. Il n'aura tenu que 35 minutes face à Alexander Kostritsyn. Le russe a pris l'avantage d'entrée de jeu, gagnants deux gros pots durant le premier quart d'heure. L'un avec deux paires contre top-paire, l'autre avec hauteur As après un superbe call. Vingt minutes plus tard, Ludovic était à tapis sur le turn avec la top-paire à l'As. Avec son petit tirage couleur, Kostritsyn ne jouait que pour les coeurs, ne lui donnant guère plus de 20% de chances de gagner. Il y avait assez d'argent dans le pot pour faire revenir Ludovic à égalité, et relancer le match. Mais le croupier a retourné un cœur sur la rivière, et c'était fini. Ludovic est parti à la caisse collecter ses 92,580 dollars de gains, et s'est aussitôt inscrit pour le tournoi de 17 heures, un Pot Limit Hold'em à 10,000 dollars où il a retrouvé ses coéquipiers Antony Lellouche, Davidi Kitai, Maniel Bevand et Anthony Roux.
Tant pis. La veille, l'épreuve de heads-up nous aura au moins offert un vrai grand moment, un dont on se souviendra pour les années à venir...
En début de journée, un coup d'œil au tableau nous avait informé que si Bertrand Grospellier et Ludovic Lacay gagnaient leurs deux premiers matchs, ils se retrouveraient face à face. Un fantasme inassouvi de milliers de fans tricolores était potentiellement sur le point de se réaliser. Un duel historique entre deux des joueurs les plus marquants de la nouvelle scène française. ElkY contre Cuts : le choc des jeunes titans hexagonaux. Deux joueurs de poker adulés par toute une armée de fans, deux fortes personnalités transformées en stars du rock à force de marketing et d'exploits à la table et en dehors. Aucun joueur en France ne génère autant de conversations sur les forums que ces deux là... Pour chacun, il y a le camp des « pro » et des « anti », les fans et les haters. Plus que tout autre joueur, on aime les voir gagner, faire les gros titres, apparaître en haut de l'affiche.
L'un a accumulé une collection de titres prestigieux en un temps record, écrasant ses adversaires avec une apparente facilité au cours d'un rush quasi-ininterrompu de 18 mois : EPT, WPT, WCOOP... mais pas WSOP. Un des seuls vrais athlètes du poker, pour qui la salle de gym est un lieu de préparation primordial. Un look inimitable de geek qui a réussi dans la vie, t-shirts flashys et chevelure décolorée. Un ancien pro des jeux vidéos transformé en machine à gagner des millions à force de travail, de chance et de persévérance. Un habitué des couvertures des magazines, des autographes et apparitions télévisées. Un héros pour toute une génération de jeunes joueurs, et l'une des figures de proue du plus gros site de poker en ligne du monde, à la retraite déjà assurée par un contrat de sponsoring à sept chiffres.
L'autre court encore après une victoire majeure, mais s'est forgé en trois ans un palmarès que beaucoup n'égaleront jamais en une vie, fait d'occasions manquées, de triomphes en forme d'échec, d'exploits au goût de regret : deux finales WPT (dont une deuxième place), une finale EPT, des « deep run » a répétition, et un incroyable parcours lors du Main Event des WSOP 2009, interrompu en 16e place aux portes de la plus grosse table finale de l'année. Ses défaites font presque plus parler que ses succès, sa personnalité est aussi importante que ses talents. Un joueur agressif à la table, capable de monter de très gros tapis en un rien temps, mais aussi de les dilapider encore plus vite à force de coups de folie dont il a le secret. Un joueur qui ne mâche pas ses mots, hâbleur et gouailleur, qui ne laisse personne indifférent. Un mec passionné et passionnant, volontiers porté sur l'excès. On l'aime ou on le déteste, mais on a toujours un avis sur lui.
ElkY contre Cuts... La méga star contre l'enfant terrible. La machine à gagner contre le fort en gueule. Les deux jeunes génies du poker français face à face. Il y avait de quoi saliver. Le fantasme est devenu réalité quand les deux gagnèrent leurs deux premiers matches avec une relative facilité. Le grand tête à tête du poker français moderne allait avoir lieu. L'affiche rêvée. Le clasico tricolore.
Peu importe le vainqueur, j'allais forcément être déçu pour l'un ou l'autre... J'aime ElkY. On a eu l'occasion de se fréquenter régulièrement ces quatre dernières années. On a partagé une collocation à Londres. J'ai écrit un article de six pages sur lui pour Bluff Magazine. J'ai partagé l'antenne de l'EPT en sa compagnie à de nombreuses reprises. On a vécu des soirées mémorables aux quatre coins du circuit, des soirées pas racontables, et pas oubliables. Je le considère comme un ami, mais sans pour autant prétendre le connaître vraiment, car le personnage ne se dévoile pas facilement. Je respecte cela. C'est un garçon d'une gentillesse sans bornes, généreux, sans une once de méchanceté en lui. Il pourrait me demander n'importe quoi, je ferais de mon mieux pour lui rendre service.
Oui, j'aime ElkY, mais si on me plaçait le couteau sous la gorge pour choisir un favori, alors c'est vers Cuts que je me tournerais, contraint et forcé. Avec Ludovic, cela fait quelques années aussi que l'on bourlingue ensemble. Dans le poker, c'est un proche parmi les proches, quelqu'un avec qui l'amitié s'est développée naturellement, sans s'en rendre compte. C'est quelqu'un avec qui je parle beaucoup, de préférence tard le soir, à l'heure des confidences, quand l'alcool délie les langues et ouvre les cœurs. Nos conversations n'ont que peu à voir avec le poker. Je lui ai révélé des choses que je n'aurais jamais osé dire à personne, et lui aussi. Je peux lui dire ce que je veux sans risquer de le froisser, et inversement. C'est un acord tacite entre nous, qu'il n'y a pas de tabous, qu'il n'y a pas besoin de prendre de gaints. C'est quelqu'un que je peux regarder les yeux dans les yeux et lui dire exactement ce que j'ai dans la tête, parce que je sais que je fais face à quelqu'un de lucide, compréhensif, tellement humain dans ses imperfections qu'on ne peut faire autrement que de l'aimer.
Vers 23 heures, le ring était en place au milieu de l'Amazon Room. Je suis revenu du restaurant juste à temps pour prendre place au premier rang derrière le cordon. Des dizaines de joueurs français étaient déjà là, pros, amateurs et curieux mélangés. Antony Lellouche, Bruno Launais, Rui Cao, Cyril Bensoussan, Fabrice Soulier... Personne ne voulait manquer le grand clash. Un spectateur en particulier était plus nerveux que les autres : Stéphane Matheu, ex-manager et coach d'ElkY, désormais passé chez Winamax. Ce soir, il assistait à l'affrontement entre son ancien et l'un de ses nouveaux poulains. Un crève-cœur que de devoir choisir son camp dans ce duel, tant l'affection qu'il éprouve pour les deux joueurs est réelle et égale.
A la table, les regards se croisent mais la bouche reste fermée. Les deux joueurs se connaissent de longue date, bien entendu. Ces dernières années, ils ont joué ensemble, ils ont fêté leurs succès respectifs ensemble. Ils ont discuté stratégie ensemble. Ils respectent le jeu de l'un et l'autre. Il n'y aura pas de cadeaux. Il y a bien plus en jeu dans ce match qu'une place en quarts de finale et l'argent qui va avec. C'est aussi une affaire d'honneur, de fierté. Les fans sont suspendus à leur clavier, attendant les nouvelles. La défaite est hors de question.
Le tête à tête est la forme de poker la plus pure et la plus noble qui existe. Le duel nous ramène au temps du Far West. Deux francs-tireurs s'affrontent, la main à portée de gâchette, prêts à dégainer. On joue sans filet. Face à un seul adversaire, il n'y a pas de stratégie serrée qui tienne. Impossible de rester assis et attendre des heures la main max, la paire d'As ou le brelan. Il faut mouiller le maillot, se mettre en danger, risquer de mourir pour pouvoir survivre. Il faut jouer vite et bien, peu importe les cartes qu'on reçoit. Il faut bluffer et éviter de se faire bluffer. On est comme l'équilibriste qui marche sur un fil, on vacille en permanence. On est comme sur le ring. On prend des coups, on vacille, mais rien n'est terminé tant que l'on est encore debout, avec des jetons devant soi. Les deux joueurs sont des experts de la discipline. Ce soir, la moindre erreur sera séverement punie. Il n'y aura qu'un seul type de poker à jouer : le meilleur. L'écart se fera à la marge, sur de petits détails imperceptibles par le joueur moyen.
Le coup d'envoi et donné, et très vite le match est à sens unique. ElkY reçoit les meilleures cartes, et se fait payer chèrement par Ludovic qui a lui aussi de belles mains, mais une pointure en dessous. En vingt minutes à peine, Ludovic a perdu 80% de son tapis. Il ne lui reste plus que 70,000 en jetons, autant dire rien du tout contre les 890,000 d'ElkY.
Il y a deux ans, dans cette même épreuve, j'ai vu Ludovic se faire bluffer un pot énorme lors du second tour. J'étais debout derrière la table. Je me souviens avoir pensé : « C'est terminé. Il va craquer. Dans cinq minutes, c'est fini. » Et c'est exactement ce qui s'est produit : Ludovic a très vite engagé tous ses jetons sur un bluff énorme, et son adversaire l'a payé à toute vitesse avec une main des plus médiocres – il savait que Ludovic était en tilt et n'avait rien en main. Ce moment m'est revenu en tête alors que je regardais Ludovic contempler avec un air dépité ses jetons, désormais presque tous en la possession d'ElkY.
Le face à face tant attendu allait-il tourner court ? Que nenni. C'est un autre Ludovic auquel nous avons affaire ce soir. Muni de moins de vingt blindes, Cuts adopte une stratégie de survie qu'ElkY peine à contrer efficacement. Il ne peut se permettre de faire doubler son adversaire. Pas moyen de le laisser revenir au score. Durant les dix minutes qui suivent, Ludovic refait surface en enchaînant les petits pots, mais son travail de remontée est réduit en miettes quand sa quinte rencontre la couleur d'ElkY. Tout est à refaire. Ludovic n'a presque plus de jetons mais ne flanche pas. Il se remet patiemment au travail, et très vite, l'écart d'ElkY se réduit. C'est un travail haletant pour Ludovic, qui calcule précisément chacune de ses relances et sur-relances afin d'arriver à ses fins. Il tient bon, et reprend petit à petit des couleurs. L'écart se réduit petit à petit.
Tout va basculer très vite. Le doute s'installe chez ElkY. Il va commettre deux erreurs qui vont précipiter la fin du match. Deux petites erreurs infimes mais qui font toute la différence quand deux joueurs de ce calibre s'affrontent. ElkY sur-relance avec As-8 dépareillés, et décide de payer un 4-bet de Ludovic. Une décision discutable qui va le mener à la catastrophe quand le turn lui apporte deux paires : Ludovic a deux paires supérieures avec As-Roi, et récupère un énorme tas de jetons. Cinq minutes plus tard, Ludovic trouve As-Roi à nouveau, fait une paire sur le flop, et mise les trois tours d'enchères. ElkY paie, paie et paie encore, sans pouvoir montrer une meilleure main. Qu'avait-il ? Mystère.
La situation est complètement inversée. C'est maintenant au tour d'ElkY de ne plus avoir qu'une poignée de jetons, qu'il envoie rapidement avec un Roi et une Dame. Ludovic complète la mise avec un As et un Dix. Le flop apporte un As. C'est terminé. Les deux joueurs se serrent la main. Ludovic est ceinturé par ses amis le félicitant. ElkY s'écarte, sonné et frustré. Il se rend compte qu'il vient de perdre un match qui a semblé imperdable le temps d'un instant.
Le choc des titans aura duré une heure. Une heure de poker nerveux, agressif, sans temps mort, parfaitement représentatif des nouvelles tendances qu'une nouvelle génération de joueurs français a su s'approprier en y insufflant leurs propres idées, leur propre sensibilité. Non, le poker français n'a plus à rougir de son cheptel de joueur.
Depuis la victoire de Vanessa Hellebuyck dans le Ladies Event, la machine à résultats tricolores et lancée : il ne se passe pas un jour sans que nous n'ayons une nouvelle performance à raconter. Hier, tandis que Cuts et ElkY progressaient dans l'épreuve de tête à tête, Bruno Launais et Tallix nous faisaient redoubler d'enthousiasme dans l'épreuve de Short Handed. Malheureusement, Tallix a du s'incliner en dixième place sur un coup du sort, continuant la tendance fâcheuse qu'à le Team Winamax à manquer de réussite dans les moments clés. Bruno, lui, a utilisé ses talents à merveille pour terminer finalement en quatrième place.
Il reste une vingtaine d'épreuves au programme aux WSOP 2010... Quelqu'un pour me donner une bonne côte sur un second bracelet français cette année ? Je prends les paris.
Amazon Room, 17 heures 29. Ludovic Lacay est sorti du tournoi de heads-up en quarts de finale. Il n'aura tenu que 35 minutes face à Alexander Kostritsyn. Le russe a pris l'avantage d'entrée de jeu, gagnants deux gros pots durant le premier quart d'heure. L'un avec deux paires contre top-paire, l'autre avec hauteur As après un superbe call. Vingt minutes plus tard, Ludovic était à tapis sur le turn avec la top-paire à l'As. Avec son petit tirage couleur, Kostritsyn ne jouait que pour les coeurs, ne lui donnant guère plus de 20% de chances de gagner. Il y avait assez d'argent dans le pot pour faire revenir Ludovic à égalité, et relancer le match. Mais le croupier a retourné un cœur sur la rivière, et c'était fini. Ludovic est parti à la caisse collecter ses 92,580 dollars de gains, et s'est aussitôt inscrit pour le tournoi de 17 heures, un Pot Limit Hold'em à 10,000 dollars où il a retrouvé ses coéquipiers Antony Lellouche, Davidi Kitai, Maniel Bevand et Anthony Roux.
Tant pis. La veille, l'épreuve de heads-up nous aura au moins offert un vrai grand moment, un dont on se souviendra pour les années à venir...
En début de journée, un coup d'œil au tableau nous avait informé que si Bertrand Grospellier et Ludovic Lacay gagnaient leurs deux premiers matchs, ils se retrouveraient face à face. Un fantasme inassouvi de milliers de fans tricolores était potentiellement sur le point de se réaliser. Un duel historique entre deux des joueurs les plus marquants de la nouvelle scène française. ElkY contre Cuts : le choc des jeunes titans hexagonaux. Deux joueurs de poker adulés par toute une armée de fans, deux fortes personnalités transformées en stars du rock à force de marketing et d'exploits à la table et en dehors. Aucun joueur en France ne génère autant de conversations sur les forums que ces deux là... Pour chacun, il y a le camp des « pro » et des « anti », les fans et les haters. Plus que tout autre joueur, on aime les voir gagner, faire les gros titres, apparaître en haut de l'affiche.
L'un a accumulé une collection de titres prestigieux en un temps record, écrasant ses adversaires avec une apparente facilité au cours d'un rush quasi-ininterrompu de 18 mois : EPT, WPT, WCOOP... mais pas WSOP. Un des seuls vrais athlètes du poker, pour qui la salle de gym est un lieu de préparation primordial. Un look inimitable de geek qui a réussi dans la vie, t-shirts flashys et chevelure décolorée. Un ancien pro des jeux vidéos transformé en machine à gagner des millions à force de travail, de chance et de persévérance. Un habitué des couvertures des magazines, des autographes et apparitions télévisées. Un héros pour toute une génération de jeunes joueurs, et l'une des figures de proue du plus gros site de poker en ligne du monde, à la retraite déjà assurée par un contrat de sponsoring à sept chiffres.
L'autre court encore après une victoire majeure, mais s'est forgé en trois ans un palmarès que beaucoup n'égaleront jamais en une vie, fait d'occasions manquées, de triomphes en forme d'échec, d'exploits au goût de regret : deux finales WPT (dont une deuxième place), une finale EPT, des « deep run » a répétition, et un incroyable parcours lors du Main Event des WSOP 2009, interrompu en 16e place aux portes de la plus grosse table finale de l'année. Ses défaites font presque plus parler que ses succès, sa personnalité est aussi importante que ses talents. Un joueur agressif à la table, capable de monter de très gros tapis en un rien temps, mais aussi de les dilapider encore plus vite à force de coups de folie dont il a le secret. Un joueur